Analyse du film Le Parrain de Francis Ford Coppola, les personnages

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PDF, 105 pages

Les trois épisodes du Parrain se classent dans le Top 10 mondial des films les plus appréciés. Cette place, le film la doit en grande partie à la qualité exceptionnelle de son scénario.
C’est pourquoi nous avons analysé en détail les intrigues, personnages, effets dramatiques et autres paramètres narratifs de ce chef d’oeuvre technique.
Voici, pour vous scénaristes et auteurs, un extrait de nos analyses.

Dénombrement des rôles actantiels

Notons d’abord que le comptage relève en partie de l’interprétation : un autre analyste trouverait un résultat légèrement différent, car il est parfois difficile de dire si tel personnage est Mentor de tel autre, si tel Aide passif est véritablement un Aide, ou si un Mentor mort est encore un Mentor.

C’est le cas dans l’intrigue Michael Vs Carlo : Michael fait avouer à Carlo qu’il travaillait pour Barzini, mais à cet instant Barzini est mort : du coup, compte-t-on Barzini comme Mentor de Carlo dans cette intrigue, alors qu’on ne voit jamais Carlo et Barzini ensemble à l’écran ?

Parfois, un homme de main joue un rôle mineur (ainsi le chauffeur de Sollozzo dans Michael Vs Sollozzo/McCluskey) : cet éphémère anonyme compte-t-il autant qu’un autre ?

Par ailleurs, un Antagoniste implicite, comme l’est souvent Barzini, reste-t-il un Antagoniste quand le spectateur ignore qu’il l’est ? Cela se discute.

Signalons aussi que l’exactitude du comptage n’est pas ce qui est recherché, ni dans cette analyse ni dans vos projets créatifs. L’art narratif n’est pas une science exacte. Surtout, une faible variation n’entraîne aucun changement important de l’interprétation. En général donc, nous pouvons compter de manière approximative, cela ne changera pas substantiellement le résultat.

Ces précautions prises, on peut néanmoins estimer qu’environ 100 rôles actantiels sont utilisés dans les 27 intrigues du Parrain.

Nous comptons 1 quand le personnage est un collectif indistinct, par exemple « les Cinq Familles » ou « les 4 tueurs de Sollozzo à l’hôpital », mais nous comptons 2 pour les rôles pluriels, par exemple quand Tattaglia et Barzini sont tous deux implicitement Mentors.

Ces 100 rôles actantiels sont attribués à un nombre beaucoup plus restreint de personnages, dont certains cumulent :

  • Michael Corleone, 15 rôles. 10 fois Héros, 5 fois Mentor
  • Vito Corleone, 10 rôles. 2 fois Héros, 5 fois Mentor, 3 fois Aide
  • Barzini, 9 rôles. 8 fois Mentor, 1 fois Antagoniste
  • Tattaglia, 8 rôles. 7 fois Mentor, 1 fois Antagoniste
  • Sollozzo, 5 rôles. 4 fois Héros, 1 fois Mentor de l’Antagoniste
  • Tom Hagen, 5 rôles. 2 fois Héros, 1 fois Aide, 2 fois Sceptique
  • Clemenza, 5 rôles. 1 fois Héros, 3 fois Aide, 1 fois Sceptique
  • Sonny Corleone, 4 rôles. 3 fois Héros, 1 fois Sceptique
  • Woltz, 2 rôles. 2 fois Antagoniste
  • Moe Greene, 2 rôles. 2 fois Antagoniste
  • Kay, 2 rôles. 2 fois Antagoniste
  • Carlo, 2 rôles. 2 fois Antagoniste
  • Connie Corleone, 2 rôles. 2 fois Sceptique du Héros
  • Fredo Corleone, 2 rôles, 1 fois Sceptique 1 fois Aide de l’Antagoniste
  • McCluskey, 2 rôles. 1 fois Antagoniste, 1 fois Aide de l’Antagoniste

Viennent ensuite plusieurs personnages qui n’interviennent que dans 1 seul rôle

Ensuite, viennent tous les personnages dénués de tout rôle : passants, témoins, hommes de main anonymes et inactifs, dans diverses scènes.

Les scènes de mariage à elles seules (Connie/Carlo et Michael/Apollonia) présentent plusieurs dizaines de ces personnages, qui représentent probablement plus d’une centaine de personnes. Ils sont là, l’action a besoin d’eux pour paraître naturelle, et pourtant ils ne nécessitent presque aucun travail dramatique.

Les personnages principaux

A eux seuls, les 8 personnages les plus importants (Michael, Vito, Barzini, Tattaglia, Sollozzo, Hagen, Clemenza et Sonny) cumulent 61 rôles, soit plus de la moitié de l’ensemble des rôles actantiels.

A l’inverse, les 24 personnages les moins importants n’obtiennent qu’environ 40 rôles.

Nous pouvons tirer un enseignement de ce constat : une bonne histoire hiérarchise fortement ses personnages. L’attribution de nombreux rôles à une poignée de personnages principaux garantit la densité et la cohérence de l’action en empêchant que l’attention ne se disperse, tandis que l’attribution de rôles à de nombreux personnages secondaires confère réalisme, diversité et richesse à l’ensemble.

Michael Corleone, Vito Corleone, et leurs ennemis

Ce dénombrement des rôles met clairement en évidence la nette domination du personnage de Michael en termes d’action, suivi de près par son père Vito, puis par leurs 3 Antagonistes successifs Sollozzo, puis Tattaglia, puis Barzini.

Non seulement Michael cumule de nombreux rôles, mais de plus il s’agit systématiquement de rôles de premier plan, Héros ou Mentor, maître de l’action, la dirigeant sans la subir.

Sonny

Sonny apparaît comme un personnage finalement peu important, et cette faiblesse combinée à sa durée de présence à l’écran génère un effet d’ensemble : voilà un personnage thématiquement majeur – c’est un des 3 Parrains ! -, et actantiellement mineur (son conflit avec Carlo apparait dérisoire en comparaison du conflit entre Michael et Sollozzo). Son incompétence en tant que Parrain est ainsi démontrée, évidente : il devrait prendre une place actantielle qui revient finalement à Michael.

Kay

Même remarque au sujet de Kay, avec un écart similaire entre son rôle thématique important de « femme du Héros » (illustré par ses présences fréquentes à l’écran) et son rôle actantiel mineur. Profitons-en au passage pour observer que la charmante Apollonia n’a, quant à elle, qu’un rôle très mineur d’Aide de Michael : simple objet de désir, elle ne participe quasiment pas, dramatiquement parlant, à l’intrigue qui la marie puis qui la tue…

Connie, Carlo, Fredo

Au sein du clan Corleone, Connie, Carlo et Fredo apparaissent comme les parents pauvres. A eux 3, ils ne cumulent que 6 rôles, tous négatifs :

  • Carlo 2 fois Antagoniste (contre Sonny puis contre Michael),
  • Connie 2 fois Sceptique (contre les mêmes Héros),
  • et Fredo 1 fois Sceptique 1 fois Aide (probable, mais pas sûr) de l’Antagoniste.

Ici, leurs rôles actantiels viennent parfaitement confirmer leurs rôles thématiques de traîtres, d’ennemis intérieurs.

Les Antagonistes

Du côté des Antagonistes, on observe plusieurs effets remarquables.

Un premier effet consiste à faire passer un Antagoniste – Sollozzo – du premier plan au second plan, en ayant recours à d’autres Antagonistes – Tattaglia et surtout Barzini.

Cet effacement des Antagonistes principaux apparait comme un coup de génie qui permet de générer une tension sourde et omniprésente alors que les Antagonistes restent cachés et agissent presque toujours à travers autrui.

En effet, ni Tattaglia ni Barzini ne jouent de rôle positif de Héros ni d’Aide, on ne les voit jamais ni agir, ni donner d’ordres, ni recevoir d’informations, ni débattre, ni préparer une attaque. On ne sera confrontés à eux directement que quand Michael aura envoyé ses tueurs les éliminer.

Pourtant, ils sont présents constamment, aussi puissants qu’invisibles, impliqués dans au moins 8 des 27 intrigues du film.

  • Vito nous révèle après coup que Barzini a nécessairement validé sa tentative d’assassinat et couvert le meurtre de Sonny.
  • Barzini, et/ou Tattaglia, a également tenté en vain d’assassiner Michael, ce qui a conduit à la mort tragique d’Apollonia.

Ici, la dissimulation de l’identité du véritable Antagoniste a permis de maintenir la tension tout au long du film. Une stratégie inverse qui l’aurait montré agissant aurait amoindri le mystère et le suspense en nous informant trop.

Conclusion pour nous auteurs : il vaut vraiment mieux faire comme Michael et Barzini. Cacher son jeu pendant longtemps, puis soudain frapper fort comme la foudre.
Sur le plan des rapports entre rôles thématiques et rôles actantiels, Le Parrain offre peu de surprises.

Les personnages principaux, le duo Vito/Michael et le trio Sollozzo/Tattaglia/Barzini, ont des rôles de Héros, d’Antagonistes, et de Mentors, qui correspondent parfaitement à leur identité de chefs mafieux, décideurs et agissants.

Leurs hommes de main et leurs complices reçoivent naturellement des rôles de Héros, Aides, Antagonistes.

D’ailleurs une douzaine de ces personnages, dont les 3 principaux Antagonistes, mourront de mort violente pendant le film

Ensuite, très peu de personnages sont autre chose que des tueurs. 4 personnages seulement justifient leur présence par des rôles dans des affaires amoureuses : la maîtresse de Sonny, Connie, Apollonia, et Kay.

Passionnant n’est-ce pas ?

Découvrez les multiples ruses techniques, secrets narratifs et effets dramatiques du scénario du film Le Parrain dans notre PDF d’analyse.

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