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Chanson rap Songwriting - Paroles de chansons anglo-saxonnes

Eminem – Lose Yourself – Paroles Traduction Analyse Interprétation

Eminem – Lose Yourself  (Te Perdre Toi-même)

Lose Yourself est un le premier chef d’oeuvre de la carrière d’Eminem, et son premier tube grand-public.

Nous allons lire les paroles, les traduire, puis les commenter en détails.

Intro

Look, if you had one shot or one opportunity
Regarde, si tu une chance ou une occasion
To seize everything you ever wanted in one moment
De mettre la main en un instant sur tout ce que tu as toujours voulu
Would you capture it or just let it slip?
Est-ce que tu la saisirais ou bien tu la laisserais passer ?
Yo

 

Couplet I

His palms are sweaty, knees weak, arms are heavy
Ses paumes sont en sueur, genous faibles, bras lourds
There’s vomit on his sweater already, mom’s spaghetti
Il y a déjà du vomi sur son tee-shirt, les spaghettis de maman
He’s nervous, but on the surface he looks calm and ready
Il est nerveux, mais en surface il a l’air calme et prêt
To drop bombs, but he keeps on forgettin’
A lâcher des bombes, mais il continue d’oublier
What he wrote down, the whole crowd goes so loud
Ce qu’il a écrit, tout la foule gronde si fort
He opens his mouth, but the words won’t come out
Il ouvre la bouche, mais les mots sortent pas
He’s chokin’, how, everybody’s jokin’ now
Il s’étouffe, comment, tout le monde se moque maintenant
The clocks run out, times up, over, blaow!
L’horloge sonne, le temps est écoulé, fini, bam !
Snap back to reality, oh there goes gravity, oh
Retour à la réalité, oh y’a la gravité, oh
There goes Rabbit, he choked, he’s so mad, but he won’t
Oh voilà Lapin, il s’est étouffé, il est fou de rage, mais va-t-il
Give up that easy? No, he won’t have it, he knows
Laisser tomber si facilement ? Non, il l’aura pas, il sait
His whole back’s to these ropes it don’t matter, he’s dope,
Dos dans les cordes, on s’en fout, il est de la dope
He knows that, but he’s broke, he’s so stagnant he knows
Il le sait, mais il est fauché, il stagne tellement il sait
When he goes back to his mobile home, that’s when its
Quand il rentre dans son mobil-home, c’est quand il est
Back to the lab again yo, this whole rhapsody
De retour au labo à nouveau, toute cette rhapsodie
He better go capture this moment and hope it don’t pass him
Il ferait mieux d’aller saisir ce moment et espérer ne pas le rater
You better lose yourself in the music, the moment
Tu ferais mieux de te perdre dans la musique, le moment
You own it, you better never let it go
Tu le tiens, tu ferais mieux de jamais le laisser filer
You only get one shot, do not miss your chance to blow
Tu n’as qu’une chance, ne manque pas ton occasion de briller
This opportunity comes once in a lifetime, yo
Cette occasion se présente une fois dans une vie, ouais
(bis)

Couplet II

The souls escaping, through this hole that its gaping
Les âmes s’échappent, par ce trou béant
This world is mine for the taking, make me king
Ce monde est à moi par conquête, faites-moi roi,
As we move toward a New World Order
Pendant qu’on va vers un nouvel ordre du monde
A normal life is borin’, but super stardom’s
Une vie normale est chiante, mais la superstaritude
Close to post mortem, it only grows harder,
Est proche du post-mortem, ça ne fait que devenir plus dur,
Homie grows hotter, he blows, it’s all over
Voisine devient plus chaude, il explose, c’est fini
These hoes is all on him, coast to coast shows,
Ces putes sont partout autour de lui, des shows d’une côte à l’autre
He’s known as the globetrotter, lonely roads,
On l’appelle le globe-trotter, rues solitaires
God only knows, he’s grown farther from home, he’s no father
Dieu seul sait, il a grandi loin de chez lui, il n’est pas père
He goes home and barely knows his own daughter
Il rentre chez lui et connait à peine sa fille
But hold your nose ’cause here goes the cold water
Mais soigne ton nez passke voilà l’eau froide
His hoes don’t want him no mo’, he’s cold product
Ses putes n’en veulent p’us, produit périmé
They moved on to the next schmo who flows,
Elles sont passées au prochain Duschnock qui rappe
He nose-dove and sold nada so the soap opera
Il pique du nez et n’a rien vendu alors le feuilleton à deux sous
Is told and unfolds, I suppose it’s old partner,
est raconté et se dévoile, je suppose que c’est de vieux partenaires
But the beat goes on da da dumb da dumb da da
Mais le beat continue

Refrain

You better lose yourself in the music, the moment
You own it, you better never let it go
You only get one shot, do not miss your chance to blow
This opportunity comes once in a lifetime you better
[x2]

Couplet III

No more games, I’ma change what you call rage
Fini de jouer, J’vais changer ce que vous appelez la rage
Tear this motherfuckin’ roof off like two dogs caged
Déchirer ce putain de toit comme deux chiens en cage
I was playin’ in the beginnin’, the mood all changed
J’était encore jouasse au début, mon humeur a totalement changé
I been chewed up and spit out and booed off stage
Je me suis fait mâcher et cracher et huer hors de scène
But I kept rhymin’ and stepwritin’ the next cipher
Mais j’ai continué à rimer et rédiger le prochain manuscrit
Best believe somebody’s payin’ the Pied Piper
Le plus probable c’est que quelqu’un a payé le Joueur de flûte
All the pain inside amplified by the
Toute la douleur intérieure amplifiée par le
Fact that I can’t get by with my nine to
Fait que je peux pas m’en sortir avec mon cinq à
Five and I can’t provide the right type of
Neuf et je peux pas fournir le bon type de
Life for my family ’cause man, these God damn food stamps don’t buy diapers
Vie pour ma famille parce que mec, ces putain de bons alimentaires payent pas les couches
And its no movie, there’s no Mekhi Phifer
Et c’est pas un film, y’a pas de Mekhi Phifer
This is my life and these times are so hard
C’est ma vie et les temps sont si durs
And it’s getting even harder tryin’ to feed and water my seed, plus
Et c’est encore plus dur d’essayer de nourrir et arroser ma graine, plus
See dishonor caught up between bein’ a father and a prima-donna
Voir le déshonneur d’être coincé entre être un père et une Prima Donna
Baby mama drama screamin’ on her
Bébé maman drama lui hurlant dessus
Too much for me to want to say in one spot,
Trop à dire pour moi d’un coup,
Another day of monotony has gotten me to the point,
Un autre jour de monotonie m’a amené au bon endroit
I’m like a snail I’ve got
Je suis comme un escargot je dois
To formulate a plot or end up in jail or shot
Formuler une intrigue ou finir en prison ou buté
Success is my only motherfuckin’ option, failure’s not
Le succès est ma seule putain d’option, pas l’éche
Mom, I love you, but this trailer has got to go,
Maman, je t’aime, mais cette caravane doit dégager
I cannot grow old in Salem’s lot
Je peux pas grandir dans le lotissement de Salem
(Salem’s lot: Titre d’un roman de Stephen King, où des vampires envahissent une petite ville)
So here I go is my shot, feet fail me not
Donc j’y vais c’est mon tour, pieds ne me laissez pas tomber
’cause maybe the only opportunity that I got
passke c’est ptet la seule opportunité que j’aie

Refrain

You better lose yourself in the music, the moment
You own it, you better never let it go
You only get one shot, do not miss your chance to blow
This opportunity comes once in a lifetime you better
[x2]

You can do anything you set your mind to, man
Tu peux faire n’importe quoi pourvu que tu le décides, mec

 

Cette page est extrait de nos analyses de chansons de rap américain.

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Songwriting - Paroles de chansons anglo-saxonnes

Eminem – 97′ Bonnie & Clyde – Paroles, traduction et analyse

Eminem – 97′ Bonnie & Clyde – Paroles, traduction et analyse

97′ Bonnie & Clyde, berceuse criminelle, raconte comment un père qui vient d’assassiner sa femme va tranquillement, accompagné de sa fillette, jeter le corps dans un lac.

C’est l’une des analyses de chansons proposées dans le PDF Songwriting, analyses de chansons en anglais.

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Vidéoclip

Analyse et signification des paroles

Prologue

Pendant les 36 premières secondes, on entend exactement les mêmes bruitages que dans l’épilogue de « Kim »: des cigales dans la nuit, un corps inerte transporté sur le sol, une voiture qui passe sans s’arrêter, des clés qui ouvrent le coffre et le corps qui est placé dedans.

Baby your da-da loves you (hey)
Bébé ton papa t’aime (hé)
And I’m always be here for you (hey)
Et je serai toujours là pour toi (hé)
No matter what happens
Quoi qu’il arrive
You’re all I got in this world
Tu es tout ce que j’ai dans ce monde
I would never give you up for nothing
Je ne te laisserai tomber pour rien au monde
Nobody in this world is ever gonna keep you from me
Rien ne pourra me séparer de toi
I love you
Je t’aime

Exposition. La situation initiale de « 97′ Bonnie and Clyde » est exactement identique à la situation finale de « Kim ». Mais « 97′ Bonnie and Clyde » est sortie avant « Kim » – en fait, elle est même sortie avant l’album « The Slim Shady EP » qui est comme le brouillon du premier long album qui a rendu Eminem célèbre : « The Slim Shady LP ».

Distribution de l’information. Ici la réception et l’interprétation de la chanson vont varier suivant que l’auditeur/auditrice connait déjà « Kim » ou pas. S’il le connait, il sait que le père-chanteur vient de tuer la mère. S’il ne le sait pas déjà, il devra et pourra le deviner tout au long de cette chanson-ci.

A noter que ce genre de liens narratifs entre chansons différentes est très rare dans l’histoire de la musique. En connaissez-vous d’autres exemples ? Cela arrive surtout dans des albums-concepts, comme The Wall de Pink Floyd.

Refrain

De la seconde 36 à la seconde 57, la chanson s’ouvre sur le refrain :

Just the two of us, just the two of us
Rien que tous les deux, rien que tous les deux
Just the two of us, just the two of us
Just the two of us, just the two of us
Just the two of us, just the two of us

Contraste entre la voix d’un adulte et celle d’un bébé, mais harmonie entre le père aimant et l’enfant innocent.

Couplet 1

Le style musical des couplets sonne plutôt tranquille, idyllique, presque romantique. Pas de beat violent comme dans « Kim », mais du bel orgue et d’autres instruments dans le fonds, et de nombreux samples de la voix infantile d’Hailie qui produisent un charmant effet de réalisme. Cette orchestration en harmonie avec les paroles contraste violemment avec leur sens profond.

C’mon Hai-Hai, we goin’ to the beach
Allez viens Hai-Hai, on va à la plage

Structure : Acte I. Le départ pour la plage forme le déclencheur qui nous informe sur les buts du Héros. On ne sait pas encore pourquoi il veut aller à la plage avec sa fille et sa femme morte…

Grab a couple of toys and let da-da strap you in the car seat
Attrape deux-trois jouets et laisse papa t’attacher dans le siège bébé

Début du développement, Acte II. Les voilà partis en expédition.

Oh where’s mama? She’s takin a little nap in the trunk
Oh où est maman ? Elle fait une petite sieste dans le coffre
Oh that smell (whew!) da-da musta runned over a skunk
Oh quelle odeur (whew!) papa a dû rouler sur un putois

Une blague bien noire… l’assassin se moque de sa victime et la compare à un animal puant devant sa fille – c’est violent! (Au passage, cette blague buggue: ce n’est pas réaliste, qu’un corps mette seulement 10 minutes à sentir ; même par temps chaud, la décomposition prend plusieurs heures…)

La fausse et étrange « information » comme quoi la mère « dort dans le coffre » met la puce à l’oreille à l’auditeur, qui en comprend plus que le bébé. Nous seuls, dans le public, témoins impuissants, pouvons comprendre le sens réel de ce que le père dit à sa fille, son double-sens. Toute la chanson repose sur cette ironie dramatique.

Now I know what you’re thinkin’, it’s kinda late to go swimmin’
Maintenant je sais ce que tu penses, il est un peu tard pour aller nager
But you know your mama, she’s one of those type of women
Mais tu sais ta maman, elle est ce genre de femme
that do crazy things, and if she don’t get her way, she’ll throw a fit
qui fait des folies, si elle est pas contente elle tape la crise

La remarque à propos de Kim qui « fait des folies » sonne avec une ironie cocasse, parce que ses propres folies – tuer sa femme, se moquer du cadavre, en rire devant sa fille – sont largement pires que ce qu’il reprochait à Kim. Ce type d’humour établit une connivence spéciale entre le chanteur et son public. On partage ses secrets, ses paradoxes.

Don’t play with da-da’s toy knife, honey, let go of it (no!)
Ne joue pas avec le couteau de papa, chérie, lâche ça (non !)
And don’t look so upset, why you actin bashful?
Et n’ait pas l’air aussi énervée, pourquoi tu fais ça ?
Don’t you wanna help da-da build a sand castle? (yeah!)
Tu veux pas aider papa à faire un château de sable ? (ouais !)
And mama said she wants to show how far she can float
Et maman a dit qu’elle nous montrerait comment elle sait flotter loin

Cela rend le but plus clair : le Héros va au lac pour se débarrasser du corps de Kim.

And don’t worry about that little boo-boo on her throat
Et ne t’inquiète pas au sujet de ce bobo sur sa gorge
It’s just a little scratch, it don’t hurt
C’est juste une petite égratignure, ça fait pas mal,
Her was eatin dinner while you were sweepin and spilled ketchup on her shirt
Elle a mangé pendant que tu faisais dodo et elle a renversé du ketchup sur son chemisier

Humour noir à nouveau. L’explication mensongère sonne bouffonne, on le sait, et on sait aussi qu’Hailie ne peut pas comprendre ; horreur comique.

En passant, il y a une erreur de script ici : puisque le père conduit et puisque le bébé a été attaché sur son siège, comment peuvent-ils discuter de la gorge et du chemisier de la mère alors qu’elle a été enfermée dans le coffre au début de la chanson (« Oh where’s mama? She’s takin a little nap in the trunk ») ? C’est incohérent. Même les plus grands font des erreurs…

Mama’s messy isn’t she? We’ll let her wash off in the water
Maman est cracra pas vrai ? On va la laver dans l’eau
and me and you can play by ourselves, can’t we?
Et toi et moi on jouera tous les deux, pas vrai ?

Ces vers partent simultanément dans deux directions contradictoires : le vers sur maman qu' »on va laver » continue de dissimuler la vérité à propos du meurtre, tandis que la manière dont le père s’occupe de sa fille semble appropriée et admirable. Vous mesurez le contraste énorme entre ces deux attitudes.

Bien, donc à la fin de ce refrain on a tous les éléments d’une intrigue normalement constituée : un Héros identifié, avec un but clair et réalisable. Aucun Antagoniste en vue par contre. Il existe des Antagonistes implicites, à qui le public peut penser – la police, la justice – mais les paroles n’en font aucune mention, n’actualisent pas cette possibilité. Donc pour l’instant le pronostic est bon : il semble probable que le but puisse être atteint, la chanson ne repose pas du tout sur un suspense à ce propos. Formellement, c’est une intrigue tout à fait banale… qui raconte un truc incroyable.

Refrain

Just the two of us, just the two of us
Rien que tous les deux, rien que tous les deux
And when we ride!
Sur la route !
Just the two of us, just the two of us
Rien que tous les deux, rien que tous les deux
Just you and I!
Rien que toi et moi !

« Rien que tous les deux » veut bien sûr dire « sans la mère » : cela sonne à la fois romantique et dégoûtant. Ambivalence ! Exactement comme dans le refrain de Kim, qui mêle amour et haine.

Couplet 2

See honey, there’s a place called heaven and a place called hell
Tu vois chérie, il y a un lieu nommé paradis et un lieu nommé enfer
A place called prison and a place called jail
Un lieu nommé prison et un lieu nommé maison d’arrêt
And da-da’s probably on his way to all of ’em except one
Et papa est probablement en route vers tous ces lieux sauf un

Petit passage non-narratif mais discursif, qui exprime les enjeux de la situation et laisse apercevoir un Antagoniste, la justice.

Cause mama’s got a new husband and a stepson
Parce que maman a un nouveau mari et un beau-fils
And you don’t want a brother do ya? (Nah!)
Et tu veux pas de frère, si ? (Nan !)

Voilà qui nous donne une explication à propos du petit garçon de 4 ans égorgé dans les paroles de Kim : il est le fils de l’homme avec qui Kim a trompé Eminem.

Du coup, le public comprend aussi la motivation du crime passionnel : la jalousie.

Toutes ces infos complètent celles de l’Acte I, sans le faire bouger d’un pouce, confirmant que cette chanson-ci repose d’abord sur la force de sa situation extrêmement contrastée, et pas sur les surprises de son développement narratif, très calme.

Pendant ce temps, c’est implicite mais une action évoquée plus haut s’accomplit : on rôle vers un lac.

Maybe when you’re old enough to understand a little better,
Peut-être que quand tu seras assez grande pour comprendre un peu mieux
I’ll explain it to ya
Je t’expliquerai tout
But for now we’ll just say mama was real real bad
Mais pour l’instant on va juste dire que maman a été très très méchante

Ce vers nous informe sur l’état d’esprit du Héros : il ne se sent pas coupable et pense être capable d’expliquer son acte plus tard, comme si ce n’était pas un crime mais la bonne chose à faire.

She was being mean to dad and made him real real mad
Elle a été méchante avec papa et l’a mis très très en colère
But I still feel sad that I put her on time-out
Mais je suis toujours triste de l’avoir mise sur la touche

Figure de style : un énorme euphémisme, décrivant un meurtre comme une simple « mise sur la touche ».

Sit back in your chair honey, quit tryin’ to climb out (Wah!)
Rassieds-toi dans ta chaise chérie, arrête d’essayer de grimper (wah !)

On revient à l’action en cours, relativement passive et sans intérêt, de rouler ; comme il n’y a rien de spécial à en dire, on zoome sur ce qui se passe dans la voiture et on remet le focus sur le bébé. Les bébés plaisent universellement, ils vendent de l’électricité, des yaourts, des valeurs morales, le futur. (Voir comment des cris de bébés sont utilisés très fréquemment dans Le Parrain pour tendre l’ambiance !) Un bébé qui gazouille entre le cadavre de sa mère et l’assassin papa-poule, c’est fascinant en soi – peu d’auteurs l’avaient osé.

I told you it’s okay Hai-Hai, wanna ba-ba?
Je t’ai dit que tout va bien Hai-Hai, tu veux ton doudou ?
Take a night-night? Nan-a-boo, goo-goo ga-ga?
Faire dodo ? areu-areu ?
Her make goo-goo ca-ca? Da-da change your dia-dee
Elle a fait un gros caca ? Papa change ta couche
Clean the baby up so her can take a nighty-nighty
Lave le bébé pour qu’elle puisse faire dodo
Your dad’ll wake her up as soon as we get to the water
Ton papa te réveillera quand on sera près de l’eau
97′ Bonnie and Clyde, me and my daughter
Bonnie and Clyde 97, moi et ma fille

Craquant, ce petit manège. Le contraste thématique irréconciliable entre la mort et l’enfance, la tendresse et la haine simultanées, cette schizophrénie des sentiments nous tient en haleine.

Refrain

Just the two of us, just the two of us
And when we ride!
Just the two of us, just the two of us
Just you and I!

(bis)

Couplet 3

Wake up sweepy head we’re here, before we play
Réveille-toi petite tête endormie on y est, avant d’aller jouer

Le couplet 1 s’ouvrait sur le départ, le 2 faisait le trajet, le 3 s’ouvre sur l’arrivée. Voilà un découpage de l’action tout à fait limpide. 

We’re gonna take mama for a little walk along the pier
On va emmener maman faire une petite balade sur la jetée
Baby, don’t cry honey, don’t get the wrong idea
Bébé, ne pleure pas chérie, ne te fais pas de fausse idée
Mama’s too sweepy to hear you screamin’ in her ear (ma-maa!)
Maman a trop sommeil pour t’entendre crier dans son oreille

Malin : ton en s’adressant à sa fille au discours direct, Eminem arrive à nous décrire la scène : la petite fille a découvert sa mère morte, s’est mise à pleurer et crier dans l’oreille de sa mère, donc le père réagit pour lui faire croire quelque chose de moins scabreux.

That’s why you can’t get her to wake, but don’t worry
T’arriveras pas à la réveiller, mais t’inquiète pas
Da-da made a nice bed for mommy at the bottom of the lake
Papa a fait un joli lit pour maman au fond du lac

Encore un séduisant euphémisme pour embellir l’horreur, travestir la vérité.

Here, you wanna help da-da tie a rope around this rock? (yeah!)
Tiens, tu peux aider papa à attacher une corde à ce rocher ? (ouais !)
We’ll tie it to her footsie then we’ll roll her off the dock
On va l’attacher à sa cheville, et on la fera rouler sur le quai

Là on atteint le sommet du cynisme : un mari criminel demandant à sa fille de 2 ans de l’aider à se débarrasser du cadavre de sa mère, c’est évidemment d’une force dramatique remarquable.

Structure : la crise s’ouvre, le but va s’accomplir car il n’y a toujours aucun Antagoniste concret.

Ready now, here we go, on the count of free..
Prête ? On y va, je compte jusqu’à trois…
One, two, free, WHEEEEEE! (splash noise)
Un, deux, trois, WHEEEEE ! (bruit d’éclaboussures)

Structure : climax – le but est atteint, le Héros a rempli sa mission.

Le jeu de mots en anglais entre one-two-three et one-two-FREE sonne marrant. Il confirme que le Héros voit son acte comme libérateur et positif, pas comme un crime.

Bruitage : l’hyperréalisme des différents bruits qu’on peut entendre au fil de la chanson ajoute une couche d’humour noir. Sur des paroles déjà assez explicites, ils soulignent cruellement certains détails triviaux de la situation.

There goes mama, spwashin in the wata
Voilà maman qui fait mumuse dans l’eau
No more fightin’ with dad, no more restraining order
Plus de disputes avec papa, plus d’injonctions judiciaires
No more step-da-da, no more new brother
Plus de beau-père, plus de nouveau frère
Blow her kisses bye-bye, tell mama you love her (mommy!)
Envoie-lui des bisous, dis à maman que tu l’aime (maman !)

Une scène touchante, habituellement…

Now we’ll go play in the sand, build a castle and junk
Maintenant on va jouer dans le sable, faire un château

C’est le but secondaire qui se réalise : jouer ensemble, rien que tous les deux. Le succès est donc total, le plan a parfaitement fonctionné, happy end pour l’assassin.

But first, just help dad with two more things out the trunk
Mais d’abord, aide papa avec deux-trois autres trucs dans le coffre

On liquide juste les dernières preuves…

Refrain

Just the two of us, just the two of us
And when we ride!
Just the two of us, just the two of us
Just you and I!

(bis)

Just the two of us, just the two of us
Just the two of us, just the two of us

Rien de neuf.

Épilogue

Just me and you baby
Rien que toi et moi bébé
Is all we need in this world
C’est tout ce qu’il nous faut en ce monde
Just me and you
Rien que toi et moi
Your da-da will always be there for you
Ton papa sera toujours là pour toi
Your da-da’s always gonna love you
Ton papa t’aimera toujours
Remember that
Rappelle-toi de ça
If you ever need me I will always be here for you
Si jamais tu as besoin de moi je serai toujours là pour toi
If you ever need anything, just ask
Si tu as besoin de quoi que ce soit, demande
Da-da will be right there
Papa sera là près de toi
Your da-da loves you
Ton papa t’aime
I love you baby
Je t’aime bébé

Cette touchante déclaration d’amour parental boucle la boucle commencée dans le prologue.

Commentaire

Combien d’intrigues dans cette chanson ?

Une seule intrigue simple et linéaire, qui raconte comment un père et son bébé font un trajet en voiture jusqu’à un lac pour y jeter le corps de la mère assassinée.

Combien de personnages ?

3 personnages actantiels:

  • Héros: le père criminel mais aimant. Avatar de Marshall Mathers, a.k.a. Eminem.
  • Aide du Héros – très ponctuellement : Hailie.
  • Antagoniste : Kim. Même morte, Kim est un personnage actantiel parce qu’elle est la source du problème du Héros. En tant que cadavre, elle pourrait être trouvée par la police ou un voisin. Elle n’a aucun but, aucun moyen d’attaque ou de défense, mais sa simple existence constitue un danger vital pour l’assassin.

2 autres personnages sont juste évoqués :

  • L’homme avec qui Kim a eu une relation (on le sait par la chanson Kim).
  • Son fils de 4 ans, potentiel beau-frère de Hailie (même source).
  • La structure des personnages est donc très minimale.

Synthèse comparative : Kim, 87 Bonnie & Clyde, Stan

Kim, 97 Bonnie & Clyde, Stan : trois chansons d’amour-haine

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Eminem – Kim – Paroles, traduction, analyse, interprétation et signification

Eminem – Kim – Paroles, traduction, analyse, interprétation et signification

La chanson Kim d’Eminem raconte l’horrible, dramatique et angoissant meurtre de sa femme par l’artiste en personne.

C’est l’une des analyses de chansons proposées dans le PDF Songwriting, analyses de chansons en anglais.

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Vidéoclip

Eminem – Kim – Analyse des paroles, interprétation et signification

Prologue

Le morceau s’ouvre sur 10 secondes de berceuse : a cappella, un joli son de clochettes en arrière-plan, un père s’adresse à sa fillette de 2 ans.

Aww look at daddy’s baby girl
Oh regardez-moi cette fillette à son papa
That’s daddy’s baby
C’est le petit bébé de papa
Little sleepy head
Petite tête qui a sommeil
Yesterday I changed your diaper
Hier j’ai changé tes couches
Wiped you and powdered you
Je t’ai essuyée et poudrée
How did you get so big?
Comment as-tu fait pour grandir autant ?
I can’t believe it now you’re two
Je peux pas croire que tu aies déjà deux ans
Baby you’re so precious
Mon bébé tu es si précieuse
Daddy’s so proud of you
Papa est tellement fier de toi

A 10 secondes, la musique devient orchestrale et dramatique, avec piano et cordes.

Acte I, exposition. On n’a pas encore de véritable action, mais la situation initiale est posée.

Couplet 1

A 20 secondes, le père change complètement de ton :
Sit down, bitch!
Assieds-toi connasse !
If you move again I’ll beat the shit out of you!
Si tu bouges encore je te défonce la gueule !

Auparavant claire et jolie, la musique devient tendue, lourde et agressive. La boucle au piano tourne toujours, submergée par une puissante ligne rythmique.

Déclencheur. Le but n’apparaît pas encore très précisément, mais les personnages se définissent : le père-chanteur est le Héros, sa femme est son Antagoniste, et le problème tient à leur relation.

(Okay)

Pour la première fois on entend la voix bouleversée et effrayée du personnage de Kim, jouée par Eminem.

Au passage, notons l’ambiguïté de ce fait : le même acteur incarne deux personnages antagonistes. Il fait curieusement preuve d’empathie en tant qu’auteur, en se montrant soucieux de restituer les identités des adversaires en présence.

Il lui hurle dessus :

Don’t make me wake this baby
Ne me fais pas réveiller la gamine
She don’t need to see what I’m about to do
Elle a pas besoin de voir ce que je veux faire

On appelle cela une prolepse : un indice donné au public, qui anticipe sur l’action future, entraînant un suspense.

Quit crying, bitch, why do you always make me shout at you?
Arrête de pleurer connasse, pourquoi tu me forces toujours à te hurler dessus ?
How could you? Just leave me and love him out the blue
Comment tu as pu ? Me quitter comme ça et l’aimer lui soudain

Effet de distribution de l’information : le public est mis au courant d’un fait que les deux personnages connaissaient déjà.

A partir de là le public comprend pourquoi le couple se dispute – à cause d’une affaire de tromperie qui explique la colère du Héros.

Oh, what’s the matter Kim? Am I too loud for you?
Oh, qu’est-ce qu’il y a Kim, je parle trop fort pour toi ?
Too bad, bitch, you’re gonna finally hear me out this time
Pas d’bol connasse, cette fois tu vas m’écouter jusqu’au bout
At first, I’m like all right. You wanna throw me out? That’s fine!
Au début, ça va. Tu veux me jeter ? Ok !
But not for him to take my place, are you out your mind?
Mais lui il prendra pas ma place, t’as perdu la tête ?
This couch, this TV, this whole house, it’s mine!
Ce divan, cette télé, toute la baraque, c’est à moi !
How could you let him sleep in our bed?
Comment tu as pu le laisser coucher dans notre lit ?
Look at Kim! Look at your husband now!
Regarde Kim ! Regarde ton mari maintenant !
(No!)
I said look at him! He ain’t so hot now is he?
Regarde-le j’te dis ! Il est plus si séduisant maintenant si ?
Little punk!
P’tite merde !
(Why are you doing this?)
(Pourquoi tu fais ça ?)
Shut the fuck up!
Ferme-la !
(You’re drunk! You’re never going to get away at this!)
(Tu es saoul ! Tu t’en sortiras pas comme ça !)
You think I give a fuck!
Qu’est-ce que j’en ai à foutre !
Come on we’re going for a ride, bitch!
Allez viens on va faire une balade, connasse !

La première forme du déclencheur restait vague : on savait que le Héros en avait après sa femme.

Maintenant les données se précisent, le but devient « emmener Kim en voiture », et le public se doute que cela cache une intention pas encore nommée mais évoquée juste après.

A partir de maintenant et comme dans les deux autres chansons de la trilogie, une voiture constitue le décor de l’action.

(No!)
Sit up front!
Assieds-toi devant !
– Well, I can’t just leave Hailie alone, what if she wakes up? –
– Bon, je peux pas laisser Hailie toute seule, et si elle se réveille ? –
We’ll be right back –
On sera vite revenus
Well, I will, you’ll be in the trunk!
Enfin, moi je reviendrai, toi tu seras dans le coffre !

Par les mots effrayants « you’ll be in the trunk », tu seras dans le coffre, l’absence d’information complète concernant cette intention génère un suspense : de quoi ce personnage est-il capable ? Que compte-t-il faire dans sa fureur psychopathe ?

Les données dramatiques de l’Acte I étant complètes, l’Acte II de cette intrigue de dispute peut commencer.

Refrain

Pendant ce refrain, la puissante ligne rythmique continue sur sa lancée, le piano est remplacé par des cordes mélancoliques.

So long,
bitch you did me so wrong
Pendant si longtemps,
connasse tu m’as fait tant de mal
I don’t want to go on
Living in this world…
Je ne peux pas continuer à vivre en ce monde
without you
Sans toi
(bis)

Dramatiquement parlant, ce refrain n’apporte aucune nouvelle information et ne nourrit pas l’action. Son rôle consiste à mettre en valeur, à souligner le conflit en cours et la profonde ambivalence du Héros, qui veut tuer sa femme et mourir à la fois. Ambivalence qu’on retrouvera sous d’autres formes dans 97′ Bonnie & Clyde et dans Stan.

Couplet 2

You really fucked me Kim
Tu m’as vraiment bien baisé Kim
You really did a number on me
Tu m’as fait un sacré numéro
Never knew me cheating on you would come back to haunt me
Je m’étais pas douté que le fait de t’avoir trompée allait revenir me hanter

Cette phrase donne un argument aux défenseurs d’Eminem comme parolier. Car il donne clairement tort à son personnage autobiographique. Ce faisant, il s’en désolidarise subtilement. Étrange aveu de culpabilité n’est-ce pas ?

But we was kids then Kim, I was only 18!
Mais on était gosses à l’époque Kim, j’avais que 18 ans !
That was years ago!
C’était il y a des années
I thought we wiped the slate clean!
Je pensais qu’on avait tiré ça au clair !

Encore un élément sur l’histoire antérieure du couple.

That’s fucked up!
C’est niqué !
(I love you!)
(Je t’aime !)
Oh, God, my brain is racing
Oh Dieu j’ai le cerveau en feu
(I love you!)
(Je t’aime !)

Ambivalence énorme.

What are you doing?
Qu’est-ce que tu fous ?
Change the station I hate this song!
Change de station je déteste cette chanson !

Quelle ironie ! Un chanteur qui déteste et fait taire une chanson. Le public peut aussi y entendre en écho que c’est la chanson d’Eminem qui est haïssable, qui doit être stoppée.

Does this look like a big joke?
Est-ce que tu crois que c’est une grosse blague ?
(No!)
There’s a four year old boy lyin’ dead with a slit throat
In your living room, ha-ha
Il y a un garçon de 4 ans qui gît mort avec la gorge tranchée
Dans ta salle à manger, ha ha

Cette situation effrayante et gore flotte un peu dans l’histoire pour l’instant, le public ne sait pas trop comment la lire. Elle appartient à une deuxième intrigue dont les données sont incomplètes, et qui semble raconter le meurtre d’un petit garçon par le chanteur-narrateur-Héros. On peut s’interroger sur le degré de réalité de la scène : est-ce le récit réel de faits récents, ou une simple menace virtuelle ?

Les paroles reprendront la même scène plus tard, au milieu du prochain couplet.

En tout cas, il semble qu’Eminem aime faire crier le contraste thématique en forme d’oxymore entre l’horreur de la mort et l’innocence de la petite enfance, car il l’emploiera à nouveau sous d’autres formes dans 97′ Bonnie & Clyde (où Hailie assiste sans comprendre aux funérailles de sa mère) comme dans Mockingbird (où le chanteur n’hésite pas à tordre le cou au piaf coupable de n’avoir pas chanté).

What you think I’m kiddin’ you?
Qu’est-ce que tu crois, que je suis pas sérieux ?
You loved him, didn’t you?
Tu l’aimais, pas vrai ?
(No!)
Bullshit you, bitch, don’t fucking lie to me
Connerie, connasse, ne me mens pas
– What the fuck’s this guy’s problem on the side of me???
– C’est quoi son problème à ce type à côté ???
Fuck you asshole, yeah, bite me!!! –
Va te faire foutre trouduc, ouais, suce-moi ! –

Cette brève altercation avec un autre conducteur, qui constitue une troisième intrigue, offre un double avantage :

  • Faire une pause dramatique dans un récit bien chargé émotionnellement, avant de repartir de plus belle
  • Décadrer et nous confronter au danger de la situation d’ensemble : un homme ivre (comme le lui a reproché Kim plus tôt) parti dans une crise de fureur incontrôlable, devenu un danger public pour lui-même, ses proches et autrui.
  • De là, la situation s’enrichit encore. Le conflit verbal entre le Héros et Kim se double d’un conflit plus vaste entre le Héros et le monde extérieur, conflit qui, en cas d’accident, pourrait les conduire tous deux à la mort – suspense !

Kim! KIM!!!
Why don’t you like me?
Pourquoi tu m’aimes pas ?
You think I’m ugly don’t you??
Tu trouves que je suis moche pas vrai ?
(It’s not that!)
C’est pas ça !
No, you think I’m ugly!
Nan tu me trouves moche hein !
(Baby)
(Chéri)
Get the fuck away from me, don’t touch me!!
T’approche pas de moi, me touche pas !!
I HATE YOU! I HATE YOU!!!
I SWEAR TO GOD, I HATE YOU!
JE TE HAIS ! JE TE HAIS !
JE LE JURE DEVANT DIEU JE TE HAIS
(Oh my god I love you…)
(Oh mon Dieu je t’aime…)
How the fuck could you do this to me?
Putain mais comment t’as pu me faire ça ?
(Sorry!)
(Désolée !)
How the fuck could you do this to me???
Putain mais comment t’as pu me faire ça ??

Sans rajouter d’information, l’auteur met le focus sur les charges émotionnelles en jeu. Le pathos explose.

Structure : fin de l’Acte II.

Refrain

So long,
bitch you did me so wrong
I don’t want to go on
Living in this world…
without you
So long,
bitch you did me so wrong
I don’t want to go on
Living in this world…
without you

Rien de neuf, mais on culmine toujours émotionnellement. Comment ne pas être ému par ce cri d’amour-haine ?

Couplet 3

Come on get out!
Allez descends !
(I can’t I’m scared!)
(Je peux pas j’ai peur !)
I said get out, bitch!
J’ai dit descends, connasse !

Structure : la descente de voiture marque clairement la fin du trajet et la coupure entre deux moments dramatiques.

(Let go of my hair, please don’t do this, baby!
(Lâche-moi les cheveux, ne fais pas ça bébé !
Please I love you, look we can just take Hailie and leave…)
S’il te plaît, je t’aime, regarde on peut juste prendre Hailie et partir…)
Fuck you! you did this to us!
Va te faire foutre ! C’est toi qui nous a fait ça !
You did it, it’s your fault!
C’est toi, c’est ta faute !

En fait, on entre dans l’Acte III, la crise commence. Elle correspond à une intensification du conflit.

Oh, my God, I’m crackin’ up,
Oh mon Dieu je craque,
Get a grip Marshall!!
Accroche-toi Marshall !!

L’ordre de s’accrocher adressé à Marshall (le vrai prénom de Marshal Mathers = Eminem) permet au public d’identifier 5 personnes réunies en une : le Héros de l’histoire = le narrateur = l’homme Marshall Mathers = l’auteur-interprète des paroles = l’artiste Eminem.

Le fait n’a rien d’anodin, Eminem est coutumier de ces démultiplications d’identités. Dans Stan, il est à la fois lui-même et Stan. Dans The Real Slim Shady, il se montre en super-Héros du rap. Etc.

Eminem joue donc fréquemment sur les deux tableaux : à fond dans la fiction, et simultanément à fond dans l’autobiographie, racontant sa vraie vie en détails, allant jusqu’à donner son vrai nom comme titre à l’album tout en le signant de son pseudonyme d’artiste – comme s’il voulait retourner la logique et faire en sorte que ce ne soit pas l’homme qui crée l’artiste, mais l’artiste qui crée l’homme.

Hey remember the time we went to Brian’s party?
Hé tu te souviens la fois où on était à la fête de Brian
And you were like so drunk that you threw up all over Archie
Et t’étais genre si ivre que t’as dégueulé sur Archie
That was funny, wasn’t it?
C’était marrant, hein ?
(Yes!)
That was funny, wasn’t it??
C’était marrant, hein ?
(Yes!!)

Cette scène de torture psychologique marque une étape de plus dans le crescendo de violence qui va nous conduire au meurtre final.

See it all makes sense, doesn’t it?
Tu vois tout est cohérent, pas vrai ?
You and your husband have a fight
Toi et ton mari vous avez une dispute
One of you tries to grab a knife
L’un de vous deux essaye de choper un couteau
And during the struggle he accidentally gets his Adam’s apple sliced
Et pendant la lutte il tranche accidentellement sa pomme d’Adam

Tiens ? On rebranche sur la scène du petit garçon égorgé évoquée dans le couplet 2 !

(No!)
And while this is goin’ on
Et pendant que ça se passe
His son just woke up and he just walks in
Son fils se réveille et il entre
She panics and he gets his throat cut
Elle panique et il se fait trancher la gorge
(Oh, my God!)
(Oh mon Dieu !)
So now they’re both dead and you slash your own throat
Donc maintenant ils sont morts tous les deux et tu tranches ta propre gorge
So now it’s double homicide and suicide with no note
Donc maintenant on a un double suicide et un suicide sans laisser de petit mot

Effectivement, il s’agit bien de la même mini-intrigue secondaire, montée en parallèle, auparavant juste esquissée et qui se développe ici à l’extrême, en carnage. Pourtant, le public ne sait toujours pas si l’intrigue est réelle ou imaginaire. La connaissance de la biographie d’Eminem montre que, si les disputes violentes avec Kim étaient une réalité, Marshall Mathers n’a jamais été jusqu’à assassiner toute une famille.

Il y a d’autres cas en musique et dans le rap, où de véritables crimes, agressions, viols, vols avec violence etc. ont été revendiqués à travers les paroles. Certains, des décennies plus tard, s’en sont mordu les doigts.

C’est le cas de Docteur DRE, rappeur et producteur d’Eminem qui, sur le tard, a fini par regretter publiquement d’avoir eu des comportements violents envers les femmes et de les avoir maltraitées dans ses textes.

I should have known better when you started to act weird
J’aurais dû faire gaffe quand t’as commencé à déconner
We could’ve… HEY! Where you going? Get back here!
On aurait pu… Hé ! Où tu vas ? Reviens là !

A partir d’ici la crise prend toute son ampleur. De verbale, la dispute devient physique, et le danger donc la tension dramatique augmentent.

Admirez comment, juste avec des mots bien choisis, Eminem nous fait sentir l’ambiance, décrit indirectement les actions des personnages grâce à ce qu’ils disent. Alors que le média est audio, il nous permet pourtant sans problème d’imaginer une scène visuelle de course-poursuite entre les amants ennemis.

You can’t run from me, Kim!
Tu peux pas m’échapper, Kim !
It’s just us, nobody else!
Y’a que nous ici, personne d’autre !
You’re only making this harder on yourself
Tu ne fais que rendre les choses plus difficiles
Ha! Ha! Got’cha!
Ha ! ha ! Je te tiens !
(Ah!)

La crise s’intensifie encore et le public sent qu’on arrive bientôt au climax.

Ha! Go ahead, yell!
Ha ! Vas-y, gueule !
Here I’ll scream with you!
Tiens, je vais gueuler avec toi !
AH, SOMEBODY HEEEEELP!!!!!!
AH, A L’AIDE !!!!!
Don’t you get it, bitch, no one can hear you??
Tu comprends pas connasse que personne peut t’entendre ?
Now shut the fuck up and get what’s coming to you
Maintenant ferme ta gueule et regarde ce qui t’arrive
You were supposed to love me!!!
T’étais censée m’aimer !
[Kim choking]
[Kim s’étouffe]
NOW BLEED! BITCH, BLEED!!!!
BLEED! BITCH, BLEEEED!!!!! BLEEEEEEEEEEEEED!!!!!!!!!!
MAINTENANT SAIGNE ! SAIGNE, CONNASSE !
SAIGNE !!! SAIGNE, CONNASSE !
SAAAIIIIIGGGNNNEEE !!!!!!!!

Climax. La tension dramatique crève le plafond et dévaste le public émotionnellement. Peu d’auditeurs/auditrices auront pris le parti du Héros. Bien qu’écrite par et pour Eminem, la chanson met le public plutôt du côté de Kim au moment où elle est victime d’une injustice flagrante.

(Un véritable psychopathe doté d’un talent littéraire aurait pu choisir de présenter le meurtre sous un jour favorable, sans générer aucune empathie positive envers la victime. Eminem en a décidé autrement !)

Chorus

So long,
bitch you did me so wrong
I don’t want to go on
Living in this world…
without you
So long,
bitch you did me so wrong
I don’t want to go on
Living in this world…
without you

Cette fois, le refrain change radicalement de sens et résonne avec une ironie tragique. Jusqu’à présent, quand on l’entendait, Kim était vivante, de sorte que les paroles n’exprimaient que l’exaspération du Héros. Mais maintenant, après le meurtre de Kim, elles expriment surtout son désespoir : puisqu’il vient de tuer son amour, et puisqu’il « ne veut pas continuer à vivre en ce monde / sans toi », on peut supposer qu’il a son propre suicide en vue à l’horizon.

Épilogue

De la minute 5:20 à la minute 5:50, la musique se calme : les voix, les hurlements disparaissent, le rythme s’adoucit et s’efface, le violon mélancolique devient l’instrument dominant, solitaire, et tout ce moment musical inspire essentiellement la tristesse, l’abattement.

Pour le public comme pour le personnage, ces changements dans l’instrumentation coïncident avec une phase de décompression émotionnelle, après une crise aussi dramatique.

L’absence d’information pendant 30 secondes, le sentiment de vide qui envahit le morceau, contribuent à imiter l’état d’esprit du Héros après son geste fou, et donc à faciliter l’identification du public avec lui, puisqu’on partage le même sentiment.

A la minute 5:42, on entend des bruitages qu’on reconnait au bout de quelques secondes d’attention parmi les sons de la nuit sur fonds de cigales :

  • Un corps lourd qui frotte sur le sol
  • Une voiture qui passe sans ralentir, ce qui montre que Marshall s’est simplement garé sur le bord de la route
  • Une clé qui ouvre le coffre
  • Le corps porté jusqu’au coffre, ce coffre fermé.

Silence, fin du morceau.

Commentaire

Combien d’intrigues trouve-t-on dans cette chanson ?

Réponse :

  • Une intrigue principale, celle d’un homme qui agresse sa femme
  • Une intrigue secondaire, celle d’une famille assassinée « par accident »
  • Un fragment d’intrigue qui ne sera pas développé – quand Marshall entre en conflit avec un autre conducteur

Vous voulez vous exercer ? Reprenez la chanson, refaites le plan dramatique détaillé de chaque intrigue, puis le plan d’ensemble qui agrège tous ces éléments.

Combien de personnages ?

On trouve 2 personnages actantiels pour l’intrigue principale :

  • Le Héros, Marshall.
  • L’Antagoniste, Kim.

3 autres personnages sont évoqués :

  • Hailie, la fille de Kim et Marshall, est un personnage thématique mais sans rôle actantiel – elle ne peut rien faire pour empêcher ses parents de se battre.
  • L’inconnu avec qui Kim a trompé Marshall. S’il était présent il pourrait aider Kim, mais absent, il n’a aucune influence, il a juste contribué à déclencher la fureur de Marshall. Au passage, cet élément étant autobiographique, on connait le nom de cet homme : il s’agit de John Guerrera, videur d’une boite de nuit, que Kim a embrassé un soir en présence d’Eminem, ce dernier réagissant en agressant Guerrera avec un flingue… vide. Si vous vous intéressez à la bio d’Eminem, vous pouvez lire cet article très bien fait : Eminem & Kim : les dessous d’une relation tumultueuse.
  • L’autre conducteur en restera au stade d’Antagoniste fugace, aussitôt oublié.

De sorte que la structure des personnages dans ce morceau apparaît aussi minimale que possible :

  • Mari vs Femme.

Synthèse comparative : Kim, 87 Bonnie & Clyde, Stan

Kim, 97 Bonnie & Clyde, Stan : trois chansons d’amour-haine

Catégories
Songwriting - Paroles de chansons anglo-saxonnes

Eminem – Kim, 97′ Bonnie & Clyde, Stan

Songwriting, analyses de chansons en anglais
PDF, 133 pages

Eminem – Kim, 97′ Bonnie & Clyde, Stan Chanter l’amour. Chanter aussi la haine !

Certains, certaines, feront toute leur carrière sur un seul et unique thème.

L’amour, toujours l’amour.

On les entendra donc articuler des I Love You, I Need You, I Want You, I Miss You sur tous les tons, de la supplique au cri orgasmique, de la nostalgie d’une histoire passée à l’espoir d’une passion future.

Mille variantes, toujours un seul thème.

On les verra aussi dépeindre les amants. Il y aura essentiellement Toi (que j’aime) et il y aura aussi Moi (qui t’aime), qui se refléteront l’un l’autre par leurs bons sentiments réciproques.

Bref, tout allait bien dans le monde du lyrisme musical, quand soudain débarqua un rappeur blanc de Détroit, cheveux blonds décolorés, boucle d’oreille de pédé homophobe-et-fier-de-l’être, bave de pitbull aux lèvres.

Ce rappeur-là n’était décidé ni à propulser de la haine pure comme tant d’autres renégats du ghetto avant lui, ni à roucouler des romances pop célébrant l’accouplement politiquement correct de ses compatriotes chrétiens.

Non, celui-là avait d’autres projets : écrire et chanter des chansons d’amour, certes ; mais surtout, les pleurer, les crier, les hurler de rage, les arracher à leurs petits nuages menteurs et les ramener brutalement sur terre, les confronter à la réalité crue des vraies passions humaines, dans toute leur ambivalence. Dès lors il ne pouvait plus s’agir que de chansons d’amour-haine.

97 Bonnie & Clyde, Kim, Stan : 3 histoires liées

Chanson Album Année Label
97′ Bonnie & Clyde The Slim Shady LP 1999 Aftermath, Interscope, Web
Kim The Marshall Mathers LP 2000 Aftermath, Interscope
Stan The Marshall Mathers LP 2000 Aftermath, Interscope

En trois chansons liées par des thèmes similaires (le crime passionnel) et des personnages en commun (Eminem, Kim, Hailie, ou un jeune père, sa femme et leur fille), Eminem renouvelle profondément le genre auquel il s’attaque.

Résumons brièvement ces trois chansons :

  • 97′ Bonnie & Clyde se présente comme une berceuse criminelle. Un personnage de père, qui est également le narrateur et le chanteur, s’adresse à sa fillette pendant un trajet en voiture. Ils quittent la maison familiale et le père explique à la fille qu’ils emmènent le corps de la mère faire une promenade au lac. Entre les lignes, l’auditeur comprend que le père se débarasse en fait du cadavre de sa femme – mère de sa fille – qu’il vient de tuer.
  • Kim commence également sur un père qui s’adresse à sa fillette, sa « baby girl », avant d’enclencher une violente dispute conjugale où il accuse sa femme de l’avoir trompé dans leur lit. Il emmène sa femme et sa fille en voiture et sa colère monte jusqu’à la rage. Il finit par lui trancher la gorge en l’insultant « bleed, bitch, bleed! » et on l’entend mourir, étouffée dans son sang.
  • Stan s’ouvre sur les lettres qu’envoie un fan à son idole Eminem. Il lui envoie et lui demande d’abord des nouvelles de sa famille et de ses proches.  Dans une seconde lettre, il apparaît énervé et déçu de l’absence de réponse de son rappeur préféré, il lui donne de multiples preuves d’admiration et d’amour, jusqu’au chantage affectif. Dans un troisième message sous forme audio cette fois, Stan sonne très en colère, terriblement aigre : sans réponse d’Eminem, Stan décide de se suicider, il a trop bu, il jette sa voiture depuis un pont dans une rivière alors qu’il a enfermé sa femme dans son coffre et qu’il a sa fille à côté de lui, on les entend se crasher. Finalement, arrive la réponse d’Eminem. Il parle d’abord à Stan comme si de rien n’était, lui donne des conseils et lui demande des nouvelles. Puis il évoque un fait divers vu à la télé, où un fou se jetait d’un pont avec sa femme dans son coffre…  c’était Stan.

A l’écoute de ces trois chansons, on comprend donc que :

  • 97′ Bonnie & Clyde – bien qu’elle soit sortie avant – est la suite narrative directe de l’histoire de Kim ; les deux chansons ont exactement les même personnages, et la toute fin de Kim – sa mort – coïncide exactement avec le tout début de 97′ Bonnie & Clyde – même les bruitages le soulignent.
  • Stan raconte une autre histoire, mais parallèle, elle reflète et reprend les données dramatiques du duo Kim / 97′ Bonnie & Clyde.

Du point de vue de l’auteur, l’écriture d’une trilogie présente plusieurs avantages sur l’écriture d’une chanson unique :

  • C’est plus rare donc plus précieux.
  • C’est aussi plus compliqué donc plus riche de sens – chacune des 3 chansons devient un point d’entrée, un angle de vue sur les deux autres, modulant leur sens, approfondissant leur émotion.

Entrons maintenant dans le détail de l’analyse de chaque chanson, et nous reviendrons plus tard faire la synthèse de tout ce que nous aurons découvert.

Et parce que c’est plus logique ainsi, analysons-les dans l’ordre chronologique de la fiction :

Eminem – Kim, 97′ Bonnie & Clyde, Stan – Synthèse

On a donc montré au fil des analyses comment ces trois chansons se croisent, se connectent, se superposent, d’une manière rare en musique, ce qui ajoute à la qualité et à l’originalité de ces trois textes.

Voyons maintenant d’un peu plus près tout ce que ces trois chansons partagent, puis essayons d’en conclure quelque chose d’utile pour nous autres paroliers/parolières..

Ces chansons jouent avec les genres

En effet elles mélangent chacun divers genres, ce qui les rend plus complexe donc plus intéressantes.

Toutes trois sont autobiographiques, avec d’importantes variations

  • Kim raconte un crime passionnel fictif, mais on sait Eminem assez fou pour avoir vraiment eu parfois l’intention de tuer sa femme, Kim Mathers. Dans les paroles, Eminem se décrit sous son vrai prénom – Marshall – et nomme également leur fille, Hailie. Ces faits sont réels
  • 97′ Bonnie and Clyde poursuit la description post-mortem du même crime passionnel, et nomme à nouveau Hailie par son vrai nom
  • Stan est plus indirect en tant qu’autobiographique puisque cette fois, les éléments de la vraie vie du chanteur sont donnés par le personnage fictif de Stan: Stan lui demande des nouvelles de sa fille, fait le parallèle entre son propre père inconnu et sa mère battue et les parents d’Eminem, et évoque le climat de violence conjugale entre marshall et Kim. L’histoire de Stan elle-même n’est pas vraie, mais les limites semblent ténues

« Kim » et « 97′ Bonnie and Clyde » contiennent des éléments de berceuse

  • Kim, dans son Prologue, et 97′ Bonnie and Clyde en entier

Mais il s’agit d’une nouvelle forme de berceuse, qui intègre un élément totalement contradictoire avec ce genre de « musique pour enfants » : l’ultra-violence.

Dans les trois, et en général dans l’oeuvre d’Eminem, le dialogue est une composante essentielle :

  • Kim est un dialogue entre l’agresseur, Marshall, et la victime, Kim.
  • 97′ Bonnie & Clyde est un dialogue entre le père et sa fille Hailie, qui ponctue chaque vers de son charmant babillage et de ses réponses. Donner un rôle vocal à un bébé dans un dialogue est assez rare dans l’histoire de la musique.
  • Stan appartient au genre plus vaste de la littérature épistolaire, qui est une forme de dialogue dans laquelle chaque intervention est différée de lettre en lettre. Cette littérature épistolaire compte des chefs d’oeuvre mondiaux, par exemple le De natura rerum du latin Lucrece, les Epîtres de Paul, ou les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos. Avec originalité une fois de plus, le Stan d’Eminem casse une règle du genre en racontant des lettres qui ne trouvent pas leur destinataire, ou trop tard.

Toutes trois sont des histoires criminelles

  • Kim raconte un crime passionnel, 97′ Bonnie and Clyde raconte comment il se débarrasse du corps pour échapper à la justice et continuer à vivre tranquillement avec sa fille aimée
  • Stan raconte exactement le même genre de crime

Toutes trois mettent en scène des motifs similaires, presque des fantasmes ou des obsessions :

  • Le « double homicide et suicide » décrit dans Kim et réalisé dans Stan
  • Se trancher la gorge ou égorger sa femme ou son enfant – dans Kim et dans Stan
  • Tuer sa femme, dans les trois chansons
  • Enfermer l’épouse ou son cadavre dans le coffre de la voiture, dans les trois chansons.

Ainsi se crée un réseau dense de connexions thématiques qui font résonner chaque chanson avec une ou plusieurs autres, parmi les albums The Slim Shady LP et Marshall Mathers LP.

Toutes trois sont des histoires d’amour, même si paradoxales et ambivalentes :

  • Kim est la déclaration d’amour (et de haine…) de Marshall à Kim et réciproquement (tous deux disent « je t’aime » à l’autre)
  • Stan est la déclaration d’amour (puis de haine…) de Stan à Eminem, puis c’est au moins une marque d’affection ou de considération d’Eminem à Stan
  • Et 97′ Bonnie and Clyde est la déclaration d’amour (et seulement d’amour cette fois !) d’Eminem à Hailie, du père à sa fille

Sexisme ou réalisme?

Il est possible qu’une partie significative du public ne reconnaisse pas ces chansons en tant qu’histoires d’amour, les ressentant comme beaucoup trop violentes et haineuses pour mériter cette appellation – en particulier Kim que certaines personnes refusent tout simplement d’écouter. Pourtant, ce qu’Eminem a eu l’énorme audace d’écrire et de chanter est une vraie expression des réalités de l’amour et du couple – il est clair que le « pur amour » sans conflits, sans sentiments mélangés, n’existe pas. La manière dont de nombreuses histoires d’amour s’achèvent dans la déception, la haine, la jalousie, la tristesse, le désespoir, et quelque fois le meurtre, montre qu’Eminem n’a pas tort, même si de nombreuses chansons d’amour préfèrent idéaliser et positiver, mettre en valeur les sentiments nobles (« You’re The One », « Love Me Tender », « My Perfect lover », « I’ll Never Leave You »), et cacher tout le reste sous le tapis.

Une étude du Wall Street Journal  montrait que sur 165,068 meurtres commis aux USA (sans la Floride) entre 2000 et 2010, un total de 15 751 – un peu moins de 10% – sont des crimes entre mari et femme, copain et copine, ex et exe, ou partenaires homos. 1 homicide sur 10 a lieu dans une relation d’amour et non de haine !!

Cela peut nous donner de bonnes idées de thèmes pour des chansons-chocs: il se pourrait qu’on ait de bonnes chances de succès en écrivant sur des sujets interdits, tabous, inabordables, malséants, incorrects, mais réalistes, correspondant à de vrais sujets de société, généralement déniés. Ces trois chansons très noires d’Eminem ont contribué à faire de lui le recordman mondial des ventes de disques dans la décennie 2000 : il a vendu plus de 100 millions d’albums…

Pour finir sur ce thème, on peut se poser la question: est-ce qu’Eminem contribue au sexisme et à la violence contre les femmes, avec des chansons qui décrivent comment des hommes tuent la femme qui partage leur vie ? Ou, en d’autres termes, est-ce que le public peut conclure de ces chansons que tuer sa partenaire est la bonne chose à faire ? On ne le croit pas. Les textes d’Eminem ont le mérite d’être honnêtes dans leur crudité : le chanteur prend le monde à témoin de ses propres pulsions destructrices, et nous laisse voir combien malheureux et perturbé sa violence le fait.

Au lieu de déguiser la réalité comme le fait une bonne partie de la culture populaire et commerciale, au lieu d’esquiver le thème difficile et pénible de la violence contre les femmes, Eminem (fils d’une femme battue) et ses chansons d’amour/haine en font un sujet d’émotion, d’attention, de réflexion et de débat. Ce n’est pas parce qu’on écrit des histoires de meurtres qu’on en commet ou qu’on incite à en commettre, au contraire, le fait de représenter les pulsions avec le pouvoir de l’imagination permet sans doute d’obtenir une sorte d’effet de vaccination : ce qui vous choque en version fictive, vous apprend à mieux gérer la version réelle…

Conclusion

Autobiographie, berceuse, histoire criminelle, histoire d’amour, dialogue, littérature épistolaire: en trois chansons, ce sont pas moins de six genres qui sont convoqués pour structurer ces paroles. Cette densité apparaît phénoménale, exceptionnelle !

Eminem a bien sûr été critique pour la violence, l’hyper-réalisme, la trivialité de ses paroles, comme si toutes ces qualités étaient des défauts. En fait, l’analyse littéraire de ses œuvres montre qu’elles valent bien en qualité nombre d’auteurs reconnus. Il fait des effets plus dramatiques, utilise plus de genres, respecte ET brise plus de règles, que beaucoup d’auteurs moyens. Les provocations et les éléments vulgaires n’empêchaient pas non plus Shakespeare d’envoûter les esprits. Ce n’est pas parce que vous sortez du ghetto que vous ne pouvez pas atteindre certaines formes d’excellence.

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Songwriting - Paroles de chansons anglo-saxonnes

Nick Cave And The Bad Seeds – Mercy – Paroles, traduction, interprétation, signification

Mercy de Nick Cave est une des chansons analysées dans le PDF Songwriting.

Songwriting

Analyse des paroles de la chanson « Mercy » de Nick Cave And The Bad Seeds

« Mercy » est le 5è morceau de l’album studio Tender Prey (Muter Records, 1988) du groupe Nick Cave And The Bad Seeds :

  • Nick Cave – Voix, Vibes, Harmonica
  • Blixa Bargeld – Guitare, Choeur
  • Mick Harvey – Basse, Choeur
  • Kid Congo Powers – Guitare, Choeur
  • Roland Wolf – Piano
  • Thomas Wydler – Batterie
  • Hugo Race – Choeur

Clip

Paroles de Nick Cave et traduction

Couplet 1

I stood in the water
J’étais debout dans l’eau
In the middle month of winter
Au beau milieu de l’hiver
My camel skin was torture
Ma peau de chameau était une torture
I was in a state of nature
J’étais à l’état de nature

The wind, sir, it was wicked
Le vent, monsieur, était vicieux
I was so alone
J’étais si seul
Just as I predicted
Exactement comme je l’avais prédit
My followers were gone
Mes disciples étaient partis

Refrain 1

And I cried `Mercy’
Et j’ai crié « Pitié »
Have mercy upon me
Ayez pitié de moi
And I got down on my knees
Et je me suis mis à genoux

Couplet 2

Thrown into a dungeon
Jeté dans un dongeon
Bread and water was my portion
Pain et eau faisaient ma ration
Faith – my only weapon
La foi, ma seule arme
To rest the devil’s legion
Pour calmer les légions du diable

The speak-hole would slide open
Le trou pour parler s’ouvrait
A viper’s voice would plead
Une voix de vipère suppliait
A voice thick with innuendo
Une voix épaisse pleine de sous-entendus
Syphilis and Greed
de syphilis et d’avidité

Refrain 2

And she cried `Mercy’
Et elle a crié « Pitié »
Have mercy upon me
Ayez pitié de moi
And I told her to get down on her knees
Et je lui ai dit de se mettre à genoux

Couplet 3

In a garden full of roses
Dans un jardin rempli de roses
My hands were tied behind me
Mes mains étaient attachées derrière moi
My cousin working miracles
Mon cousin faisant des miracles
I wondered if he’d find me
Je me demandais s’il me retrouverais

A moon had faced toward me
Une lune s’était tournée vers moi
Like a platter made of gold
Comme une assiette en or
My death, it almost bored me
Ma mort, elle m’ennuyait presque
So often was it told
On la racontait si souvent

Refrain 3

And I cried ‘Mercy’
Et j’ai crié « Pitié »
Have mercy on me
Ayez pitié de moi
I dropped down to my knees
Je suis tombé à genoux
And I cried ‘Mercy’
Et j’ai crié « Pitié »
Have mercy on me
Ayez pitié de moi
And then it pushed me to my knees
Et puis cela m’a poussé à genoux

Song lyrics analysis and meaning

[Traduction française en cours]

The song, which lasts 6:22, starts on insisting drumrolls on dramatic piano chords. The guitars, vibes, harmonica, and backing vocals, will augment it later. The instrumental sets up a rather dark, powerful, haunted atmosphere.

Obviously, this launches the Act I of the plot: exposition of the world through the sound atmosphere.

Verse 1

At 0:24, Nick Cave’s voice takes the lead with the lyrics:

I stood in the water
In the middle month of winter

From this first line, we already get told about one « I » that will be the Hero of the song. We will not know much more about the name and identity of this character-narrator.

This completes the exposition. Even with so few information, we already face a strong situation: to stand in the water in the coldest moment of winter does not sound pleasant to anyone. So, from this very beginning, we, in the audience, are lead to empathize with the Hero’s drama, and to feel mercy towards him.

My camel skin was torture
I was in a state of nature

The mention of the camel skin plays as a geographical and cultural indication: where can the Hero be? We will not now, but such an element makes us wonder and imagine a far medieval world.

The term « torture » – and also the plaintive way Nick Cave sings the lyrics – deliver a strong emotional effect on the listener.

The expression « I was in a state of nature » lets us guess: what does it mean? We might think that the Hero is naked – so if we join this information to the fact that the Hero is standing in the freezing water, we feel that the situation is actually even more painful than what we previously thought.

For the moment, there is no expressed goal, but the situation is already tense: nobody would like to be in the position of the Hero, and if we would be, we would want to get out of it: will that be the goal?

The wind, sir, it was wicked
I was so alone
Just as I predicted
My followers were gone

The mention of the wind stimulates our imagination even more and reinforces the impression of physical torture: being naked in water with the winter wind blowing…

The elements « I was so alone » and « My followers were gone » might be interpretated as new indications about the identity of the Hero, and about his past. He was a leader and had followers. What kind of leader, what kind of followers? It is not said, so we can just wonder.

The word « sir » contradicts what we previously thought: no, the narrator does not adress us, but someone else, whose identity we do not know.

Chorus 1

And I cried `Mercy’
Have mercy upon me
And I got down on my knees

This chorus plays the role of the catalyst: from there, we know for sure what the Hero wants: to be… forgiven? released? pardoned? We wonder: for what fault, what crime? The uncertainty, once again, lets us imagine.

Verse 2

Thrown into a dungeon
Bread and water was my portion
Faith – my only weapon
To rest the devil’s legion

Genre: now the plot takes a clearly medieval, fantastic turn.

The Hero begged for mercy: those new lyrics tell us that he was not pardoned, whatever his fault or crime. Thus, it is the beginning of the development, Act II: the Hero’s situation becomes even worse.

The mentions of faith and the devil’s legion, probably confirm that the Hero was a religious leader, the reason why he had some followers?

The speak-hole would slide open
A viper’s voice would plead
A voice thick with innuendo
Syphilis and Greed

No element allows us to identify this new character, neither to tell why this voice addresses the Hero as he is in jail: because he is a religious leader, and the owner of « the voice » was one of his followers? Actually, it is not even possible to say whether this character is actantial or not: does he or she come to help the Hero, or to torture him, or anything else? No.

All those uncertainties build up a climate of dense mystery, that sounds rather fascinating and generate tension: we would like to know.

Chorus 2

And she cried `Mercy’
Have mercy upon me
And I told her to get down on her knees

It is nearly the same lyrics than in the first chorus, but the roles are inverted: the Hero now addresses this « she » – the owner of the viper’s voice? It is like he can now find back his authority of religious leader and give commands again. But anyway, we can not do better than formulate assumptions.

During around one minute speechless, the music develops crescendo and reaches a summit, after what it calms down and we are back to the lyrics.

The absence of words is not an absence of action or meaning: this purely instrumental moment gives us time to feel the drama that is going on, and perhaps to think about the elements of the story: who, where, why…? Furthermore, the intensity of the music frees the latent dramatic forces and the unresolved tension.

Verse 3

In a garden full of roses
My hands were tied behind me

Here, we have an effect of chronology: the time spent during the previous instrumental part allowed the songwriter to make a strong ellipsis from one moment of the plot to another, later.

The fact that the Hero’s hands are tied, lets us guess that it is probably the time for his execution. Yet, it is not possible to assert it for sure because the lyrics do not give us enough information. Again, this lack of information contributes to force us to pay attention to each detail, and to try and rebuild all that is missing. Our imagination is invited to fill the gaps.

My cousin working miracles
I wondered if he’d find me

This time it is clear: this new character – the cousin – is a Helper. It is not sure whether he will be able to deliver some help or not, but it is clear that he aims at it – at least, according to the narrator…

In case the hypothesis of an imminent execution is true, then we have here a frequent style figure in storytelling: a time lock, that is: a trick to rise tension up, by limiting the time available to perform an action. In other words: if the cousin does not find the Hero very, very soon, then it will be too late anyway.

A moon had faced toward me
Like a platter made of gold

This descriptive element, shows that the exposition can be a continuous process.

The stylistic effect « a moon » instead of « the moon », confirms we are in a fantastic register, in a world that is likely to have several moons.

My death, it almost bored me
So often was it told

Those beautiful verses stand as an enigma that can not be solved: who was telling the Hero’s death so often? The people surrounding him perhaps? Some hostile crowd?

Chorus 3

And I cried, mercy
Have mercy on me
I dropped down to my knees
And I cried, mercy
Have mercy on me
And then it pushed me to my knees

Those last lyrics repeat the dramatic question, but in vain. Until the last seconds of the track, we are still expecting answers, that will finally never come:

Who is the Hero?

Who locks him in jail?

Who comes to visit him and speaks to him through the speak-hole?

Will the cousin find him on time?

Will the Hero be executed?

None of those questions can be answered with precision. Is it a problem? It seems not: all the pleasure of the song lays in its deep, fascinating, foggy mystery.

Commentary

Themes

A modern revival of older times through rock music, « Mercy » ‘s lyrics reminds us of medieval or medieval-inspired literature – with many elements connotated with a dark romanticism: the middle of winter, the camel skin, the devil’s legions, the dungeon, bread and water, the viper, the moon, the execution…

Apart from this aspect, we can wonder about the deep meaning of the song. Several elements can let us think the Hero has been partly inspired by the character of Jesus-Christ:

The Hero stood in the water. Jesus walked on water.

The camel skin necessarily comes from a region were camels can be found. It’s the case of Jesus’ Judea.

« As I predicted, my followers were gone »: that’s what Jesus says to his apostoles Johann in the New Testament, Jesus predicts that Johann will pretend not to know him. Jesus also knew that one of his disciples (Judas) would betray him. And when Jesus was arrested, his followers went away and stayed hidden until the Resurrection.

Faith seen as a weapon: that is what Jesus said, faith can move mountains. Jesus fought against the merchants of the Temple, using his faith as a weapon.

A garden full of roses: it could make us think of the garden of Gethsemane, where Jesus was used to gather with his disciples and where they prayed, the night before Jesus’ crucifixion. According to Luke 22:43–44, Jesus’ anguish in Gethsemane was so deep that « his sweat was as it were great drops of blood falling down to the ground. »
« My cousin was working miracles »: the mention of miracles also makes think of Jesus. His cousin the Baptist was doing miracles.

We do not mean to assert that Nick Cave makes christian propaganda, but that he probably took inspiration from christian culture to build a character impregnated with sacred, and whose story leads him from suffering to death, through betrayal (the viper). It is often a good idea to base one’s works on widely spread elements of culture. The fact that the song lays on those christian foundations, while anonymizing and blurring them, helps it have a deeper impact over the western audience who, christian or not, shares this culture at least as a reference.

Actantial roles

A few things are remarkable in this song when it is about actantial roles.

Firstly, the character makes a strange, rare kind of Hero. Usually, and by definition, a Hero is active: motivated, he tries to achieve a goal. Here, the Hero is passive nearly all along, and always a victim: he « stands », he is alone, he is thrown into a dungeon, he is visited, he is tied up… The only active verbs attributed to him, are to command the mysterious visitor to beg for mercy, or to cry « mercy » himself.

And secondly, the Antagonist, here, stays totally anonymous, unknown, unrevealed. We will have absolutely no hint about who this enemy is, or about his motivations.

In general, it is not recommended to have a passive Hero and an unidentifyable Antagonist, but in the case of this song, it works, rather… miraculously.