Analyse du Petit prince, Chapitre V : les baobabs

Le petit prince
PDF, 76 pages

Voici un extrait de l’analyse narrative du Petit prince, best-seller mondial de la littérature enfantine et de la littérature tout court.

Le petit prince de Saint Exupéry, Chapitre V, résumé et analyse : les baobabs

« Chaque jour j’apprenais quelque chose sur la planète, sur le départ, sur le voyage. […] C’est ainsi que, le troisième jour, je connus le drame des baobabs. »

Structure : la phrase d’introduction donne au lecteur le programme et le plan du récit à suivre : une intrigue par jour. Elle indique clairement qu’à partir d’elle, le récit va se centrer sur l’histoire du petit prince, et non plus sur l’histoire du narrateur-aviateur. Ce dispositif narratif qui se met en place rappelle celui des Mille et une nuits : une intrigue d’encadrement contient une variété de petites intrigues incluses (voir Scénario 2 sur ce sujet), ce qui présente l’avantage de s’adapter aux capacités d’attention et de mémorisation limitées d’un lectorat jeune.

La deuxième phrase citée donne le thème de la première étape de l’histoire du petit prince.

A noter qu’avec tout cela, on a presque complètement oublié que l’aviateur reste en panne avec peu d’eau au milieu du désert… un drame que l’auteur-narrateur omet sciemment d’alimenter, pour mieux pouvoir y revenir plus tard. Le rêve a remplacé le réel, et la poésie et l’imaginaire ont remplacé la trivialité des besoins corporels… Seule la mention du « troisième jour », liée à l’information selon laquelle l’aviateur n’avait que 8 jours d’eau en réserve, nous laisse calculer implicitement qu’il ne reste que 5 jours avant que l’aviateur ne commence à mourir de soif…

Le petit prince commence par demander à l’aviateur de confirmer que les moutons mangent les arbustes, et quand l’aviateur acquiesce, l’enfant semble satisfait. Il demande ensuite si les moutons mangent les baobabs, et l’aviateur affirme que non, mais le petit prince insiste et l’aviateur concède que les moutons mangent au moins les petits baobabs. L’aviateur reste étonné par ces questions.

Structure : c’est l’introduction d’une intrigue dont le petit prince est le Héros, confronté à un problème que nous lecteurs ne pouvons ne peut pas encore bien comprendre.

Distribution de l’information : comme précédemment, nous partageons le point de vue et le niveau de savoir – donc d’ignorance – de l’aviateur, tandis que la pensée du petit prince nous reste en grande partie cachée, ce qui contribue à installer un suspense – nous voulons savoir ! – et une tension dramatique – l’énigme demande à être résolue, ce qui est une excellente manière de nous accrocher.

Style : on notera au passage le réseau sémantique qui se crée, par jeu et avec beaucoup de fantaisie, entre le précédent thème des boas du narrateur enfant, et le présent thème des baobabs du petit prince, deux mots et deux choses à la consonance exotique, amusante et rêveuse, qui font une partie du charme du récit. Un psychanalyste pourrait également y voir deux figures phalliques inconscientes…

Le narrateur évoque ensuite l’existence de deux types de graines et de plantes, les bonnes et les mauvaises, avant de révéler que des graines de baobab infestaient le sol de la planète du petit prince, menaçant de germer, de grandir et de fracturer le minuscule astéroïde.

Nouvelle digression, on quitte brièvement le mode du récit pour passer au discours.

Thèmes et intertextualité : ce thème des bonnes et mauvaises graines rappelle l’enseignement des Évangiles, cette parabole du « bon grain et de l’ivraie » que Jésus utilisait pour prêcher la bonne conduite. Ce lointain écho confirme que le texte s’inscrit dans une vieille tradition d’éducation morale.

Le narrateur rapporte ensuite des propos du petit prince, qui dit que chaque matin il doit faire la toilette de sa planète, et « arracher les baobabs dès qu’on les distingue d’avec les rosiers auxquels ils ressemblent beaucoup quand ils sont très jeunes ».

Thèmes : première apparition du thème du rosier, donc de la rose, futur personnage.

Le petit prince insiste alors pour mettre en garde les enfants de la planète Terre, au cas où ils voyagent, sur le danger de laisser pousser des baobabs, citant l’exemple d’une planète où un paresseux en avait laissé pousser 3, exemple que l’aviateur (même s’il prétend qu’il « n’aime guère prendre le ton d’un moraliste ») s’est chargé d’illustrer par un dessin qui montre une planète minuscule où 3 énormes baobabs ont envahi tout l’espace.

Plusieurs effets remarquables dans ce passage qui repasse au mode du discours.

D’abord, le petit prince renforce son lien avec le lecteur du livre en demandant clairement qu’une mise en garde anti-baobabs soit délivrée aux enfants de la Terre à travers le récit de l’aviateur, ce qui nous flatte – puisque le Héros s’intéresse à nous qui nous passionnons pour son histoire – et qui renforce au passage à la fois le prestige de l’aviateur, chargé d’une si noble mission, et sa principale qualité d’humilité, puisqu’il n’est que le messager d’un enfant.

La phrase portant sur le refus de « prendre le ton d’un moraliste », dénie ce que pourtant nous constatons : l’auteur avait effectivement l’intention de contribuer à l’éducation morale de son jeune lecteur, par exemple en condamnant la paresse, destructrice d’une planète. Le lecteur adulte ne peut pourtant pas s’y tromper : l’inversion des rôles – l’auteur prétend n’être que l’envoyé d’un petit prince moraliste fantaisiste, alors qu’il en est en réalité le créateur – permet de faire la morale tout en douceur, sans en avoir l’air.

Le chapitre V se termine. De quoi était-il fait ? D’un mélange d’éléments narratifs – la situation de base, les dialogues sur le problème des graines de baobabs et la nécessité du désherbage – et d’éléments discursifs – un petit exposé sur les graines et la croissance végétale, un refus ambigu de la morale, et une nouvelle prise de position en faveur du dessin comme preuve et illustration du réel.

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