Booba – Tombé pour elle – Analyse des paroles

Chanson française
PDF, 176 pages

Story&Drama analyse les paroles violentes et poétiques de la chanson Tombé pour elle du rappeur Booba, ode à la « thug life » (vie de voyou) déguisée en chanson d’amour romantique.

Clip de Booba Tombé pour elle

Paroles de Booba Tombé pour elle

Couplet 1

15 dans le chargeur, 6 dans le barillet
Fais-moi à manger, donne-moi ton cœur j’vais te marier
Tellement d’ennemis, si peu d’alliés
Mais les seuls qui m’entourent sont pratiquement tous fous à lier
Swag Afghanistan, 47-AK on sait manier
Toc, toc, toc, sombre négro sur ton palier
Ils attendent devant leur écran comme des merdes laisse-les saliver
Tout niquer, tout niquer, tous les niquer, c’est ça l’idée

Refrain

La rue m’a rendu fou, je suis fou d’elle
Je n’ai d’yeux que pour elle
La seule qui me convienne
Je suis tombé pour elle
Rester vraie sa qualité
Rien vu rien entendu, pas vu pas pris la mentalité
Tatoué pour qu’j’me souvienne
Je suis tombé pour elle

Couplet 2

Attila Le Hun sur toi, c’est comme ca que j’vais arriver
Te comparer à nous sale fils de chien tu n’as pas idée
Peloton d’exécution comme en Chine j’les ai alignés
92i sur l’écusson, depuis ourson j’suis validé
J’règle ça au sabre laser, toi à l’épée
Depuis Le Crime Paie j’leur fait la ‘sère, rien n’peut m’arrêter
Mal garé sur le droit chemin, tous les jours j’suis verbalisé
Fraîchement habillé, soigné, le négro est calibré

Refrain

La rue m’a rendu fou, je suis fou d’elle
Je n’ai d’yeux que pour elle
La seule qui me convienne
Je suis tombé pour elle
Rester vraie sa qualité
Rien vu rien entendu, pas vu pas pris la mentalité
Tatoué pour qu’j’me souvienne
Je suis tombé pour elle

Couplet 3

Street life, pas de diplomatique immunité
J’suis là pour tout baiser, pas pour sauver l’humanité
Rien à foutre, si tu parles mal on va t’allumer
J’veux pas faire la paix mais j’veux bien test le calumet
On m’a toujours dit : « Négro tu n’vas jamais y arriver »
Aujourd’hui ces mêmes enfants de putes veulent me saluer
Ü tréma sur le R1, graisse la patte aux douaniers
Vingt ans de loyer au cou, six années de retraite au poignet

Refrain

La rue m’a rendu fou, je suis fou d’elle
Je n’ai d’yeux que pour elle
La seule qui me convienne
Je suis tombé pour elle
Rester vraie sa qualité
Rien vu rien entendu, pas vu pas pris la mentalité
Tatoué pour qu’j’me souvienne
Je suis tombé pour elle

Analyse

Trois couplets et 3 refrains entrelacés, ce texte adopte une forme très classique. Son contenu l’est moins !

Au lieu de faire un discours clair ou de raconter une histoire complète, le chanteur décrit, commente, insulte, joue, plaisante, affirme, un peu en vrac et par association, du coq à l’âne. On va le voir, Booba a écrit là un texte profondément anticonformiste, et très dense, très riche de significations multiples.

1

15 dans le chargeur, 6 dans le barillet

Ce premier vers commence fort, il s’agit de compter les munitions d’une arme. Le Héros est donc probablement Booba lui-même. Mais d’office le texte offre une lecture à double niveau : le 15 peut désigner les plus de 15 ans de carrière de Booba, son « chargeur » étant son expérience, et les 6 du barillet peuvent désigner les 6 albums sortis par Booba.

Fais-moi à manger, donne-moi ton cœur j’vais te marier

On ne le sait pas encore, mais c’est à la rue qu’il parle. Il lui demande donc de le nourrir. Si on connaît un peu Booba, on connaît son personnage de gangster revendiqué et on comprend donc qu’il demande aux trafics de la rue de le nourrir. Mais on connaît aussi son machisme et on peut donc penser qu’il ordonne à une femme indéfinie de lui faire à manger, ce qui est une provocation anti-féministe évidente.

Tellement d’ennemis, si peu d’alliés
Mais les seuls qui m’entourent sont pratiquement tous fous à lier

Ces remarques confirment que Booba est le Héros, et qu’il ne peut guère compter sur des Aides autour de lui. On ne connaît pas encore son but : suspense.

Swag Afghanistan, 47-AK on sait manier
A nouveau le Héros compte sur ses armes.
Toc, toc, toc, sombre négro sur ton palier
Ils attendent devant leur écran comme des merdes laisse-les saliver

Joli parallélisme par antithèses : actif / passif, seul / plusieurs, réalité / fiction.

Tout niquer, tout niquer, tous les niquer, c’est ça l’idée

Le but est enfin exprimé : tous les niquer. C’est un but qui, en soi, s’annonce difficile à atteindre, et peu réaliste.

Refrain

La rue m’a rendu fou, je suis fou d’elle

Cette déclaration d’amour à la rue nous surprend de multiples manières.

D’abord, parce qu’on associe rarement le lyrisme amoureux et la violence des armes.

Ensuite, parce que dans ce contexte très cru on ne s’attend pas à voir le gangster signer une superbe allégorie dans laquelle la femme est remplacée par la rue et où la rue, synonyme de misère et de violence, se voit préférée à la femme synonyme d’amour et de passion.

Enfin, parce que tout le couplet précédent héroïsait Booba, tandis que ce refrain le montre soumis, dépendant, amoureux transi.

Je n’ai d’yeux que pour elle
La seule qui me convienne
Je suis tombé pour elle

Magnifique jeu de mots entre tomber amoureux et tomber pour un crime, c’est-à-dire être arrêté et aller en prison, deux expressions qui s’opposent diamétralement.

Rester vraie sa qualité
Rien vu rien entendu, pas vu pas pris la mentalité

Nouveau jeu de mots entre l’univers du crime et celui de l’amour. Rien vu rien entendu : allusion à la loi du silence qui commande de se taire quand on a été témoin d’un crime ou délit. Pas vu pas pris : peut se lire dans deux sens, soit « pas identifié ni arrêté pour un crime », soit « pas choisi en amour ».

Tatoué pour qu’j’me souvienne
Je suis tombé pour elle

On traduit : je me suis tatoué mes emprisonnements pour m’en souvenir à jamais.

2

Attila Le Hun sur toi, c’est comme ca que j’vais arriver

On sait que le but du Héros est de tous les niquer, donc l’attaque commence – Acte II, développement – avec Booba qui se compare au célèbre barbare Attila dont on dit qu’après le passage de son armée l’herbe ne repoussait pas. Il définit son Antagoniste, toi. Nous, le public ?

Te comparer à nous sale fils de chien tu n’as pas idée
Peloton d’exécution comme en Chine j’les ai alignés
92i sur l’écusson, depuis ourson j’suis validé

Allusions au fait que Booba a grandi dans le département 92 et qu’il est reconnu comme rappeur depuis longtemps.

J’règle ça au sabre laser, toi à l’épée

Monsieur le gangster est fan de Star Wars, apparemment.

Depuis Le Crime Paie j’leur fait la ‘sère, rien n’peut m’arrêter

La ‘sère = la misère.
Le Crime paie est une chanson qui a rendu Booba célèbre en duo avec un autre chanteur, Ali, sous le nom Lunatic.

Mal garé sur le droit chemin, tous les jours j’suis verbalisé

Probable allusion au fait que Booba est musulman mais non-pratiquant. Verbalisé : amusant jeu de mots, le Héros verbalise et prend des amendes à la fois.

Fraîchement habillé, soigné, le négro est calibré

Refrain

La rue m’a rendu fou, je suis fou d’elle
Je n’ai d’yeux que pour elle
La seule qui me convienne
Je suis tombé pour elle
Rester vraie sa qualité
Rien vu rien entendu, pas vu pas pris la mentalité
Tatoué pour qu’j’me souvienne
Je suis tombé pour elle

3

Street life, pas de diplomatique immunité
J’suis la pour tout baiser, pas pour sauver l’humanité

Reformulation du but.

Rien à foutre, si tu parles mal on va t’allumer
J’veux pas faire la paix mais j’veux bien test le calumet

Probable allusion au fait de fumer du cannabis.

On m’a toujours dit : « Négro tu n’vas jamais y arriver »
Aujourd’hui ces mêmes enfants de putes veulent me saluer
Ü tréma sur le R1, graisse la patte aux douaniers

Le R1 est un modèle de moto Yamaha pour quoi Booba a signé sa propre version, le Ünkut.

Vingt ans de loyer au cou, six années de retraite au poignet

Joli parallélisme avec le vers initial qui évoquait 15 dans le chargeur, 6 dans le barillet : Booba est donc arrivé dans la chanson avec des armes et reparti avec une forte somme d’argent, ce qui fait le scénario typique d’un braquage.

Ce n’est pas très clair, mais ce vers pourrait passer pour une crise de l’Acte III, puisqu’il accomplit symboliquement le but de tous les niquer ou tout baiser.

Refrain

La rue m’a rendu fou, je suis fou d’elle
Je n’ai d’yeux que pour elle
La seule qui me convienne
Je suis tombé pour elle
Rester vraie sa qualité
Rien vu rien entendu, pas vu pas pris la mentalité
Tatoué pour qu’j’me souvienne
Je suis tombé pour elle

Conclusion

Drôle d’histoire non ? Entre les allusions, les plaisanteries, les vantardises, on s’y perd un peu, donc récapitulons à nouveau :

Au fil du premier couplet, un personnage principal se dessine : il est armé, il donne des ordres, il affirme que son but est de « tous les niquer c’est ça l’idée ». Apparemment, la société et peut-être aussi le public sont ses ennemis personnels.

Vient le refrain, où notre gangster hyper-agressif fait une déclaration d’amour ambiguë : à la rue, ou à une femme non-nommée ? L’ambiguïté est subtile et délicieuse, le double-sens est entretenu par chaque terme : comme une femme, la rue rend fou, la rue est la seule qui convienne au gangster, on tombe pour la rue, la qualité de la rue est de rester vraie, elle ne trahit pas et ne parle pas, il s’est tatoué la rue comme le nom d’une femme.

Dans le couplet 2, le rappeur continue de menacer un Antagoniste indéfini en exhibant ses propres forces : ses origines, ses succès, son argent, son expérience.

Le refrain confirme qu’il est fou, fou d’elle, fou de la rue…

Dans le couplet 3, l’action n’a pas bougé d’un iota. Le Héros rappelle son but, « tout baiser », et liste ses forces : il est motivé, violent, respectable, et riche.

Le refrain confirme encore : il est fou, fou d’elle, fou de la rue.

En fait d’intrigue, on a juste un gangster qui s’agite dans un premier acte : il prend les armes, part à l’attaque. On sait ce qu’on risque d’après lui, mais on ne saura pas la fin de l’histoire car tout le monde sait bien qu’il n’y aura pas de combat.

Le gangster peut ainsi se payer le luxe de nous chanter une chanson d’amour tout en nous menaçant de destruction, et inversement. Tout cela n’est jamais que de l’esbrouffe, le vent des mots.

Finalement, on peut définir cette chanson comme une déclaration de guerre à la société faite depuis une situation fictive. L’histoire n’est pas du tout développée, mais le recours à la fiction, à l’allégorie amoureuse, suffit à donner au message de défi une beauté presque… humaniste, finalement. Quand il veut bien poser son flingue et prendra la plume, le gangster révèle une langue belle et fleurie comme celle d’un poète.

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