Analyse de sketches de Groland

Humour & sketchs comiques
PDF, 140 pages

Vous aussi, vous voulez faire rire les foules ?
Des plus grands auteurs comiques, apprenez à construire un délire logique, une situation super loufoque, une arnaque conceptuelle, des personnages tordants…
Et rendez vos histoires plus que drôles !

Analyse de sketches de Groland

Nous vous proposons une séance d’analyse de sketches de Groland.

Le monde de Groland, création collective d’une bande de joyeux anarchistes du rire, a été développé pendant 20 ans à travers une série d’émissions de formats variés mais de contenu proche : Les Nouvelles, Les Nouvelles Neuves, CANAL International, Le 20H20 (diffusées dans Nulle part ailleurs), Groland Sat, 7 jours au Groland, Bienvenue au Groland, Groland Magazine, Groland.con et Made in Groland.

Avec tous les attributs d’un Etat – nom Groland, capitale Groville, monnaie le Gro puis l’Eurogro, institutions, services publics, médias, population, etc – Groland a recréé son propre monde fictionnel qui décale, parodie, travestit, satirise, caricature la France et le monde contemporain.

Comme Les Guignols de l’info, Groland et ses avatars imitent depuis leurs débuts la structure d’un journal télévisé :

  • Un présentateur-vedette, nommé Jules-Edouard Moustique (Christian Bordes)
  • Une équipe de personnages variés : journalistes, intervieweurs, reporters d’image etc : Michael Kael, Gustav de Kervern, Francis Kuntz…
  • Des formules orales typiques pour introduire et conclure le journal, par exemple : « ça est les Nouvelles Neuves du jour », « Du vin du hasch et du vin, c’est le 20H20 », « L’information c’est vous qui la vivez, c’est nous qui en vivons », ou pour conclure le désormais célèbre cri de guerre repris par les animateurs, les invités comme le public : « Salut, et banzaï ! »
  • Un découpage de l’émission en séquences, par exemple un passage en revue de l’actualité quotidienne de Groland, jour par jour, puis un passage en revue des « restes du monde ».

Analysons maintenant une émission en entier.

Groland, le 20 avril 2013

L’émission s’ouvre par un générique de 50 secondes.

Ce générique a une double fonction :

  • Faire transition avec les programmes précédents
  • Nous faire entrer dans le monde de Groland

Ce générique montre ou évoque pêle-mêle :

  • Le Président de Groland, Salengro, sur des images d’époque déguisé en De Gaulle
  • Salengro devant l’Élysée puis à une tribune officielle
  • Un présentateur télé asiatique qui semble se moquer en parlant de Groland
  • De vieux ouvriers d’usine
  • De vieux scientifiques
  • Des extraits de Groland – dont Mickael Kael vomissant sur la caméra – présentés sur un groPhone
  • Salengro découvre son portrait officiel, hideux, qui prend vie, nous regarde avec surprise et nous ouvre grand sa bouche
  • La statue monumentale de Salengro devant un feu d’artifice, avec la tête du Président animée comme celle d’un chien en plastique sur la plage arrière d’une voiture de beauf
  • Enfin le tampon officiel de Groland qui vient s’imprimer sur l’écran
  • Et pendant tout ce temps, un hymne officiel en langue étrangère, dans un style choral, épique, soviétique et pompeux

Tous ces éléments – satiriques, décalés, incorrects, vulgaires… – entrent en résonance pour nous faire comprendre l’identité de Groland : la caricature trash et extrême d’une ridicule dictature de la médiocrité, ce qui pose d’entrée de nombreux éléments utiles au décodage des sketchs à venir : le média (faux journalisme télévisuel), le ton et le registre, une série de thèmes fréquents (la saleté, le mauvais goût, l’horreur, la misère, les Grands de ce monde…), les personnages principaux (Salengro, les journalistes vedettes, le petit peuple).

Puis l’émission commence.
Les premières images montrent un plan d’ensemble du plateau, puis du présentateur Jules-Edouard Moustique sous les applaudissements du public. Moustique, l’air grave, prend la parole :
« Camarades bonjoir, c’est du beau c’est du costaud ça dure 20 ans c’est du Made In Groland.

Structure : c’est l’exposition générale du monde de l’émission, avec son présentateur, son décor, son public.

L’actu qui tue de la semaine ça est les larmes de coaching de Jérôme Cahuzac.

Structure : exposition d’une nouvelle intrigue, n°1.

Aussitôt après son intervention son calvaire a repris : « Je déménage tous les 2 jours » avait-il déclaré. Alors, mensonge ou vérité ?

Structure : déclencheur. Le présentateur et son équipe, Héros, cherchent à savoir (but) si Cahuzac a encore menti.

Eh bien pour une fois, vérité. On le voit ici môrdi (l’image montre un camion de transport de fonds dans une rue) en direction de la Normandie, joudi (le même camion sur une route nationale) en direction du bassin d’Arcachon et saadi (le camion garé sur un parking), en direction de la Bretagne. »

Structure : on passe direct à la crise de l’Acte III, résolution qui confirme, contre toute attente mais d’une manière comique car dérisoire, que Cahuzac n’a pas menti.

Retour au plateau, vue d’ensemble et vue de Moustique.

Structure : transition entre intrigues.

Moustique : « Pauvre Jérôme ! Une affaire en tout cas qui n’en finit pas d’empoisonner la vie des Français. Dorénavant pour plus de transparence leur feuille d’impôt sera dotée d’une ligne supplémentaire à compléter. »

Structure : exposition et déclencheur d’une nouvelle intrigue, n°2.

L’image montre une Déclaration des revenus 2012.

Moustique, off : « Jérôme Cahuzac vous aurait-il demandé de cacher de l’argent chez vous, OUI ou NON ? »

L’image montre cette ligne ajoutée à la Déclaration des revenus.

Structure : résolution immédiate. L’intrigue ne racontait qu’une courte blague.

Applaudissements du public, plan d’ensemble, plan de Moustique.

Structure : transition entre intrigues.

Moustique : « Il en a planqué partout hein ! Même chez nous au Groland l’affaire a eu des répercussions pour la déclaration de patrimoine de nos hommes politiques par exemple. Notre Président a décidé d’aller encore plus loin que les Français. »

Structure : transition entre intrigues, puis exposition et déclencheur d’une nouvelle intrigue, n°3. Héros, le Président de Groland, but : aller plus loin que les Français.

L’image montre Salengro dans son Elysée, près d’un drapeau et d’une plante verte, occupé à regarder quelque chose qu’on ne voit pas.

Moustique, off : « Ainsi chaque député devra subir une fouille anale en direct sur notre chaîne parlementaire. »

Structure : début du développement, Acte II. Le but se précise : aller plus loin que les Français devient faire subir une fouille anale aux députés. Mise à jour de la question dramatique : cette méthode aboutira-t-elle ? (Le pronostic semble négatif à première vue, l’idée étant absurde et volontairement vulgaire.)

L’image montre la même scène. La caméra dézoome et révèle la scène que regarde Salengro : un député est en train de subir une fouille anale par un vieux policier moustachu assisté d’un homme en costume.

Effet de distribution de l’information : le fait que le Président soit en train de regarder une scène qu’on ne voyait pas encore a installé un suspense, qui commence maintenant à se résoudre puisque le dézoom nous informe sur ce qui nous était caché.

Les données dramatiques ont légèrement changé. En fait, le Héros est le policier, son Mentor est le Président (= il délègue la réalisation de son but à un autre personnage), et leur Antagoniste est le député cachottier.

Député : « Puisque j’vous dit qu’y’a rien ! »

Le policier moustachu sort du cul du député un petit objet – une liasse de billets dans un filet ou un sachet.

Structure : crise de l’Acte III.

Salengro : « Et ça c’est quoi ? »

Député : « J’m’en rappelais même plus ! »

Policier : « Il a raison. Ça doit dater d’avant 1999, c’est des billets de 500 francs ! »

Structure : climax. Réponse à la question dramatique : oui, la mise en œuvre du but a eu un résultat concret, le député est grillé, l’intrigue s’achève donc avec succès.

Salengro a l’air stupéfait.

Structure : simple constat de la répercussion émotionnelle du résultat de l’intrigue sur son Mentor.

L’image revient au plan d’ensemble, qui inclut un écran qui reprend la dernière image du sketch précédent, ce qui facilite la transition. Le public applaudit.

Structure : transition entre intrigues.

Moustique : « Pour respecter ces nouvelles règles de déclaration du patrimoine de ses ministres, François Grollande avait même fait du zèle, avant-hier. »

Structure : exposition et déclencheur d’une nouvelle intrigue, n°4.

Un reportage commence. L’image montre François Grollande.

Voix off : « Sur CPG la Chaîne Parlementaire Grolandaise, il a montré en direct sa voiture de classe moyenne d’une valeur à l’argus de 8000 euros (image de François Grollande devant sa voiture), sa maison bourgeoise d’une valeur à l’achat de 200 000 euros (on entre dans sa maison), 2 tableaux de peintres grolandais d’une valeur de 10 000 euros (François Grollande nous les montre, affreux, pendus au mur), un home-cinema d’une valeur de 5 000 euros (on voit une télé grand format), les bijoux offerts à sa femme d’une valeur de 60 euros (quelques colliers et bracelets en toc rose), un livret CODEVI avec 2000 euros de placement « père de famille » (François Grollande nous montre un document), et pour faire peuple, 2 000 euros de billets sous son matelas (on voit les billets sous le matelas), soit un total de 227 060 euros. »

Structure : développement de l’Acte II, très logique et sans surprise par rapport à ce que nous annonçait l’Acte I.

La stricte et plate répétition de discours entre les deux canaux médiatiques, audio/voix off et image, qui disent exactement la même chose de manière lassante, souligne la nullité, la médiocrité de l’action.

Effet comique : la drôlerie vient ici de la parodie implicite du Président Hollande en tant que « Président (hyper) normal », son célèbre thème de campagne. On lui attribue donc tous les biens d’un Français moyen, des plus importants aux plus minuscules voire ridicules.

L’image montre maintenant un homme en tenue d’hygiène et gants bleus qui passe la porte au pinceau. Un autre homme porte un brassard de police. La caméra dézoome progressivement et révèle que ce policier est en train d’interroger François Grollande qui se tient debout, nu comme un ver, se cachant le sexe d’une main.

Structure : ce début de crise de l’Acte III nous prend de cours, surprend nos attentes endormies par le développement linéaire et logique de l’Acte II, ce qui déclenche un fort suspense : que signifie cette scène ?

« Mais, il avait oublié de déclarer des choses, ne serait-ce que sa garde-robe, que les voleurs ne lui ont même pas laissé cette nuit. Faut dire qu’avec le reportage de la veille, ils avaient toutes les infos pour réussir leur cambriolage. »

Structure : climax et effet de distribution de l’information. D’une manière très inattendue, ce climax nous révèle soudain que toute l’intrigue précédente se déroulait avec un Antagoniste invisible, les cambrioleurs qui attendaient le Président au tournant. Les scénaristes ont laissé croire au public que l’intrigue avait pour but la transparence, en nous cachant l’information essentielle : le point de vue et le but de l’Antagoniste, qui voulait cambrioler.

Effet comique : il est basé sur le paradoxe total entre les louables intentions du Président, tout dire à ses citoyens, et les intentions criminelle des cambrioleurs, dont l’existence change a posteriori le signe et la valeur des intentions du Président : on passe d’une vertu admirable, positive, l’honnêteté parfaite, à une faute inexcusable, négative, la grande naïveté. Cette vertu-faute ambivalente fait donc partie des propriétés actantielles du personnage du Héros.

Structure : on vient donc de voir une série de 4 intrigues qui partageaient toutes un thème commun : l’argent. Ce thème commun permet de donner une unité à l’émission, faite en réalité d’intrigues bien distinctes, évitant ainsi de produire une impression de décousu.

Retour au plateau, vue d’ensemble puis vue de Moustique.

Structure : transition entre intrigues.

Le présentateur lance un reportage sur « Kim Jung I » qui a été soi-disant classé au patrimoine mondial de l’humanité.

Structure : exposition d’une nouvelle intrigue, n°5.

« L’UNESCO a jugé qu’il était le dernier à conjuguer les qualités traditionnelles de folie guerrière, d’inféodation de son peuple, de psychopathie, de gouvernement par la peur et de culte de la personnalité, inhérentes à tout vrai dictateur. »

Images de guerre, de foule en liesse, de statue colossale du dirigeant, de propagande médiocre, bref : une illustration très littérale du texte par les images, qui à la limite ne servent à rien.

Structure : déclencheur. Héros, l’ONU, but, honorer le dictateur. Pas d’Antagoniste en vue.

Effet comique : il vient de l’antiphrase.

« En le préservant et en le finançant, l’UNESCO espère que cette espèce de dirigeant en voie de disparition (images radieuses de Kim Jung I) pourra conserver son attrait aux yeux des générations futures. Aussitôt qu’il a appris la nouvelle, Kim Jung I a laissé éclater sa joie. » (Image et son d’une explosion atomique énorme.)

Structure : crise (l’UNESCO apprend la nouvelle au dictateur) et climax (la bombe).

Effet comique : il vient de deux sources. 1/ la logique d’antiphrase qui annule tout élément de conflit et fait corps avec la logique dictatoriale, qui cherche une adhésion totale et élimine toute critique. 2/ la disproportion et l’écart émotionnel entre le thème de la joie qui éclate (thème très positif) et celui de la bombe qui explose (thème très négatif et anxiogène).

Retour au plateau, vue d’ensemble puis vue de Moustique.

Structure : transition entre intrigues.

Moustique : « Il a le sens de la fête. Avec le boucan qu’il fait, on comprend que ses voisins coréen et japonais appellent tout le temps les flics américains. Chez nous aussi on a le sens de la teuf, tous les samedis soirs depuis 20 ans. On y retourne ! »

Structure : exposition d’une nouvelle intrigue, n°6.

Un reportage commence. Musique rock entraînante en fond sonore et voix off masculine de type « pub officielle sympa ».

Monde : on précise le genre du reportage, une fausse pub officielle, et le contexte, celui des fêtards contemporains.

L’image montre plusieurs hommes qui montent, de nuit, dans une petite voiture Renault.

Voix off : « Chaque samedi soir, ils sont des milliers de jeunes à partir en boîte à 6 dans des voitures prévues pour 4. Chaque samedi soir, ils s’en branlent de la ceinture…. »

L’image montre les hommes éméchés et euphoriques, serrés dans la voiture, faisant mine de mettre la ceinture et en fait non.

Structure : l’exposition continue, précise les personnages et les lieux. Le déclencheur est constitué par les mots partir en boîte à 6 dans des voitures prévues pour 4, qui indiquent l’identité du Héros collectif, les fêtards, et leur but, faire la fête sans se soucier de rien, dont découle la question dramatique implicite : réussiront-ils à festoyer sans se faire de mal ?

Structure : dans un même élan, la phrase Chaque samedi soir, ils s’en branlent de la ceinture nous fait entrer dans le développement, Acte II.

Voix off : « … et ils ont bien raison. »

Un message s’inscrit à l’écran : L’efficacité de la ceinture, y’a rien de sûr.

Effet comique : ce message est le premier d’une série de faux messages qui retournent par antiphrase le contenu des messages de prévention officielle/gouvernementale habituels.

Les hommes rient de plus belle.

Voix off : « On dira ce qu’on veut, mais on conduit mieux avec 2 grammes dans le sang. »

La voiture grille un feu rouge.

Un nouveau message s’inscrit : Avec l’alcool je maîtrise mieux ma bagnole.

Répétition de l’effet comique par antiphrase.

Les hommes dans la voiture boivent des bières en canettes, notamment le conducteur qui en recrache même une gorgée sur son pare-brise.

Voix off : « Les études scientifiques le prouvent, le cannabis aiguise les réflexes. »

Un des hommes fume un énorme pétard et le passe à son voisin de derrière.

Un message s’affiche : Un petit pèt’, c’est la fête.

Deuxième répétition de l’effet comique par antiphrase.

Les hommes sont maintenant en club. L’un d’eux gobe un comprimé d’extasy.

Voix off : « Contrairement aux idées reçues, l’extasy fait de vous un bon danseur. »

Un message s’affiche : Un simple exta et j’ai confiance en moi.

Troisième répétition de l’effet comique par antiphrase.

Un des hommes sort de la boite et revient à la voiture, accompagné d’une femme sexy et éméchée.

Structure : début de la crise. La fête avait implicitement pour but de trouver un-e partenaire sexuel-le.

Voix off : « Avec la tri-thérapie, le SIDA c’est fini. »

Un message s’affiche : Sans préservatif, c’est le kif.

Quatrième répétition de l’effet comique par antiphrase.

Dans la voiture le couple baise.

Voix off : « Chaque samedi soir, ils sont des milliers à même pas avoir d’accident. »

Les hommes dans la voiture et la femme au milieu, l’un boit, l’autre fume, tous ont l’air défoncés.

Structure : climax, constitué par le constat de l’absence d’accident, qui donne une réponse positive à la question dramatique : oui, les fêtards ont festoyé sans se faire de mal, malgré tous les risques potentiels accumulés sur leur route.

Un logo Pompes Funèbres Grolandaises s’affiche, puis un message C’était un communiqué des Pompes Funèbres Grolandaises.

Effet comique par révélation d’une information essentielle, l’identité du narrateur. Cette identité laisse le public comprendre que le message de l’intrigue fonctionne sur une double antiphrase : le retournement cynique des consignes de sécurité officielles par les Pompes funèbres a pour but implicite de faire des morts donc de générer du chiffre d’affaire pour ce narrateur très cynique.

Retour au plateau, plan du public qui applaudit et rit, plan de Moustique.

Structure : transition entre intrigues.

Moustique : « C’est vrai que c’est très clivant comme pub. Revenons à des choses plus lénifiantes. Allez les fientes ! »

Générique interne, avec le chant choral soviétique en bande-son et le Président Salengro à l’image : pause publicité.

(à suivre !…)

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