Télérama – La fiction télé française : "Les pauvres ça fait pas rêver"

Un chouette article de Télérama, Fiction télé française : faut pas rêver, les pauvres ça fait pas rêver !, par Isabelle Poitre, analyse la représentation faussée, pro-bourgeoise et anti-populaire, que donne la fiction télé française de notre société.

Dans les fictions hexagonales, le « pauvre » n’est pas mieux accepté que le « non-Blanc » (terme pudiquement utilisé par les sociologues) ou le handicapé. Les statistiques publiées chaque année par le CSA dans le « Baromètre de la diversité » le confirment. En 2013, sur l’ensemble des personnages indexés (en une semaine « témoin »), 55 % appartiennent à la catégorie CSP+, alors qu’ils représentent seulement 21 % de la popu­lation française. Parmi eux, les cadres (et professions intellectuelles supérieures) se sont étrangement démultipliés (40 % des personnages contre 7 % des Français). En revanche, seulement 1 % des personnages sont des ouvriers, contre 9 % dans la « vraie vie ».

Face à ce constat accablant, Mémona Hintermann-Afféjee, présidente du groupe de travail « diversité » au CSA et ex-grand reporter, contient mal une saine colère : « Ce décalage entre la réalité sociale et ce qu’on voit à l’écran est nuisible à tout le monde. La télévision – et à plus forte raison, la télévision publique – doit être l’incarnation d’un pays. Et la fiction doit faire en sorte que ceux qui n’ont pas voix au chapitre aient une voix et un visage. Je n’ai aucun mal à imaginer ce qu’ils ressentent. Je viens d’un monde où être pauvre n’était pas un décor, où il n’y avait pas de livres, pas toujours de quoi manger… Ne pas entendre ces gens nous assourdit. »

Avec Story&Drama, on a déjà proposé l’antidote : vous, vos cultures, vos identités, vous, les femmes, les enfants et ados, les vieux, les arabes, les africains, les indiens, les chinois, vous les « handicapés », vous les zèbres, vous les minorités, vous n’avez quasiment aucune chance de voir votre expérience ou votre vision du monde représentée par les machines fictionnelles dominantes : le cinéma américain, le cinéma européen tout aussi capitaliste/blanc/mâle, la télé financée par la pub, les grands médias, la grande édition, ne raconteront jamais vos histoires, ne se passionneront jamais pour vos vies.

La conséquence ? Débrouillez-vous : prenez votre destin en main, et écrivez vous-mêmes la culture qui vous met au centre du monde, qui vous donne voix et corps.

Le combat des féministes n’a guère été soutenu par les hommes, et a pourtant généré plus d’égalité, ce qui profite à tout le monde.

De même le combat des Black Panthers contre leur oppresseur américain WASP (White Anglo-Saxon Protestant), a contribué à libérer les masses afro-américaines des restes de leur esclavage.

Il y a mille autres combats à mener, en ce mois de janvier 2015, après les attentats contre Charlie Hebdo, la police et la liberté d’expression, il est évident que la vision du monde de la masse des musulmans, aussi bien que celle des gens qui s’autorisent sans complexes à rire de tout contre toute autorité constituée, il est évident que ces deux combats ne se feront que CONTRE l’opinion majorité et ses fictions, ses scénarios, ses personnages.

Vous voulez que le monde change ? Changez-le vous-mêmes. Racontez-le différemment !

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