Analyse du script de Pulp Fiction de Tarantino & Avary – Butch et Marsellus

Pulp Fiction
PDF, 97 pages

Comment ont fait les scénaristes Roger Avary et Quentin Tarantino pour construire une histoire aussi déstructurée, entraînante, drôle, contrastée, surprenante, originale, iconique… que Pulp Fiction ?
Si vous le savez, vous êtes probablement déjà scénariste.
Sinon, vous pouvez observer les maîtres au travail, regardez-les construire les personnages, arranger les intrigues, confronter les thèmes, faire évoluer les situations, jouer avec les mille trucs et astuces de l’art du scénario…

Séquence 5. Butch et Marsellus. 61:00/107:10

Un Inuit philosophe avec un loup, dans un cartoon démodé.

Le réalisateur continue de jouer avec les genres et les citations.

Dézoom, en fait c’est un enfant qui regarde la télé.

Exposition de la situation. La tête d’Inuit était donc une fausse piste : non, on ne va pas regarder un cartoon ; en même temps ce cartoon désuet nous aide à comprendre qu’on vient de faire un grand saut en arrière dans la chronologie.

L’enfant se retourne, sa mère entre avec un inconnu (Christopher Walken) : « Tu sais que ton père est mort dans un camp de prisonniers au Vietnam ? Je te présente le capitaine Koons, il vient te parler de ton père. »

Le rappel brutal de la mort du père de Butch, contraste fortement avec l’extrait de cartoon, lié à l’innocence de l’enfance. De même, l’entrée dans la pièce d’un militaire en uniforme, incarné par C. Walken qui a déjà tenu des rôles de militaires, relie la scène à toute une série d’autres scènes du même genre dans le cinéma américain. Intertextualité !

L’homme commence en effet à parler à l’enfant, Butch, à qui il amène une montre-bracelet.

Première exposition de cette montre, avant d’en détailler l’histoire.

Il lui raconte une longue histoire que le père de Butch avec qui il a été emprisonné 5 ans lui a racontée.

Remarquez comme le style très narratif, sérieux, solennel et propre (une série très précise de verbes au passé simple) de ce monologue du Capitaine Koons, ajoute un côté bouffon et ironique.

Cette montre qu’on lui offre remonte à « ton arrière grand-père qui l’avait achetée avant la guerre de 14 », a été transmise de génération en génération après toute une série d’ennuis et de dangers, et arrive jusqu’à Butch enfant après avoir été entreposée pendant 4 ans dans l’anus du père de Butch, puis du capitaine Koons.

Cette sinistre et burlesque histoire incluse (intrigue n°7) de la montre cachée dans le cul fait à nouveau résonner la citation initiale à propos des « matières molles », renvoie également à l’obsession du thème des toilettes et des « choses sales », et fonctionne comme une parodie des valeurs patriotiques associées à la guerre du Vietnam dans la culture américaine.

Koons conclut son monologue : « Aujourd’hui cette montre je suis venu te la donner ».

Le spectateur ne sait plus quoi penser de ce cadeau empoisonné, imprégné de mort, de merde et d’héroïsme…

Techniquement, cette montre est un exemple de ce qu’en scénario on appelle un « MacGuffin », c’est à dire un but matériel, un objet précieux que le Héros cherche à conquérir ou à conserver.

Enfin, cette scène sert également d’Acte I à l’intrigue qui va suivre, en donnant à Butch via le Mentor Koons, substitut du Père, un but fondamental : conserver cette montre.

Cut. Butch, adulte, allongé sur son banc dans le vestiaire, en tenue d’avant le match, se réveille comme d’un cauchemar.

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