Analyses de sketches des Guignols de l’info sur Canal Plus

Humour & sketchs comiques
PDF, 140 pages

Vous aussi, vous voulez faire rire les foules ?
Des plus grands auteurs comiques, apprenez à construire un délire logique, une situation super loufoque, une arnaque conceptuelle, des personnages tordants…
Et rendez vos histoires plus que drôles !

Structure et séquences des Guignols de l’info

Lancé en 1988 comme caricature du Journal télévisé, des vedettes et des personnalités de la politique, du spectacle, de l’économie, du sport, des médias et du reste de la vie publique à l’aide de marionnettes, Les Guignols de l’info chronique l’actualité en environ 8 minutes, tous les jours à 19h55.
La structure du programme, toujours identique, tient en une série de courtes séquences :

  • 0/ Le générique (environ 20 secondes). Il a été refait plusieurs fois. Il sert d’exposition générale du thème (les stars, les personnalités publiques) et du média (des marionnettes télévisées)
  • 1/ L’image du jour, introduite par la formule « L’événement de ce [date] c’est… », qui lance un sketch sur le sujet (quelques dizaines de seconde)
  • 2/ Le journal s’ouvre par la formule « Nous sommes en [année] et vous regardez l’ancêtre d’internet, bonsoir ! » ou « Vous croyez toujours ce qu’on vous dit à la télévision, bonsoir ! » ou « Ce journal sera intégralement dédié aux événements qui se passent »
  • 3/ PPD présente alors l’invité du jour par la formule « Aujourd’hui c’est X qui nous accompagnera tout au long de ce journal, avec [expression pour désigner l’invité(e)] nous reviendrons sur… »
  • 4/ Défilent alors les grands titres de l’actualité, une série de sketchs, soit joués en direct sur le plateau, soit pré-enregistrés (plusieurs minutes)
  • 5/ PPD lance l’histoire du jour (1 ou 2 minutes) par la formule « Sans transition… »
  • 6/ PPD lance un sketch de clôture, sur un sujet mineur
  • 7/ PPD conclut l’émission par la formule « Allez, atchao bonsoir ! »

Le régime de communication est donc mixte. On alterne :

  • Du discours, via les prises de parole de PPD comme présentateur et les interviews dialoguées de ses invités sur le plateau
  • Des histoires, la plupart du temps lancées par une phrase ou par un dialogue.

Les genres dans Les Guignols de l’info

L’émission, depuis 25 ans, a eu le temps de toucher à de nombreux genres.

Les principaux sont la parodie, la caricature, la satire, qui se dérivent en toute une série de sous-genres : satire politique, caricature sportive, parodie de chansons ou de films, etc.

Les modes de traitement les plus fréquents sont la dérision, l’ironie, l’antiphrase, le paradoxe, l’exagération, l’euphémisme et la litote, c’est-à-dire toutes les techniques de rhétorique qui consistent à attaquer, ridiculiser, détruire, humilier, contredire, affaiblir ou rendre absurde un message, une idée, une situation, un thème, un personnage.

La technique des Guignols de l’info consiste à tirer de l’actualité les faits saillants susceptibles d’avoir déjà retenu l’attention du public – donc, comme pour tous les grands journaux français, la source unique des infos sera les agences Reuters et AFP (Agence France Presse) – et de feindre d’en révéler le véritable déroulement, d’en dire le sens, de faire parler les protagonistes et les témoins de chaque affaire, en remplaçant la réalité par une version plus critique, plus drôle, plus spirituelle, plus profondément vraie.

Dans cet esprit, les puissants habitués à la langue de bois verseront dans le cynisme le plus franc ou l’hypocrisie la plus flagrante, les scandales publics feront l’objet de justifications politiciennes savantes, les drames humains les plus criants seront finalement traités à la légère, etc. En définitive, Les Guignols de l’info, comme de nombreuses autres œuvres humoristiques, sert à accomplir un renversement carnavalesque du monde, des valeurs et des faits.

Le mode de production des Guignols de l’info

Les contenus sont produits de deux manières :

  • Sketchs en direct, produits le jour même de l’émission, écrits le matin, répétés l’après-midi et joués à 19h55.
  • Sketchs pré-enregistrés, sur des sujets plus intemporels, et produits comme des court-métrages sur une durée plus longue qu’une journée.

Ce mode de production permet de faire une émission qui suit l’actualité de très près, tout en ayant pré-produit une partie des contenus, ce qui limite le risque créatif : sur les 8 minutes de l’émission, 20 à 30 secondes sont occupées par le générique, 2-3 minutes viennent de ces courts-métrages pré-produits, tandis qu’un certain nombre de transitions ou de passages très simples où PPD est seul à parler gagnent encore quelques dizaines de secondes, il ne reste donc plus qu’environ la moitié de l’émission – soit 4 minutes – à jouer et tourner en direct.

Un autre avantage de ces deux types de sketchs tient à la variété qui en découle :

  • Les courts-métrages permettent un langage audiovisuel complexe qui inclut décors, montage et effets spéciaux
  • Les sketchs en direct au contraire limitent la sophistication mais favorisent le naturel et une certaine spontanéité face à l’urgence de l’actualité.

Les sketchs

Les sketchs mobilisent une galerie très éclectique de personnages réels et imaginaires, de thèmes sociaux, politiques, économiques, culturels, ainsi qu’une grande variété de manières de les traiter.

Chaque sketch des Guignols de l’info fonctionne à trois niveaux :

  • D’abord, il a une place dans la structure de l’émission du jour, avant et après tels autres, précédé et suivi d’une transition effectuée en général par le présentateur PPD.
  • Ensuite, il a souvent une place dans une série d’intrigues du même type ou avec les mêmes personnages, les mêmes thèmes, les mêmes gimmicks, par exemple :
    • Chirac en Super Menteur
    • Chirac en campagne : « Mangez des pommes ! »
    • Les Monsieur Sylvestre et la World Company
    • Bayrou l’éternel perdant crétin et naïf
    • Douste-Blazy « anéfet »
    • Ben Laden et Mollah Omar défiant les Occidentaux, insultant les femmes « spice di counasse » ou prenant la fuite facilement à mobylette
    • Le Top Five de Barack Obama
    • DSK en peignoir léopard : « Excusez-moi je sors de la douche »
  • Enfin, chaque sketch a un sens en lui-même et une structure, un genre, un ton, un message propres.

Étudions-en maintenant quelques exemples.

Une parodie de Bref

L’un de ces sketchs parodie un célèbre épisode de la série Bref, en en remplaçant le personnage principal par DSK.

On commence sur PPD qui annonce :

« Voilà sans transition, télévision, focus sur le succès de cette rentrée, Bref – ou comment résumer les situations du quotidien en 1 minute 30, regardez. »

Structure : exposition du thème et du genre du sketch, une parodie de série à succès.

L’image du plateau est remplacée par le début de la fiction, un court-métrage pré-enregistré.

On voit DSK en peignoir léopard dans une chambre d’hôtel, comme s’il se regardait devant la glace.

Structure : exposition plus détaillée du personnage qui va devenir le Héros et de son monde, la chambre d’hôtel du Sofitel, faisant allusion au scandale qu’on connaît tous.

« Bref, je me suis préparé pour un rendez-vous.

Structure : déclencheur. Héros, DSK, but : se préparer. Cela semble facile à accomplir et il n’y a pas d’Antagoniste en vue pour l’instant.

A chaque fois que je me prépare pour un rendez-vous, je prends une douche, deux fois, pour être bien propre, ensuite je m’occupe de mes cheveux, pour avoir l’air de ne pas m’être occupé de mes cheveux.

Structure : on développe l’Acte II, sans rencontrer d’obstacles.

Je teste une tenue 1, une tenue 2, une tenue 3, une tenue 4, puis, je reviens à la tenue 1.

Je vérifie si j’ai pas de crottes de nez, je mets du parfum. J’oublie, je remets du parfum. Je ré-oublie, je sens trop le parfum. Je reprends une douche, et je remets du parfum.

Tous ces éléments parodient en effet un fameux épisode de Bref, dans lequel le personnage alterne entre la douche et le parfum.

Je retravaille mes phrases d’accroche : « Salut, je bosse au FMI ». « Salut, ça va ? » « Excuse-moi, j’suis en retard. »

Structure : l’intrigue commence à se compliquer, on comprend grâce à ces indices que le rendez-vous dont il était question dans l’exposition consiste en une rencontre amoureuse.

Effet de distribution de l’information : le public, qui a le scandale du Sofitel bien en tête, qui sait ce qui s’y est passé, voit la catastrophe arriver, tandis que le Héros de la fiction, situé très probablement avant les faits d’agression sexuelle, ne le sait pas encore, ce qui donne au public un avantage psychologique bien confortable sur le Héros.

Je remets du parfum, j’en avais déjà remis, je reprends une douche.

Structure : l’Acte II continue, sans obstacles.

Je sors de la salle de bains, je tombe sur la femme de ménage.

Structure : début de la crise de l’Acte III. La femme de ménage prend déjà, du fait que le public est pré-informé de la suite, l’allure d’un Antagoniste, dont la rencontre va rendre impossible le très simple but initial, se préparer, qui se complique à cause d’un facteur qui n’est pas exprimé dans l’intrigue mais qui se situe dans le scénario réel, implicite dans l’esprit du public : le fait que DSK soit présumé incapable de se contrôler dès qu’il voit une femme approcher.

Je la regarde. Elle me regarde. Je regarde ses seins, elle regarde la porte, je regarde ses fesses, j’lui dis : « Vous savez qui je suis ? » elle répond « Vous êtes qui ? », apparemment elle ne sait pas. « Je vais y aller. »

Je ferme la porte, elle ouvre la porte, je ferme la porte, elle ouvre la porte, je ferme la porte, j’ouvre mon peignoir.

Structure : ce dernier point d’intrigue, j’ouvre mon peignoir, forme le climax, le moment où tout est perdu – à partir de là ce sera la chute bien connue de DSK comme directeur du FMI et ex-futur-candidat à la présidentielle.

Bref, j’ai pris une chambre au Sofitel. »

Bouclage qui finit de faire coller la parodie à l’original, point par point.

On voit maintenant DSK dans une reconstitution de la scène où il est conduit menotté par plusieurs policiers américains en civil.

« Finalement, j’aurais dû prendre une chambre au Hilton. »

Structure : dramatiquement l’intrigue est finie, cette mini-scène n’a pas d’autre enjeu que de parodier la célèbre séquence télévisuelle.

On a donc là un bon exemple de transposition parodique pure et simple : il a suffi de changer le Héros en reprenant point par point le déroulement et même le texte de l’histoire originale, pour en changer le sens, l’esprit, le message.

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