Renaud – Morgane de toi – signification et interprétation des paroles

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Analyses des paroles de 48 chansons françaises
PDF, 176 pages

 

Story&Drama analyse les paroles de la chanson Morgane de toi de Renaud, déclaration d’amour – un brin ambiguë – d’un père à sa fille.

Clip

Paroles

1

Y’a un mariolle, il a au moins quatre ans
Y veut t’piquer ta pelle et ton seau
Ta couche-culotte avec tes bonbecs dedans
Lolita, défend-toi, fous-y un coup d’râteau dans l’dos

2

Attend un peu avant de t’faire emmerder
Par ces p’tits machos qui pensent qu’à une chose
Jouer au docteur non conventionné
J’y ai joué aussi, je sais de quoi j’cause

3

J’les connais bien les play-boys des bacs à sable
J’draguais leurs mères avant d’connaître la tienne
Si tu les écoutes y t’feront porter leurs cartables
‘Reusement qu’j’suis là, que j’te regarde et que j’t’aime

Refrain

Lola
J’suis qu’un fantôme quand tu vas où j’suis pas
Tu sais ma môme
Que j’suis morgane de toi

4

Comme j’en ai marre de m’faire tatouer des machins
Qui m’font comme une bande dessinée sur la peau
J’ai écrit ton nom avec des clous dorés
Un par un, plantés dans le cuir de mon blouson dans l’dos

5

T’es la seule gonzesse que j’peux tenir dans mes bras
Sans m’démettre une épaule, sans plier sous ton poids
Tu pèses moins lourd qu’un moineau qui mange pas
Déploie jamais tes ailes, Lolita t’envole pas

6

Avec tes miches de rat qu’on dirait des noisettes
Et ta peau plus sucrée qu’un pain au chocolat
Tu risques de donner faim à un tas de p’tits mecs
Quand t’iras à l’école, si jamais t’y vas

Refrain

Lola
J’suis qu’un fantôme quand tu vas où j’suis pas
Tu sais ma môme
Que j’suis morgane de toi

7

Qu’est-ce qu’tu m’racontes tu veux un p’tit frangin
Tu veux qu’j’t’achète un ami Pierrot
Eh les bébés ça s’trouve pas dans les magasins
Puis j’crois pas que ta mère voudra qu’j’lui fasse un p’tit dans l’dos

8

Ben quoi Lola on est pas bien ensemble
Tu crois pas qu’on est déjà bien assez nombreux
T’entends pas c’bruit, c’est le monde qui tremble
Sous les cris des enfants qui sont malheureux

9

Allez viens avec moi, j’t’embarque dans ma galère
Dans mon arche y’a d’la place pour tous les marmots
Avant qu’ce monde devienne un grand cimetière
Faut profiter un peu du vent qu’on a dans l’dos

Refrain

Lola
J’suis qu’un fantôme quand tu vas où j’suis pas
Tu sais ma môme
Que j’suis morgane de toi

Analyse

Cette chanson mobilise un texte long et relativement complexe, on va donc le décortiquer ligne par ligne.

Sa structure est simple et régulière : 3 groupes de 4 vers font un couplet, puis refrain et on boucle.

1

Y’a un mariolle, il a au moins quatre ans

Ce premier vers nous informe énormément. En comparaison de toutes les grandes chansons qui précèdent et qui ont marqué l’écriture de la chanson populaire française, celle-ci commence sur un inhabituel relâchement du langage . ça parle d’office argot, oral et tordu de la pensée, ironique même en regardant un enfant. Par là c’est tout l’univers social du narrateur qui s’installe d’entrée.

Y veut t’piquer ta pelle et ton seau

Le premier vers, constat de l’existence d’un enfant, se complète par ce vers qui révèle que le narrateur est en train de s’adresser à un autre enfant qu’il protège, le premier étant présenté comme un enfant ennemi. Toute cette information nous permet de mettre en route une intrigue. Acte I. Héros : l’enfant protégé, Mentor : le père protecteur, Antagoniste : le mariolle de 4 ans.

Ta couche-culotte avec tes bonbecs dedans
Lolita, défend-toi, fous-y un coup d’râteau dans l’dos

Ces deux vers ne font que confirmer la situation, tout en précisant que l’enfant protégé est Lolita, donc une petite fille. Le Mentor conseille la violence à l’Héroïne.

Le fait que cette petite fille se prénomme Lolita laisse penser au célèbre roman – pédophile – de Vladimir Nabokov, qui s’intitule justement Lolita.

2

Attend un peu avant de t’faire emmerder
Par ces p’tits machos qui pensent qu’à une chose

Tout cela est bizarrement exprimé. Attends un peu signifie : ce n’est pas de ton âge – on peut donc se demander pourquoi il lui en parle… Te faire emmerder signifie probablement te faire draguer – ce qui est une description négative voire phobique du flirt adolescent. Ces ptits machos : une vision négative des garçons. Qui pensent qu’à autre chose : euphémisme pudique, présence d’un non-dit à propos du sexe, suspense, mystère

Jouer au docteur non conventionné

La définition qu’on attendait de l’expression une chose arrive enfin, mais elle n’est qu’allusive et infantile : jouer au docteur, ce qui implique des rôles bien définis, stéréotypés, et une approche hypocrite du sexe.

J’y ai joué aussi, je sais de quoi j’cause

Après avoir dit beaucoup de mal de tout cet univers, l’auteur avoue qu’il en est familier et s’imagine lui-même comme l’enfant qu’il était. Drôle de coup de théâtre du côté du narrateur.

3

J’les connais bien les play-boys des bacs à sable
J’draguais leurs mères avant d’connaître la tienne

D’une manière logique, l’auteur poursuit sur la même thématique et évoque ses histoires d’amour d’adulte. Il affirme au passage que ce qu’il idéalise pour lui est précisément ce qu’il interdit aux enfants.

Si tu les écoutes y t’feront porter leurs cartables
‘Reusement qu’j’suis là, que j’te regarde et que j’t’aime

Le narrateur fait une déclaration d’amour à l’enfant. Cela sonne quelque peu embarrassant, car il vient à la fois d’affirmer la nécessaire distinction des amours suivant les âges, et de tous les confondre en parlant de sexe d’une manière presque grivoise à sa propre fille qui doit avoir dans les 4, 5 ans comme son « adversaire » selon le père ?

Refrain

Lola
J’suis qu’un fantôme quand tu vas où j’suis pas
Tu sais ma môme
Que j’suis morgane de toi

Ce refrain amplifie le sentiment paternel à l’œuvre dans la déclaration d’amour. Morgane de toi signifie mordu de toi, amoureux de toi, en argot. Cette idée de manque et cette formulation qui conviendraient aussi bien à une femme adulte entretiennent la confusion des âges à nouveau.

4

Comme j’en ai marre de m’faire tatouer des machins
Qui m’font comme une bande dessinée sur la peau

En décrivant sa peau tatouée, le narrateur se met à nu, symboliquement. Un strip-tease viril, dans ce contexte, après avoir dit du mal des ptits machos de 4 ans ou de 12 ans ?

J’ai écrit ton nom avec des clous dorés
Un par un, plantés dans le cuir de mon blouson dans l’dos

Vraie ou fausse, cette idée sonne carrément pathologique. Ecrire le nom de sa fille en clous dorés sur son dos sonne comme un rébus : il affirme en fait que, même s’il l’idéalise, il a quand même le sentiment qu’il l’a sur le dos, comme un poids, une charge, plantée dans le cuir… Un sous-texte douloureux qui contredit totalement la déclaration d’amour antérieure.

5

T’es la seule gonzesse que j’peux tenir dans mes bras
Sans m’démettre une épaule, sans plier sous ton poids

Le terme gonzesse est inapproprié pour une petite fille et montre à nouveau la confusion des âges. Le geste d’enlacer est lui-même ambigu : il s’agit d’enlacer une petite fille comme un père, mais il compare cela à enlacer une femme comme un amant. Enfin il critique implicitement les femmes en se plaignant qu’elles sont trop volumineuses pour ses bras, ce qui constitue une calomnie misogyne. Si on réfléchit à une telle idée, on peut émettre l’hypothèse que l’amour adulte ne l’intéresse pas ou lui fait peur : il se sent tout petit dans les bras d’une femme. Mais comme ce sentiment serait pénible à avouer, il le dit en retournant la réalité : ce sont les femmes qui sont trop grosses pour lui qui est de taille normale !

Tu pèses moins lourd qu’un moineau qui mange pas
Déploie jamais tes ailes, Lolita t’envole pas

Le commentaire du père sur le poids de sa fille sonne bizarrement. L’interdiction faite à la petite fille de déployer ses ailes et de s’envoler, malgré la joliesse de l’image, a une signification terriblement anxiogène pour l’enfant. Son père lui interdit de grandir, en croyant bien faire.

6

Avec tes miches de rat qu’on dirait des noisettes
Et ta peau plus sucrée qu’un pain au chocolat

Ces deux vers sonnent carrément pédophiles. évoquer les « miches » d’une enfant, pour se moquer de la féminité qu’on voudrait y voir, sonne vraiment malsain. Et il faut avoir goûté à une peau pour la savoir « sucrée » : ce père lèche donc la peau de sa fille ?

Tu risques de donner faim a un tas de p’tits mecs
Quand t’iras à l’école, si jamais t’y vas

Donc, donner faim est clairement une métaphore, pour le narrateur, de l’acte sexuel, ce qui confirme le côté incestueux des vers précédents.

Le commentaire sur l’école est celui d’un père irresponsable. Si jamais il ne voulait pas mettre sa fille à l’école publique, il existe une offre variée d’autres écoles, on a le choix, surtout quand on a de l’argent comme Renaud. L’idée de ne pas scolariser sa fille du tout revient à en faire une peluche domestique pour les envies de câlin de papa.

Refrain

7

Qu’est-ce qu’tu m’racontes tu veux un p’tit frangin
Tu veux qu’j’t’achète un ami Pierrot

Sa fille lui dit quelque chose de clair  : elle veut un frère. Et le narrateur ne comprend pas, il croit qu’elle veut un jouet. En fait, il fabrique le quiproquo, nie la question et esquive le sujet.

Eh les bébés ça s’trouve pas dans les magasins

Le père prend d’abord sa fille pour une sotte qui croirait que les bébés s’achètent, alors qu’en réalité il est le seul à se sentir mal à l’aise et stupide devant la demande légitime de sa fille. Elle lui exprime par cette demande qu’elle voudrait dans son entourage un être masculin presque de son âge – qui la comprenne ? – , et le père en réponse fait la sourde oreille.

Puis j’crois pas que ta mère voudra qu’j’lui fasse un p’tit dans l’dos

Ou quand il répond, c’est en accusant quelqu’un d’autre d’être l’obstacle : « la faute à ta mère ». L’expression faire un petit dans le dos est employée à mauvais escient, puisque d’une manière comme d’une autre, on peut difficilement engendrer sans savoir qu’on en a pris le risque : même en levrette, on ne conçoit pas souvent un enfant par trahison comme un coup de poignard dans le dos, sauf en cas de viol, ce qui n’est pas notre contexte. Dénier une idée absurde sonne absurde. Il voulait dire en fait qu’il ne croit pas que la mère de sa fille voudra un autre enfant de lui, mais comme cette information est dévalorisante pour lui, il l’a dégradée en la reliant au dos, donc par métonymie (la partie pour le tout) aux fesses, au cul, à ce qui est anal, fait dans le dos. Et à nouveau, on se demande pourquoi ce père insiste avec ses allusions scabreuses permanentes devant sa fillette.

8

Ben quoi Lola on est pas bien ensemble
Tu crois pas qu’on est déjà bien assez nombreux

Les deux vers tous deux tournés au négatif se contredisent néanmoins.

T’entends pas c’bruit, c’est le monde qui tremble
Sous les cris des enfants qui sont malheureux

Quels vers terribles. On connait la réalité du malheur des enfants dans le monde – des chiffres énormes de malnutrition, de guerres, de viols et violences, de SIDA, et nombre d’images-chocs, de reportages, etc. Les enfants sont pour peu de chose dans les malheurs qu’ils subissent. évoquer la tragédie des enfants du monde devant une fillette, sans précautions, au milieu d’allusions sexuelles perverses, a quelque chose d’agressif et de déplacé finalement.

9

Allez viens avec moi, j’t’embarque dans ma galère
Dans mon arche y’a d’la place pour tous les marmots

La proposition n’apparaît pas très enviable – qui voudrait s’embarquer dans une galère ? – et l’affirmation de tolérance envers tous les marmots se voit contredite par la manière irrespectueuse avec laquelle il traite sa fille après avoir déconsidéré d’entrée de jeu un enfant de 4 ans.

Avant qu’ce monde devienne un grand cimetière
Faut profiter un peu du vent qu’on a dans l’dos

Voilà une conclusion bien gaie pour une déclaration d’amour à son enfant.

Refrain

 

Conclusion

Cette chanson pose vraiment un problème d’éthique.

Quand Renaud l’écrit, la joue en public, la promeut par des concerts et un clip très médiocre d’ailleurs réalisé par Gainsbourg (auteur de chansons parfois perverses et incestueuses : Lemon incest, et autres ; et mâle qui s’est signalé pendant des décennies par son goût des très jeunes femmes et son dégoût de lui-même, des traits fréquents chez les agresseurs pervers et les violeurs), Renaud est déjà riche, célèbre, reconnu, et très diffusé.

Cette chanson passe dans tous les médias mainstream de sa sortie à aujourd’hui. Elle est connue par des millions d’auditeurs.

Or, son contenu est clairement pédophile et incestueux. L’auteur prend sa fille pour sa femme. Il a une enfant devant lui, et il lui parle comme à une adulte, d’une manière passablement déplacée, inappropriée à la mentalité, aux capacités et aux désirs de la petite fille destinataire.

Devant nous, il évoque avec une hostilité libidineuse et contradictoire la future sexualité de sa fille. Il se dénude, nous montre ses tatouages comme Booba (voir plus loin), pointe du doigt les « miches » de sa fille, des seins ou des fesses qui par définition, avant la puberté de cette petite fille, n’existent pas et ne relèvent en réalité que du fantasme pervers du père secrètement incestueux.
Il est possible de prendre cette chanson au second degré : Renaud ferait exprès de mettre les pieds dans le plat, de confondre les genres, de flirter avec les limites, de choquer en prenant un parti diamétralement opposé aux clichés des textes qui concernent les enfants ou qui s’adressent à eux. Admettons : dans cette hypothèse de lecture et d’interprétation, quel serait en fait le bénéfice d’une telle approche au second degré ? Nous n’en voyons aucun.

Il est possible et souhaitable d’écrire des œuvres qui reconnaissent aux enfants filles et garçons un intérêt pour certaines formes de sexualité. Les enfants aiment répéter des mots crus et vulgaires, sans bien savoir de quoi ils parlent, cela fait partie de leur accession progressive à une sexualité génitale. Ils aiment dire pédé, cul, chatte, bite. Il n’y a rien de pervers à reconnaître le fait que les bébés et les enfants se masturbent, se frottent, bref, manifestent du désir.

Ce qui est par contre à la fois interdit par les lois, et par les principes d’éducation les plus évidents, c’est qu’on ne peut pas tout confondre : traiter les adultes en enfants et les enfants en adultes, faire de sa fille sa femme, ou harceler avec des allusions sexuelles clairement adultes une enfant qui n’a a priori rien demandé.

Nous ne faisons pas le procès de Renaud en personne, sa vie privée le regarde, mais nous faisons le procès de cette chanson qui vante et diffuse une approche sexuellement perverse de la parentalité.

Être morgane de signifie en argot être mordu de. Dans mordu, il y a l’idée de mordre, un geste d’agressivité orale qui vise à déchirer une partie du corps d’autrui : « un chien m’a mordu la jambe ! » Mordre, c’est la version agressive et destructrice de lécher, comme quand Renaud nous parle du goût de la peau de sa fille.

Cette chanson qui lèche et qui mord ne fait au fond pas autre chose que cracher du venin. Elle n’est pas une ode à l’amour, mais un témoignage de peur et de haine de la part d’un père qui se sent incapable de jouer un rôle éducatif. C’est déjà bien de pouvoir le dire.

Environ 2 millions de personnes en France ont été victimes d’inceste. Des millions ont été victimes d’agressions sexuelles. On les entend beaucoup moins chanter depuis leur viol. Que donnerait Mordu par toi, du point de vue de la fillette ?…

Découvrez nos analyses de paroles dans Chanson française

Voir aussi l’analyse de Marche à l’ombre, de Renaud

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