Génies du rap. L’écriture d’Eminem, 50 Cent et Kendrick Lamar

Génies du rap. L’écriture d’Eminem, 50 Cent et Kendrick Lamar

Chanson Gangsta-rap
PDF, 135 pages

 

Eminem, 50 Cent et Kendrick Lamar

Au programme :

  • Eminem – 97 Bonnie & Clyde ()
  • Eminem – Kim ()
  • Eminem – Stan ()
  • Eminem – Guilty conscience ()
  • Eminem – Lose Yourself ()
  • Eminem – Bully ()
  • Eminem – When I’m Gone ()
  • Eminem – Mockingbird ()
  • Eminem – 8 Mile ()
  • Eminem – Rap God ()
  • 50 Cent – In Da Club ()
  • Kendrick Lamar – Swimming Pools ()
  • Kendrick Lamar – Humble ()

Dr Dre ft Snoop Dogg – Still D.R.E.

Dr Dre ft Snoop Dogg – Still D.R.E. – Traduction et explication des paroles

Chanson Gangsta-rap
PDF, 135 pages

Still D.R.E. – Paroles et traduction

Toujours D.R.E.

Ou : Tranquille D.R.E

Intro – Snoop Dogg

Yeah nigga

Ouais négro

I’m still fucking with ya

Chuis encore venu te faire chier

Still waters run deep

Il faut se méfier de l’eau qui dort

Still Snoop Dogg and D-R-E, ‘99 nigga

Encore Snoop Dog et D-R-E 99 négro

Guess who’s back

Devine qui c’est

Still doing that shit huh Dre?

Tu fais toujours ton truc Dre ?

(Oh for sho’, check me out)

(Oh bien sûr, regarde ça)

 

Couplet 1 – Dr Dre

It’s still Dre Day nigga, AK nigga

C’est toujours le Jour de Dre négro, AK négro

Though I’ve grown a lot, can’t keep it home a lot

Même si j’ai bien évolué, je peux pas rester chez moi très longtemps

‘Cause when I frequent the spots that I’m known to rock

Passke quand je fréquente les coins où je suis connu pour tout déchirer

You hear the bass from the truck when I’m on the block

T’entends la basse depuis mon van quand je rôde autour du bloc

Ladies they pay homage, but haters say Dre fell off

Les demoiselles rendent hommage, mais les haters disent que Dre a chuté

How nigga? my last album was The Chronic (Nigga)

Comment ça négro ? Mon dernier album c’était La Chronique (négro)

They want to know if he still got it

Ils veulent savoir s’il est toujours inspiré

They say rap’s changed

Ils disent que le rap a changé

They wanna know how I feel about it

Ils veulent savoir comment je le ressens

(Snoop Dogg : If you ain’t up on thangs)

(Si t’es pas au courant)

Dr. Dre is the name

Dr Dre est le nom

I’m ahead of my game

Chuis au top de mon jeu

Still puffing my leaves

Fumant toujours mes feuilles

Still fuck with the beats, still not loving police

Torturant toujours les beats, n’aimant toujours pas les flics

Still rock my khakis with a cuff and a crease

Remuant toujours mon futal beige à revers et à pli

Still got love for the streets, reppin’ 213 (For life)

Toujours fidèle aux rues, représentant le 213

Still the beats bang, still doing my thang

Toujours les beats claquent, je fais toujours mon truc

Since I left ain’t too much changed, still

Depuis que je suis parti rien n’a changé

 

Refrain – Snoop Dogg + Dr Dre

Snoop Dogg : I’m representing for them gangstas all across the world

Je représente pour eux les gangstas du monde entier

Snoop Dogg : Still hitting them corners in them lo-lo’s, girl

Frappant toujours les coins dans leur lo-lo, fillette

Dr Dre : Still taking my time to perfect the beat

Prenant toujours mon temps pour parfaire le beat

Dr Dre : And I still got love for the streets, it’s the D-R-E

Et j’ai toujours de l’amour pour les rues, c’est le D-R-E

 

Couplet 2 – Dr Dre

Since the last time you heard from me I lost some friends

Depuis la dernière fois que t’as entendu parler de moi j’ai perdu des amis

Well, hell, me and Snoop, we dippin’ again

Merde, putain, moi et Snoop on se remet à la colle

Kept my ear to the streets, signed Eminem

J’ai laissé mon oreille traîner dans les rues, signé Eminem

He’s triple platinum, doing 50 a week

Il est triple platine, se fait 50 par semaine

Still, I stay close to the heat

Et pourtant, comme toujours, je reste près de là où c’est chaud

And even when I was close to defeat, I rose to my feet

Et même quand j’étais proche de la défaite, je me suis remis sur pieds

My life’s like a soundtrack I wrote to the beat

Ma vie est comme une piste que j’ai écrite en rythme

Treat rap like Cali weed, I smoke ‘til I sleep

Je traite le rap comme la beuh de Cali, je fume jusqu’à ce que je dorme

Wake up in the A.M., compose a beat

Je me lève de bon matin, compose un beat

I bring the fire til you’re soaking in your seat

J’attise le feu jusqu’à ce que tu mijotes sur ton siège

It’s not a fluke, it’s been tried, I’m the truth

C’est pas un hasard, c’est testé, je suis la vérité

Since Turn Out the Lights from the World Class Wreckin Cru

Depuis Eteins les lumières jusqu’à World Class Wreckin Cru

I’m still at it, after-mathematics

J’y suis toujours, after-mathematics

In the home of drive-bys and ak-matics

Au pays des drive-bys et des AK automatiques

Swap meets, sticky green, and bad traffic

Marchés aux puces, résineux, et mauvais traffic

I dip through then I get skin, D-R-E

Je plonge dedans ensuite j’ai la peau (????), D-R-E

 

Refrain – Snoop Dogg + Dr Dre

 

Couplet 3 – Dr Dre

It ain’t nothing but more hot shit

C’est rien qu’un peu plus de merde fumante

Another classic CD for y’all to vibe with

Un autre CD classique pour vous tous vibrer dessus

Whether you’re cooling on the corner with your fly bitch

Que tu prennes l’air au coin de ta rue avec ta garce cool

Laid back in the shack, play this track

Couchés en plein rencard, joue cette piste

I’m representing for the gangstas all across the world

Still (Hitting them corners on the lo-lo’s girl)

I’ll break your neck, damn near put your face in your lap

Je te briserai le cou, si tu t’approches protège ta face entre tes genoux

Niggas try to be the king but the ace is back
(So if you ain’t up on thangs)

Les négros veulent êtres rois, mais l’as est de retour

Dr. Dre be the name still running the game

Que Dr Dre soit le nom, règnant toujours sur le jeu

Still, got it wrapped like a mummy

Toujours, bien enveloppé comme une momie

Still ain’t tripping, love to see young blacks get money

Toujours sérieux dans mes affaires, j’adore voir de jeunes noirs faire du blé

Spend time out the hood, take they moms out the hood

Sortir du quartier, sortir leurs daronnes du quartier

Hit my boys off with jobs, no more living hard

Filer des jobs à mes jeunes, fini la vie dure

Barbeques every day, driving fancy cars

Barbecues tous les jours, conduisant des bagnoles stylées

Still gon’ get mine regardless

Je prendrai toujours mon dû quoiqu’il arrive

 

Refrain – Snoop Dogg + Dr Dre

 

Outro – Snoop Dogg

Right back up in ya mothafuckin’ ass, 9-5 plus four pennies!

Tout droit de retour dans ton cul de filsdep’, 9-5 plus 4 centimes !

Add that shit up, D-R-E right back up on top of thangs

Ajoute ce truc, D-R-E de retour au top de choses

Smoke some with your dog, no stress, no seeds, no stems, no sticks!

Fumes-en avec ton chien, pas de mauvaise came, pas de graines, pas de tiges, pas de branches !

Some of that real sticky icky icky, ooh wee!

De la bonne qui colle bien, oh oui !

Put it in the air, oh, you’s a fool DR

Élève-la dans les airs, oh, t’es un ouf DR

 

Dr Dre feat Snoop Dogg – Still D.R.E. (1999) – Explication des paroles

Intro – Snoop Dogg

Yeah nigga

Ouais négro

nigga : ce terme est devenu un marqueur de genre. Il n’y a que dans le hip-hop qu’on se désigne comme ça, en reprenant avec connivence une insulte raciste. C’est aussi devenu un tic d’écriture, avec le temps. Un enjeu profond consiste à dévitaliser le terme de tout contenu hostile, de sorte que “nigga” veuille finalement dire “man”.

I’m still fucking with ya

Chuis encore venu te faire chier

1ère occurrence du mot “still”, introduisant le titre, refrain et thème de la chanson.

Still waters run deep

Il faut se méfier de l’eau qui dort

Still waters run deep, les eaux calmes vont profond, est un proverbe.

2ème occurrence du mot “still”.

Still Snoop Dogg and D-R-E, ‘99 nigga

Encore Snoop Dog et D-R-E 99 négro

3ème occurrence du mot “still”.

Guess who’s back

Devine qui c’est

Cette question est posée par Snoop à Dre, mais on comprend qu’elle est aussi posée par Snoop et Dre au public.

Still doing that shit huh Dre?

Tu fais toujours ton truc Dre ?

4ème occurrence du mot “still”.

(Oh for sho’, check me out)

(Oh bien sûr, regarde ça)

Maintenant, c’est Dre le rappeur principal, introduit par Snoop. Dans les chansons de N.W.A., Dre avait justement ce rôle de présentateur, que prend déjà Snoop dans THE NEXT EPISODE.

 

Couplet 1 – Dr Dre

It’s still Dre Day nigga, AK nigga

C’est toujours le Jour de Dre négro, AK négro

DRE DAY : chanson diffamatoire (diss-song) écrite par Dre contre Eazy-E, auquel Eazy avait répondu par REAL MUTHAPHUCKKIN G’S.

AK : c’est la Kalashnikov automatique qui est devenue mythique dans le rap, et c’est aussi un marqueur de genre qui sonne “authentique”. (Pourtant, ça coûte pas cher pour un rappeur en carton de se payer des kalash en rafales, genre regardez, moi j’en ai quatre : AK-AK-AK-AK. ça n’empêchera pas Booba d’en faire le titre d’un de ses tubes.)

Though I’ve grown a lot, can’t keep it home a lot

Même si j’ai bien évolué, je peux pas rester chez moi très longtemps

I’ve grown a lot : starisé depuis 1988, Dr Dre a accumulé du vécu dans ces années 1988-1989, il a connu des hauts et des bas, de grands  succès, et aussi quelques tragédies comme la mort d’amis et de collègues, il en reparlera plus loin.

can’t keep it home a lot : l’expression semble polysémique, grâce au “it” qui peut désigner :

  • le Dre Day, qui a un double sens, c’est le jour d’honneur de Dre, et un jour de cauchemar pour ses ennemis : ce jour, Dre ne peut pas le garder pour lui tout seul
  • l’AK qui vient d’être cité : Dre ne va pas le garder chez lui, c’est fait pour servir…
  • ou encore, le “it” désigne plutôt un sentiment qui n’a pas été nommé, mais qui est dans l’air, et que le chanteur passe sous silence par pudeur : ça pourrait être sa douleur et son chagrin, et aussi sa fierté, de venir de ce monde violent et d’avoir réussi : ça, Dr Dre ne va pas le garder pour lui, il va le partager – dans ce morceau.

’Cause when I frequent the spots that I’m known to rock

Passke quand je fréquente les coins où je suis connu pour tout déchirer

Ce vers enchaîne logiquement : vu qu’il peut pas rester chez lui, il sort, il fréquente des coins. Ce mouvement est cohérent avec le thème de la chanson : c’est Dr Dre qui parle de lui-même, qui se montre, qui s’affirme. Donc symboliquement, il sort de chez lui, de sa conscience, pour se montrer, et puisqu’il est musicien, c’est par la musique qu’il se montre.

You hear the bass from the truck when I’m on the block

T’entends la basse depuis mon van quand je rôde autour du bloc

 

 

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Chanson Gangsta-rap
PDF, 135 pages

Notorious B.I.G. ft Puff Daddy – Who Shot Ya?

Notorious B.I.G. ft Puff Daddy – Who Shot Ya? – Traduction et interprétation des paroles

Chanson Gangsta-rap
PDF, 135 pages

Who Shot Ya? – Paroles et traduction

Intro – Puffy

As we proceed to give you what you need

Tandis que nous procédons pour te donner ce qu’il te faut

9-5, motherfuckers

9-5, fils de putes

Get live, motherfuckers

Bougez-vous, fils de putes

As we proceed to give you what you need

9-5, motherfuckers

Get live, motherfuckers

As we proceed to give you what you need

 

Intro – Notorious B.I.G.

Now turn the mics up

Vas-y monte le micro

East Coast, motherfuckers

Côte Est, fils de pute
Turn that mic up

Bad Boy, motherfuckers

Mauvais Garçon, fils de pute

Yeah, that beat is knocking to that microphone

Ouais, le rythme cogne dans ce microphone

Turn that shit the fuck up

Monte ce putain de son
Uh, what? Turn it up louder, yeah, uh

Euh, quoi ? Monte-le, plus fort, ouais

 

As we proceed to give you what you need

J.M. motherfuckers

J.M. motherfuckers

9-5, motherfuckers

 

Couplet 1 – Notorious B.I.G.

Who shot ya? Separate the weak from the obsolete

Qui t’a flingué? Séparer le faible de l’obsolète

Hard to creep them Brooklyn streets

Dur de se faufiler dans ces rues de Brooklyn

It’s on nigga, fuck all that bickering beef

C’est parti négro, laisse tomber toutes ces embrouilles

I can hear sweat trickling down your cheek

J’entends la sueur ruisseler de tes joues

Your heartbeat sound like Sasquatch feet

Tes battements de coeur sonnent comme les pas du Yéti

Thundering, shaking the concrete

Tonnant, faisant trembler le béton

Then the shit stop when I foil the plot

Puis la merde cesse quand je dévoile le complot

Neighbors call the cops, said they heard mad shots

Les voisins appellent les flics, disant qu’ils ont entendu des tirs de ouf

Saw me in the drop, three and a quarter

M’ont vu dans le cab’, trois et quart

Slaughter, electrical tape around your daughter

Massacre, fil électrique autour de ta fille

Old school, new school need to learn though

Vieille école, nouvelle école, doivent apprendre cependant

I burn, baby, burn like «Disco Inferno»

Je brûle, bébé, brûle comme «Disco Inferno»

Burn slow like blunts with yayo

Brûle lentement comme des joints à la coke

Peel more skins than Idaho Potato

Pèle plus de peaux que de patates d’idaho

Niggas know: the lyrical molesting is taking place

Les négros savent : le tabassage par les paroles se déroule

Fucking with B.I.G. it ain’t safe

Chercher les emmerdes avec B.I.G. c’est risqué

I make your skin chafe, rashes on them asses

Je mets ta peau en éruption, des irritations sur leurs culs

Bumps and bruises, blunts and Land Cruisers

Bleus et contusions, joints et Land Cruisers

Big Poppa smash fools, bash fools

Gros Papa écrase les bouffons, éclate les bouffons

Niggas mad because I know that cash rules

Les négros sont fous parce que je sais ces règles du fric

Everything around me, two Glock 9s

Dirigent tout autour de moi, deux Glock 9mm

Any motherfucker whispering about mines

Pour tout fils de pute murmurant à mon sujet

And I’m Crooklyn’s finest

Et je suis le boss d’Escrooklyn

You rewind this, Bad Boy’s behind this

Rembobine ça, Bad Boy est derrière ça

 

Interlude

As we proceed to give you what you need

9-5, motherfuckers

Get live, motherfuckers

As we proceed to give you what you need

East Coast, motherfuckers

Bad Boy, motherfuckers

Get high, motherfuckers

Get high, motherfuckers

Smoke blunts, motherfuckers

Get high, motherfuckers

Ready to die, motherfuckers

9-5, motherfuckers

 

Couplet 2 – Notorious B.I.G.

I seen the light excite all the freaks

J’ai vu la lumière exciter tous les freaks

Stack mad chips, spread love with my peeps

Empiler des jetons en masse, répandre l’amour avec mes potes

Niggas wanna creep, gotta watch my back

Les négros veulent se faufiler, faut que je regarde derrière moi

Think the Cognac and indo sack make me slack?

Tu crois que le Cognac et le sac d’indo me rendent mou ?

I switches all that, cocksucker G’s up

Je balaye tout ça, suceur de bites  de G’s debout

One false move, get Swiss cheesed up

Un faux mouvement, fais-toi gruyériser

Clip to TEC, respect I demand it

Chargeur dans TEC, le respect je l’exige

Slip and break the 11th Commandment

Glisse et brise le 11è Commandement

Thou shalt not fuck with nor see Poppa

Tu ne feras pas chier Papa ni ne le verras

Feel a thousand deaths when I drop ya

Vivre mille morts quand je te jetterai

I feel for you, like Chaka Khan I’m the Don

«Je suis désolé pour toi», comme Chaka Khan je suis le Don

Pussy when I want, Rolex on the arm

De la chatte quand je veux, Rolex au bras

You’ll die slow but calm

Tu mourras lent mais calme

Recognize my face, so there won’t be no mistake

Etudie bien mon visage, pour qu’il n’y ait pas d’erreur

So you know where to tell Jake, lame nigga

Parce que tu sauras où trouver Jake, négro naze

Brave nigga, turned front page nigga

Gentil négro, négro de la page d’avant

Puff Daddy flips daily

Puff Daddy palpe tous les jours

I smoke the blunts he sips on the Baileys

Je fume les spliffs il sirote le Baileys

On the rocks, tote Glocks at christenings

Avec glace, porte des Glocks aux baptêmes

Hammer cock, in the fire position and…

Arme, en position de tir et…

 

Outro

Come here, come here, (It ain’t gotta be like that, Big)

Viens par ici, viens par ici. (C’est pas obligé qu’on en arrive là, Gros.)

Open your fucking mouth, open your—didn’t I tell you?

Ouvre ta putain de bouche, ouvre ta – qu’est-ce que je t’ai dit?

Don’t fuck with me? (Come on, man)

Déconne pas avec moi? (Allez, mec)

Huh? Didn’t I tell you not to fuck with me? (Come on, man)

Hein? Je t’ai pas dit de pas déconner avec moi ? (Allez, mec)

Look at you now, huh? (Come on, man)

Regarde-toi maintenant, hein ? (Allez, mec)

Can’t talk with a gun in your mouth, huh?

Tu peux pas parler avec un flingue dans la bouche pas vrai, hein ?

Bitch-ass nigga, what?

Enculé de taffiolle de nègre, quoi ?

On entend 6 coups de feu.

Who shot ya?

Qui t’a flingué ?

 

Outro: Puffy

To give you what you need

9-5, motherfuckers

Get live, motherfuckers (who shot ya?)

Get high, motherfuckers

Ready to die, motherfuckers, hah!

As we proceed (who shot ya?)

To give you what you need

9-5, motherfuckers

East Coast, motherfucker (Who shot ya?)

West Coast, motherfuckers

West Coast, motherfuckers, hah!

As we proceed, to give you what you need

As we proceed to give you what you need

Get live, motherfuckers

9-5, motherfuckers

Get money, motherfuckers

As we proceed to give you what you need

Get live, motherfuckers

9-5, motherfuckers

J.M. motherfuckers

J.M. motherfuckers

As we proceeeeeeed to give you what you need… 9-5

 

Biggie Smalls – Who Shot Ya? – Explication des paroles

Intro – Puffy

As we proceed to give you what you need

Tandis que nous procédons pour te donner ce qu’il te faut

Le texte est dit d’une voix effrayante, car très cérémonieuse, perverse, sadique.

La formule sonne comme un texte de cérémonie religieuse, où le prêtre dit ce qu’il fait, le fait d’énoncer à haute voix prenant un caractère magique, quasiment performatif – il rend les choses sacrées. Grâce à ces connotations, ce texte laissera penser plus tard qu’il s’agit d’une cérémonie funèbre, organisée par ceux-là même qui vont te tuer, l’un, un sadique moitié dingue, et l’autre, un géant à la violence froide et brutale.

to give you what you need : on ne sait pas qui désigne ce “you”, Est-ce le public, ou quelqu’un d’autre ? Et que désigne “what you need” ? Rien ne permettra de répondre de manière sûre à cette question, de sorte que ces mots vont simplement continuer à planer, lourds de menaces potentielles. Et, qui définit ce dont ce “you” a besoin ? On connait les expressions du genre “tu as besoin d’une bonne correction”, où le besoin est attribué de force à celui qui estime que l’autre en a besoin. La suite donnera plutôt raison à cette dernière hypothèse. C’est le bourreau qui définit ce dont sa victime a besoin.

9-5, motherfuckers

9-5, fils de putes

Violent contraste avec le vers précédent, du coup on doit faire une synthèse : ok, ce sont des gangsters qui jouent aux prêtres gore…

9-5 c’est tout simplement l’année de création de ce morceau, c’est une signature temporelle et cela accompagne aussi le “as we proceed”, la conscience du temps présent.

Get live, motherfuckers

Bougez-vous, fils de putes

Cette adresse directe sonne très agressive et continue à tendre le morceau dès le départ, à installer une atmosphère lourde, violente, tendue.

As we proceed to give you what you need

9-5, motherfuckers

Get live, motherfuckers

As we proceed to give you what you need

 

Intro – Notorious B.I.G.

Now turn the mics up

Vas-y monte le micro

On ouvre une petite intro en forme de “chauffe”. Ces ajustements techniques à haute voix font aussi partie de l’ambiance “brute” du morceau, soulignant le côté live de la performance.

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Chanson Gangsta-rap
PDF, 135 pages

Dr Dre ft Snoop Dogg – The Next Episode

Dr Dre ft Snoop Dogg – The Next Episode – Traduction et signification des paroles

Chanson Gangsta-rap
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The Next Episode – Paroles et traduction

Intro

La-da-da-da-dahh

It’s the motherfuckin D-O-double-G (SNOOP DOGG!)

C’est le putain de sa mère de D-O-double-G (SNOOP DOG!)

La-da-da-da-dahh

You know I’m mobbin with the D.R.E.

Tu sais que je suis de mèche avec le D.R.E.

(YEAH YEAH YEAH

Ouais ouais ouais

You know who’s back up in this MOTHERFUCKER!)

Tu sais qui revoilà fils de pute !

What what what what?

Quoi quoi quoi quoi ?

(So blaze the weed up then!)

Alors allume la beuh !

Blaze it up, blaze it up!

Allume-le allume-le !

(Just blaze that shit up nigga, yeah, ‘sup Snoop??)

Allume cette merde négro, ouais, comment va Snoop ?

 

Couplet 1 – Snoop Dogg

Top Dogg, bite em all, nigga burn the shit up

Chien de tête, mords-les tous, négro mets le feu

D-P-G-C my nigga turn that shit up

D-P-G-C mon négro monte le son

C-P-T, L-B-C, yeah we hookin back up

C-P-T, L-B-C, ouais on copine encore

And when they bang this in the club baby you got to get up

Et quand ils passent ça à fond dans le club bébé tu dois te lever

Thug niggaz drug dealers yeah they givin it up

Négros voyous, dealers, ouais ils assurent

Lowlife, yo’ life, boy we livin it up

Sous-vie, ta vie, garçon on la vit à fond

Takin chances while we dancin in the party fo’ sho’

Tentant notre chance en dansant dans la fête bien sûr

Slip my hoe a forty-fo’ and she got in the back do’

J’ai (en)filé un 44 à ma pute et elle a pris la porte de derrière

Bitches lookin at me strange but you know I don’t care

Les garces me regardent bizarrement mais tu sais que je m’en fous

Step up in this motherfucker just a-swangin my hair

J’ai buté dans l’aut’ fils de pute je me suis juste recoiffé

Bitch quit talkin, Crip walk, stay down with the set

Garce ferme-la, marche Crip, reste ici avec les autres

Take a bullet with some dick and take this dope from this jet

Prends une balle avec une bite et prends cette came de ce jet

Out of town, put it down for the Father of Rap

Loin de la ville, et ramène-la au Père du rap

And if yo’ ass get cracked, bitch shut yo’ trap

Et si tu t’fais coincer, salope ferme ta gueule

Come back, get back, that’s the part of success

Reviens, repars, ça fait partie du succès

If you believe in the S you’ll be relievin your stress

Si tu fais confiance au S tu soulageras ton stress

 

Interlude – Snoop Dogg and Dr. Dre

La-da-da-da-dahh

It’s the motherfuckin D.R.E. (Dr. Dre MOTHERFUCKER!)

C’est le putain de sa mère de D.R.E.

La-da-da-da-dahhh

You know I’m mobbin with the D-O-double-G

Tu sais que je suis de mèche avec le D-O-double-G

 

Couplet 2 – Dr Dre

Straight off the fuckin streets of C-P-T

Tout droit sorti des putains de rues de C-P-T

King of the beats you ride to em in your Fleet (Fleetwood)

Roi des beats tu roules vers eux dans ta Fleet

Or Coupe DeVille rollin on dubs

Ou une Coupe DeVille surélevée

How you feelin whoopty=whoop nigga whut?

Comment tu te sens tout zarbi négro quoi ?

Dre and Snoop chronic’ed out in the ‘llac

Dre et Snoop ont chroniqué dans la (Cadi)’llac

With Doc in the back, sippin on ‘gnac (yeah)

Avec Doc à l’arrière, sirotant un (Co)’gnac

Clip in the strap, dippin through hoods (what hoods?)

Flingue dans l’étui, filant dans les quartiers (quels quartiers ?)

Compton, Long Beach, Inglewood!

Compton, Long Beach, Inglewood !

South Central out to the Westside (wessyde)

South Central et jusqu’à l’ouest

It’s California Love, this California bud got a nigga gang of pub

C’est de l’amour californien, cette beuh californienne a tout un gang de nègres à elle

I’m on one, I might bail up in the Century Club

J’en fais partie, je pourrais aller flamber au Century Club

With my jeans on, and my team strong

En jeans, avec mon équipe de durs

Get my drink on, and my smoke on

Prendre un verre, fumer un spliff

Then go home with, somethin to poke on (whassup bitch?)

Puis rentrer avec quelque chose à tringler (ça va salope ?)

Loc it’s on for the two-triple-oh !

Poto c’est parti pour le deux-triple-oh !

Comin real, it’s the next episode…

ça arrive vraiment, au prochain épisode

 

Outro – Nate Dogg

Hold up, waiiiiiiit

Attends attends

For my niggaz who be thinkin we soft

Pour mes négros qui croient qu’on est des doux

We don’t, playyy

On rigole pas

We gon’ rock it til the wheels fall off

On va tout défoncer jusqu’à ce que les roues tombent

Hold up, heyyy

Attends, hé

For my niggaz who be actin too bold

Pour mes négros, qui seraient trop téméraires

Take a seeaaaaaat

Prends un sièèèège

Hope you ready for the next episode, heyyyeyyy….

J’espère que t’es prêt pour le prochain épisode, hééééé….

…smoke weed everday!

… fume de l’herbe toute la journée !

 

The Next Episode – Explication des paroles

Intro

La-da-da-da-dahh

D’office en mettant autre chose que des mots intelligibles comme texte d’ouverture, on fait un effet, on dit quelque chose.

Cette intro traduit la bonne humeur, on est donc dans un registre à la CALIFORNIA LOVE, du hip-hop pas trop contestataire, plutôt joyeux, optimiste, car gagnant, donc frimeur, aguicheur. On est loin de l’humeur sinistre ou négativement agressive de tubes comme STRAIGHT OUTTA COMPTON de N.W.A., GANGSTA’S PARADISE de Coolio, ou WHO SHOT YA? de The Notorious B.I.G.

It’s the motherfuckin D-O-double-G (SNOOP DOGG!)

C’est le putain de sa mère de D-O-double-G (SNOOP DOG!)

Ah, nous voilà de retour à quelque chose qu’on connait : un motherfucker ! Il donne son blase, dans le cadre d’une pratique qui ressemble à celle du graffiti : l’oeuvre, c’est le nom de l’artiste, sa signature.

Et signer son oeuvre d’entrée, c’est déjà depuis longtemps une tradition, un code des paroles rap, qui fondamentalement consiste à dire “Ouais, c’est moi qui parle maintenant”.

Ce nom d’artiste sonne à la fois

  • enfantin – tout le monde connait Snoopy
  • décalé – c’est un drôle de nom pour un gangster comme pour un rappeur
  • ”pop” – c’est un “ready-made”, un nom trouvé, réapproprié, une parodie de la culture de masse, comme dans l’art des années 60 (Andy Warhol ou Lichtenstein reprenant des BD…)
  • ghetto – le mot dogg a un “g” en trop, il est écrit par un cancre, et les rappeurs, on l’a vu avec les “muthaphuckkin’ G’s” d’Eazy-E, aiment massacrer l’orthographe, ça leur sert de revanche après les humiliations scolaires
  • gangster – oui, gangster, car paradoxalement, si tu veux pas finir en prison, quand tu vis de manière illégale quelqu’un il vaut mieux dire à tout le monde que tu t’appelles Snoopy le chien, plutôt que distribuer des copies de ta carte d’identité, y compris à tes victimes. Bref, ce blase ridicule est la cachette idéale du crime – comme un kilo de shit dans le nounours de la petite, dans la pousette, ça passe nickel à l’aéroport.

Bref, ça n’a l’air de rien, mais c’est riche de sens, ce nom, et ça va prêter à divers jeux de mots.

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Chanson Gangsta-rap
PDF, 135 pages

Tupac & Dr Dre – California Love

Tupac & Dr Dre – California Love – Traduction et explication des paroles

Chanson Gangsta-rap
PDF, 135 pages

California Love – Paroles et traduction

Refrain

California, knows how to party

La Californie, sait faire la fête

California, knows how to party

La Californie, sait faire la fête

In the city of L.A.

Dans la ville de L.A.

In the city of good ol’ Watts

Dans la bonne vieille ville de Watts

In the city, the city of Compton

Dans la ville, la ville de Compton

We keep it rockin’, we keep it rockin’

On continue de balancer

 

Couplet 1 – Dr Dre

Now let me welcome everybody to the Wild, Wild West

Maintenant permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue dans l’ouest sauvage, sauvage

A state that’s untouchable like Elliot Ness

Un Etat intouchable comme Elliot Ness

The track hits ya eardrum like a slug to ya chest

La piste frappe ton oreille comme une balle sur ton torse

Pack a vest for your Jimmy in the city of sex

Prends un gilet pare-balles pour ton Popaul dans la cité du sexe

We in that sunshine state with a bomb ass hemp beat

Nous dans ce soleil on gère avec une bombe de beat bien défoncé

The state where ya never find a dance floor empty

L’Etat où tu trouves jamais un dancefloor vide

And pimps be on a mission for them greens

Et les proxos sont à la chasse aux billets verts

Lean mean money-makin-machines serving fiends

Appuyer sur ces méchantes machines à fric servant des monstres

I been in the game for ten years making rap tunes

ça fait dix ans que je suis dans le game à faire des tubes rap

Ever since honeys was wearing Sassoon

Déjà quand les chéries portaient des coupes Sassoon

Now it’s ‘95 and they clock me and watch me

Maintenant c’est 95 et ils me mesurent et me regardent

Diamonds shinin’, lookin’ like I robbed Liberace

Diamants brillants, on dirait que j’ai braqué Liberace

It’s all good, from Diego to the Bay

C’est tout bon, de Diego à la Baie

Your city is the bomb if your city making pay

Ta ville c’est de la bombe si ta ville te paie

Throw up a finger if ya feel the same way

Mets un doigt en l’air si tu penses la même chose

Dre putting it down for Californ-i-a Yeah

Dre représente pour la Californie ouais !

 

Refrain

California (California) knows how to party (knows how to party)

California (west coast) knows how to party (yes they do)(that’s right)

In the city of L.A. (city of L.A.)

In the city of good ol’ Watts (good ol’ Watts)

In the city, the city of Compton (city of Compton)

We keep it rockin! We keep it rockin’ (come on, come on, come on)

Shake it shake it baby

Shake it shake it, shake it baby

Shake it shake it mama

Shake it Cali

Shake it shake it baby (that’s right, uh)

Shake it shake it baby baby, shake it shake it mama, shake it Cali

 

Couplet 2 – Tupac

Out on bail fresh outta jail, California dreaming

Relâché sous caution, fraîchement sorti de prison, rêve californien

Soon as I stepped on the scene, I’m hearing hoochies screamin

Dès que je monte sur la scène, j’entends les groupies hurler

Fiendin for money and alcohol

Obsédées par le fric et l’alcool

The life of a west side player where cowards die

La vie d’un flambeur de l’ouest où les lâches meurent

And its all war

Et où c’est la guerre généralisée

Only in Cali where we riot not rally to live and die

Juste à Cali où on fait des émeutes plus que des manifs, vivre et mourir

In L.A. we wearing Chucks not Ballys (that’s right, uh)

A L.A. on porte des Chucks pas des Bally (c’est vrai, uh)

Dressed in Locs and khaki suits and ride is what we do

Fringué en Locs et costumes beige et frimer au volant c’est ce qu’on fait

Flossing but have caution we collide with other crews

Mais fais gaffe on se collisionne avec d’autres crews

Famous ‘cause we program worldwide

Célèbres parce qu’on programme mondialement

Let’em recognize from Long Beach to Rosecrans

Laisse-les se rendre compte de Long Beach à Rosecrans

Bumping and grinding like a slow jam, it’s west side

Bondissant et grinçant, comme un embouteillage lent, c’est tout l’ouest

So you know the row won’t bow down to no man

Alors tu sais le couloir va plier devant personne

Say what you say

Dis ce que tu veux

But give me that bomb beat from Dre

Mais passe-moi cette bombe de beat de Dre

Let me serenade the streets of L.A.

Laisse-moi sérénader les rues d’L.A.

From Oakland to Sactown

D’Oakland à Sactown

The Bay Area and back down

La région de la baie et retour

Cali is where they put their mack down, give-me love !

Cali c’est là qu’ils posent leurs flingues, donne-moi de l’amour !

 

Refrain

California (California) knows how to party

California, knows how to party (come on baby)

In the city (south-central) of L.A. (L.A.)

In the city of good ol’ Watts (uh, that’s right)

In the city, the city of Compton (yup, yup)

We keep it rocking! We keep it rocking (yeah, yeah now make it shake, c’mon)

Shake it shake it baby (uh)

Shake it shake it, shake it baby (yeah)

Shake it shake it mama

Shake it Cali (shake it Cali)

Shake it shake it baby (shake it Cali)

Shake it shake it, shake it shake it mama (west-coast) shake it Cali

 

Outro – Dr Dre / Tupac

Uh, yeah, uh, Long Beach in the house, uh yeah

Uh, ouais, uh, Long Beach dans la place, uh, ouais

Oaktown, Oakland definitely in the house

Oaktown, Oakland sont dans la place

Frisko, Frisko

San Francisco

Hey, you know LA is up in this

Hé tu sais, L.A. s’y connait

Pasadena, where you at

Pasadena, où vous êtes

Yeah, Inglewood, Inglewood always up to no good

Ouais, Inglewood, Inglewood toujours prêt pour les mauvais coups

Even Hollywood trying to get a piece baby

Même Hollywood essaie d’en avoir un peu bébé

Sacramento, Sacramento where ya at? yeah

Sacramento, Sacramento t’es où ? ouais

Throw it up y’all, throw it up, Throw it up (I can’t see ya)

Allez-y allez-y vous tous (je vous vois pas)

California Love

Amour californien

Let’s show these fools how we do this on that west side

Montrons à ces idiots comment on le fait dans l’ouest

‘Cause you and I know it’s the best side

Passke toi et moi on sait que c’est le meilleur côté

Yeah, that’s right

Ouais, c’est ça

West coast, west coast

Côte ouest, côte ouest

Uh, California Love

Uh, Amour californien

California Love

Amour californien

Yeah

 

Tupac & Dr Dre – California Love – Explication des paroles

California Love !…

Amour californien !…

Parfois, les choses sont claires d’entrée. Vous faites écouter un sample de ces deux mots avec cette voix aiguë et maniérée à n’importe quel fan de hip-hop d’avant 1995, et vous lui demandez si c’est du rap, et la réponse sera un grand rire sarcastique.

Du rap qui envoie de l’amour, hm ??” vous répondra n’importe quel gangster de vos amis.

Bref, d’office, Dre et Tupac ont annoncé la couleur : ce morceau va établir un nouveau style, sortir de la déprime des ghettos noirs, et faire la fête sous le même soleil californien que les hippies de la génération précédente.

Autrement dit, déjà bien enrichis à l’époque par leurs activités dans le show-business, les deux rappeurs ont décidé de s’intégrer, et de ne laisser personne au moins en Californie ignorer qu’ils font désormais partie du décor et des gens heureux de célébrer le Rêve américain, à égalité avec les blancs.

 

Refrain

California, knows how to party

La Californie, sait faire la fête

D’office, on voit que ce morceau impose un nouveau style de rap.

Tous les précédents morceaux commençaient par le couplet, la voix d’un gangster qui vient dire l’essentiel de son message dans un refrain-slogan. Or ici, on ouvre sur un refrain, et pas n’importe lequel.

Déjà, la voix est trafiquée, électronique, et rappelle des styles très mainstream comme la Dance de l’époque.

Ensuite, ce refrain est super entraînant, dansant, positif, funky, et invite à la fête. On est bien loin des refrains hostiles, agressifs, ou sinistres du gangsta-rap d’avant la percée vers le mainstream.

La Californie : comme souvent dans les chansons, le chanteur définit son public en l’interpellant.

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Chanson Gangsta-rap
PDF, 135 pages

Eazy-E – Real Muthaphuckkin G’s

Eazy-E – Real Muthaphuckkin G’s – Traduction et explication des paroles

Chanson Gangsta-rap
PDF, 135 pages

Real Muthaphuckkin G’s – Paroles et traduction

Intro

Compton, Compton, Compton

Ahh, real muthaphuckkin G’s

Ah, les vrais fils de pute de G’s (gangsters)

Ahh, real muthaphuckkin G’s

Ahh, real muthaphuckkin G’s

Ahh, real muthaphuckkin G’s

 

Couplet 1 – Eazy-E

Hey yo, Doctor, here’s another proper track

Hé ouais, Docteur, encore une autre piste

And it’s phat, watch the sniper, time to pay the piper

Et c’est de la bombe, fais gaffe au sniper, il temps de payer le flûtiste

And let that real shit provoke

Et laisse cette vraie merde faire sa provoc’

See, you’s a wannabe ‘loc, and you’ll get smoked, and I hope

Tu vois t’es qu’un chef de gang en toc, et tu t’f’ras fumer, et j’espère

That your fans understand when you talk about sprayin’ me

Que tes fans comprennent quand tu parles de me mitrailler

The same records that you makin’ is payin’ me

Les disques que tu fais c’est ça qui me paie

Motherfuck Dre! Motherfuck Snoop! Motherfuck Death Row!

Dre fils de pute ! Snoop fils de pute ! Death Row fils de pute !

Yo, and here comes my left blow

Ouais, et tiens voilà mon gauche

’Cause I’m the E-A-Z-Y-E and this is the season

Passke je suis E-A-Z-Y-E et c’est la saison

To let the real motherfuckin’ G’s in

Où on laisse entrer les vrais fils de pute de G’s

You’re like a kid, you found a pup, and now you’re dapper

T’es comme un gosse, t’as trouvé un chiot et du coup t’es pimpant

But tell me, where the fuck you found an anorexic rapper?

Mais dis-moi, ça se trouve où un rappeur anorexique ?

Talkin’ ‘bout who you gon’ squabble with and who you shoot

En parlant de qui tu vas aller embrouiller et qui tu vas buter

You’re only sixty pounds when you’re wet and wearin’ boots

Tu fais que 30 kilos tout mouillé et en bottes

(Damn, E, they tried to fade you on Dre Day)

La vache, E ils ont essayé de te niquer sur Dre Day

But Dre Day only meant Eazy’s payday

Mais Dre Day voulait seulement dire le jour de paie d’Eazy

All of a sudden Dr. Dre is the G Thang

Tout soudain Dr Dre est devenu le truc G

But on his old album cover he was a she-thang

Mais sur sa couv d’album on dirait plutôt une tapette

So, nigga please, nigga please

Alors négro steupl, négro steupl

Don’t step to these muthaphuckkin’ real G’s

Fais pas chier ces vrais fils de pute de G’s

 

Refrain

Stop him in his tracks, show him that I am Ruthless

Arrête-le tout net, montre-lui que je suis impitoyable

Yo, Dre! (What’s up?)

Ouais Dre ! (Qu’est-ce qu’y’a ?)

Boy, you should’ve known by now

Petit, tu dois déjà être au courant

 

Couplet 2 – Dresta

Every day it’s a new rapper claimin’ to be dapper than the Dresta

Tous les jours y’a un nouveau rappeur qui se croit plus élégant que le Dresta

Softer than a bitch but portray the role of gangsta

Plus doux qu’une salope il se portraitise en gansta

Ain’t broke a law in your life

T’as jamais enfreint une loi dans ta vie

Yet every time you rap you yap about the guns and knife

Pourtant chaque fois que tu rappes tu jacasses à propos de flingues et couteaux

Just take a good look at the nigga and you’ll capture

Regarde juste bien le négro et tu capteras

The fact that the bastard is simply just an actor

Le fait que ce bâtard n’est tout simplement qu’un acteur

Who mastered the bang and the slang and the mental

Qui maîtrise la force et l’argot et le mental

Of niggas in Compton, Watts, and South Central

Des négros de Compton, Watts et South Central

Never ever once have you ran with the turf

T’as jamais couru une seule fois sur ce terrain-là

But yet in every verse claim you used to do the dirt

Et pourtant dans chacun de tes vers tu prétends que tu charbonnais

But tell me, who’s a witness to your fuckin’ work?

Mais dis-me, qui a été témoin de ton putain de boulot ?

So you never had no bid’ness, so save the drama, jerk!

T’as jamais touché ce blé, alors arrête tes conneries, blaireau !

Niggas straight kill me, knowin’ that they pranksters

Ce genre de négro ça me tue, sachant les connards que c’est

This is goin’ out to you studio gangstas

ça s’adresse à toi, gangsta de studio

See, I did dirt, put in work, and many niggas can vouch that

Tu vois j’ai fait le job, bien bossé, plein de négros peuvent en attester

So since I got stripes, I got the right to rap about that

Donc puisque j’ai mes galons, j’ai le droit de raper là-dessus

But niggas like you, I gotta hate ya

Mais les négros comme toi, je les hais, forcément

’Cause I’m just tired of suburbia niggas

Passke j’en ai ma claque des négros de banlieue

Talkin’ about they come from projects

Qui disent qu’ils sortent des HLM

Knowin’ you ain’t seen the parts of the streets, G

Sachant que t’as jamais vu nos rues, G

Think you started tryna bang around the time of the peace treaty

J’crois que t’as commencé à faire chier à l’époque du traité de paix

Wearin’ khakis and mob while you rhyme

A porter des futes beiges et passer la serpillère pendant que tu écris tes vers

Little fag tried to sag, but you’re floodin’ at the same time

Le petit pédé essayait de bander, mais tu balances tout

And your set don’t accept ya; scared to kick it with your homies

Et chez toi t’es pas reconnu ; tu flippes de jouer avec tes potes

’Cause you know they don’t respect ya

Passke tu sais qu’ils te respectent pas

So, nigga please, check nuts

Alors négro steupl, fais gaffe à tes couilles

Before you step to these muthaphuckkin’ real G’s

Avant d’aller faire chier les vrais fils de pute de G’s

 

Couplet 3 – B.G. Knocc Out

Well, it’s the Knocc Out, definition “Original baby gangsta”

Bien, c’est Knocc Out, définition “authentique bébé gangsta”

Approach me like you hard, motherfucker, I’ma bank ya

Viens jouer les durs avec moi, j’vais t’éclater

Shank ya, with my fuckin’ shank, if I have to

Te crever, avec n’importe quoi, si je le dois

Dr. Dre and Snoop Doggy Dogg are fuckin’ actors

Dr Dre et Snoop Doggy Dogg sont des putain d’acteurs

Pranksters, studio gangstas, busters

Connars, gangsta de studio, imposteurs

But this time you’re dealin’ with some real motherfuckers

Mais cette fois vous avez affaire à de vrais fils de pute de

G’s, nigga please, don’t try to step

G’s, négro steupl, viens pas faire chier

’Cause if you do, then a pealed cap is all that would be left

Passke que si t’essayes, un étui de cartouche c’est tout ce qui restera

See, young niggas like me will break you off somethin’

Tu vois, les jeunes négros comme moi vont t’apprendre un truc

Claimin’ my city — but Dre, you ain’t from Compton

Tu revendiques ma ville – mais Dre, t’es même pas de Compton

Niggas like y’all is what I call wannabes

Les négros comme toi sont ce que j’appelle des arrivistes

And ain’t shit compared to real muthaphuckkin’ G’s

Et c’est de la daube comparé aux vrais fils de pute de G’s

 

Refrain

Stop him in his tracks, show him that I am Ruthless

Yo, Dre! (What’s up?)

Boy, you should’ve known by now

 

Couplet 4 – Eazy-E

I never met a O.G. who never did shit wrong

J’ai jamais rencontré un O.G. (original gangster) qu’ait jamais fait de connerie

You tried to diss the Eazy-E, so now, nigga, it’s on

T’as essayé d’offenser Eazy-E, négro, alors maintenant ça marche sur

You and your Doggy Dogg think that y’all hoggin’ shit

Toi et ton Chienchien pensez que vous monopolisez le biz’

Both of you bitches can come and suck my Doggy dick

Vous pouvez venir toutes les deux sucer ma bite de chien, salopes

Beatin’ up a bitch don’t make you shit, but then again

Frapper une garce n’honote personne, mais une fois de plus

Some niggas think it makes a man

Certains négros pensent que ça fait un homme

Damn, it’s a trip how a nigga could switch so quick

La vache, c’est incroyable comme un négro peut basculer

From wearin’ lipstick to smokin’ on chronic at picnics

De porter du rouge à lèvre à fumer en chronique à des pique-nique

And now you think you’re bigger

Et maintenant tu te sens plus gros qu’avant

But to me you ain’t nothin’ but a bitch-ass nigga

Mais pour moi t’es rien qu’une tapette de nègre

That ain’t worth a food stamp

Qui vaut pas un bon alimentaire

And at Death Row, I hear you gettin’ treated like boot camp

Et à Death Row, j’ai entendu dire qu’on te traite comme en camp militaire

Gotta follow your sergeant’s directions

Tu dois suivre les ordres de ton sergent

Or get your ass pumped with the Smith & Wesson

Ou te faire pomper le cul avec un Smith & Wesson

Learn a lesson from the Eaze

Apprends une leçon de Eaze

Stay in your place and don’t step to real muthaphuckkin’ G’s

Reste à ta place et viens pas faire chier les vrais fils de pute de G’s

 

Refrain

Stop him in his tracks, show him that I am Ruthless

Yo, Dre! (What’s up?)

Boy, you should’ve known by now

Stop him in his tracks, show him that I am Ruthless

Yo, Dre! (What’s up?)

Boy, you should’ve known by now

Stop him in his tracks, show him that I am Ruthless

Yo, Dre! (What’s up?)

Boy, you should’ve known by now: Eazy Duz It

 

Eazy-E – Real Muthaphuckkin G’s – Explication des paroles

Intro

Compton, Compton, Compton

On est là d’office sur un conflit de territoire : à qui appartient Compton ? à Eazy-E, ou à Dr Dre ? Depuis STRAIGHT OUTTA COMPTON, et la séparation de N.W.A., Eazy-E, Ice Cube, et Dr Dre, tous trois lancés dans des carrières solo, se disputent la ville qui les a vu naître artistiquement.

Ahh, real muthaphuckkin G’s

Ah, les vrais fils de pute de G’s (gangsters)

Alors alors, on a déjà croisé toute une galerie de motherfuckers, et Eazy en général a tendance à vouloir innover, donc le revoilà avec une orthographe pire que l’ancienne, mais plus réelle quand on n’avait pas l’intention d’enseigner la philo à Stanford : muthaphuckkin. C’est comme motherfucker, avec trois fautes volontaires en plus, pour que vraiment tu comprennes bien que tes règles orthographiques, ta langue anglaise dont tu es si fier, et même ta mère, tout ça l’auteur les emmerde. Du temps de Shakespeare les choses n’étaient pas si claires.

Et donc il s’agit cette fois d’un G, c’est un nom de code secret qui signifie gangsta. Seuls les vrais G’s comprennent, et toi, t’es pas un G.

Tout cela est une forme d’auto-description, puisque voilà, apparemment les real muthaphuckkin G’s ont une langue à eux, que toi pas comprendre, qui t’exclut comme ta langue à toi les excluait eux. En fait, l’auteur te fait vivre son expérience de locuteur au langage dominé, pour que tu saches ce que c’est. Si toi yen a pas comprendre, toi être bourgeois.

Ahh, real muthaphuckkin G’s

Ahh, real muthaphuckkin G’s

Ahh, real muthaphuckkin G’s

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Chanson Gangsta-rap
PDF, 135 pages

Ice Cube – It was a good day

Ice Cube – It was a good day – Traduction et explication

Chanson Gangsta-rap
PDF, 135 pages

It was a good day – Paroles et traduction

C’était une bonne journée

 

Couplet 1

Just waking up in the morning gotta thank God

Juste de me réveiller le matin je dois remercier Dieu

I don’t know but today seems kinda odd

Je ne sais pas mais aujourd’hui a l’air bizarre

No barking from the dog, no smog

Pas d’aboiement du chien, pas de smog

And momma cooked a breakfast with no hog

Et maman a préparé un ptit déj’ sans porc

I got my grub on, but didn’t pig out

J’ai pris ma bouffe, mais sans me goinfrer comme un cochon

Finally got a call from a girl I want to dig out

Finalement j’ai eu un appel d’une fille que je veux approfondir

Hooked it up on later as I hit the do’

L’ai rencardée pour plus tard en arrivant à la porte

Thinking will I live another twenty fo’

Pensant vivrai-je encore vingt-quatre

I gotta go cause I got me a drop top

Je dois y aller parce que je viens de me prendre une décapotable

And if I hit the switch, I can make the ass drop

Et si je pousse le bouton, je peux faire sauter le cul

Had to stop at a red light

Dû m’arrêter à un feu rouge

Looking in my mirror not a jacker in sight

Regardant dans le rétro pas un voleur de bagnole en vue

And everything is alright

Et tout va bien

I got a beep from Kim and she can fuck all night

J’ai eu un bip de Kim et elle peut baiser toute la nuit

Called up the homies and I’m askin’ y’all

Appelé les potes et je vous demande à tous

Which park, are y’all playin’ basketball?

C’est quel parc où vous jouez au basket ?

Get me on the court and I’m trouble

Retrouve-moi sur le terrain et je suis dans la merde

Last week fucked around and got a triple double

La semaine dernière j’ai merdé et pris un triple double

Freaking brothers every way like M.J.

Faisant flipper les frères de toutes les manières comme M.J.

I can’t believe, today was a good day

J’y crois pas, aujourd’hui c’était un bon jour

 

Couplet 2

Drove to the pad and hit the showers

Conduit jusqu’à la maison et pris une douche

Didn’t even get no static from the cowards

Me suis même pas fait agresser par les lâches

Cause just yesterday them fools tried to blast me

Passk’encore hier ces bouffons ont essayé de m’éclater

Saw the police and they rolled right past me

Vu la police et ils sont passé juste à côté

No flexin’, didn’t even look in a brothers direction as I ran the intersection

Pas de provoc’, z’ont même pas regardé dans la direction du frère tandis que je filais direct à l’intersection

Went to $hort Dog’s house, they was watchin’ Yo! MTV Raps

Eté chez $hort Dog, ils mataient Yo ! MTV Raps

What’s the haps on the craps

Comment ça se passe au Craps

Shake ‘em up, shake ‘em up, shake ‘em up, shake ‘em

Agite-les, agite-les, agite-les, agite-les

Roll ‘em in a circle of niggaz and watch me break ‘em

Roule-les dans un cercle de négros et regarde-moi les briser

With the seven, seven-eleven, seven-eleven

Avec le sept, sept-onze, sept-onze

Seven even back do’ little Joe

Sept égal Ptit Joe de derrière les fagots

I picked up the cash flow

J’ai pris le flux de fric

Then we played bones, and I’m yellin’ domino

Puis on a joué aux dominos, et je gueule “Domino !”

Plus nobody I know got killed in South Central L.A.

En plus, personne que je connaisse n’a été tué à South Central L.A.

Today was a good day

Aujourd’hui c’était un bon jour

 

Couplet 3

Left my homies house paid

J’ai laissé la maison de mes potes payée

Picked up a girl been tryin’ to fuck since the twelfth grade

Suis passé prendre une fille que j’essayais de baiser depuis la Terminale

It’s ironic, I had the brew she had the chronic

C’est ironique, j’avais la bière elle avait la beuh “chronique”

The Lakers beat the Supersonics

Les Lakers battent les Supersonics

I felt on the big fat fanny

J’ai senti sur le gros cul gras

Pulled out the jammy, and killed the punanny

J’ai sorti le popaul et tué la foufoune

And my Jimmy runs deep so deep so deep put her butt to sleep

Et mon Paulo va profond, si profond si profond borde son cul au dodo

Woke her up around one

L’ai réveillée vers une

She didn’t hesitate, to call Ice Cube the top gun

Elle a pas hésité, à appeler Ice Cube le top gun

Drove her to the pad and I’m coasting

Raccompagnée à la maison et j’accoste

Took another sip of the potion hit the three-wheel motion

Pris une autre gorgée de la potion, pris le virage à trois-roues

I was glad everything had worked out

J’étais ravi que tout ait marché comme sur des roulettes

Dropped her butt off, then I chirped out

Balancé son derrière, puis me suis extirpé

Today was like one of those fly dreams

Aujourd’hui c’était comme un de ces rêves planants

Didn’t even see a berry flashing those high beams

J’ai même pas vu de giro flashant les pleins phares

No helicopter looking for a murder

Pas d’hélicoptère cherchant un meurtre

Two in the morning got the fat burger

Deux heures du mat pris un gros burger

Even saw the lights of the Goodyear Blimp

Même vu les lumières du ballon dirigeable Goodyear

And it read Ice Cube’s a pimp (yeah)

Et ça disait Ice Cube est un maque (ouais)

Drunk as hell but no throwing up

Ivre mort mais pas gerbé

Half way home and my pager still blowing up

Moitié du chemin pour rentrer et mon pager s’excite toujours

Today I didn’t even have to use my A.K.

Aujourd’hui j’ai même pas eu besoin d’utiliser mon AK

I got to say it was a good day

Je dois dire que c’était un bon jour

 

It was a good day – Explication des paroles

Couplet 1

Just waking up in the morning gotta thank God

Juste de me réveiller le matin je dois remercier Dieu

Ce premier vers, grâce à la formulation en “just”, traduit déjà deux sentiments : la gratitude d’être en vie, et la foi en Dieu. Le public qui entend cela a tendance à se mettre direct en empathie avec celui qui parle, parce que ces sentiments sont beaux à vivre et à voir. Une fois n’est pas coutume, on démarre donc sur du positif et pas sur du “je vais t’éclater nigga”.

Pourtant… cette foi en Dieu semble acceptable, mais à l’époque, Ice Cube vient de se convertir à l’Islam, qui n’est pas le Dieu le mieux vu chez les américains, en moyenne… L’islam est une foi contestataire, celle des Black Panthers et de Nation of Islam. Le sens du vers change donc, suivant que le public sait qu’Ice Cube parle d’Allah, ou qu’il l’ignore. Si il le sait, il sait que c’est drôle que les autres croient qu’Ice Cube parle du Dieu catholique.

On va le voir, la chanson va être narrative, et consister en un récit d’une journée banale d’un gangster, du lever au coucher. On assiste donc dès le premier vers au début de cette petite histoire.

Il est rare qu’une chanson de rap soit narrative, vraiment rare. La plupart du temps, les paroles rap sont un montage d’injures, d’agressions au public, de slogans, de courtes scènes, mais presque jamais toute une histoire. Cette chanson se distingue donc par ce choix ambitieux de participer à la culture narrative américaine sans se limiter à une écriture primitive sortie du ghetto illettré. Pour autant, cette chanson ne trahit pas sa culture par ce choix, vu qu’elle garde le gangster comme thème et personnage principal, Héros. Elle popularise cette figure avec des moyens connus du grand-public, car la chanson narrative, notamment la ballade – car on le verra c’en est une – est très répandue dans les autres genres, notamment le rock et la pop.

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Chanson Gangsta-rap
PDF, 135 pages

N.W.A – Fuck Tha Police

N.W.A – Fuck Tha Police, paroles, traduction et analyse

Chanson Gangsta-rap
PDF, 135 pages

Fuck Tha Police – Paroles et traduction

Intro

Right about now, N.W.A. court is in full effect

En cet instant précis, la cour des N.W.A. est en séance plénière

Judge Dre presiding

Le juge Dre préside

In the case of N.W.A. vs. the Police Department

Dans cette affaire qui oppose N.W.A. et le Département de Police

Prosecuting attorneys are MC Ren, Ice Cube

Les procureurs sont MC Ren, Ice Cube

And Eazy-motherfucking-E

Et Eazy le putain d’E

 

Order, order, order

Du calme, du calme, du calme

Ice Cube, take the motherfucking stand

Ice Cube, à la putain de sa mère de barre

Do you swear to tell the truth, the whole truth

Jurez-vous de dire la vérité, toute la vérité

And nothing but the truth to help your black ass?

Et rien que la vérité pour sauver ton cul noir?

Ice Cube : You goddamn right!

T’as grave raison !

Well won’t you tell everybody what the fuck you gotta say?

Eh bien vas-tu dire à tout le monde ce que t’as à dire ?

 

Couplet 1 – Ice Cube

Fuck the police coming straight from the underground

Nique la police, ça vient tout droit de l’underground

A young nigga got it bad cause I’m brown

Un jeune négro a encore morflé parce que je suis de couleur brune

And not the other color so police think

Et pas l’autre couleur donc la police pense

They have the authority to kill a minority

Avoir l’autorité de tuer une minorité

Fuck that shit, cause I ain’t the one

Nique cette connerie, passke chuis pas celui

For a punk motherfucker with a badge and a gun

Qui pour une tache de nique-sa-mère avec un badge et un flingue

To be beating on, and thrown in jail

Se fait frapper et jeter en geôle

We can go toe to toe in the middle of a cell

On peut se retrouver face-à-face au milieu d’une cellule

Fucking with me cause I’m a teenager

Déconner avec moi parce que je suis ado

With a little bit of gold and a pager

Avec un peu d’or et un pager

Searching my car, looking for the product

Fouillant ma voiture, cherchant le produit

Thinking every nigga is selling narcotics

Pensant que chaque négro vends des narcotiques

You’d rather see, me in the pen’ (penitentiary)

Tu préférerais me voir en taule

Than me and Lorenzo rolling in a Benz-o

Qu’au volant d’une Benz avec Lorenzo

Beat a police out of shape

Battre un agent de police en mauvaise forme

And when I’m finished, bring the yellow tape

Et quand j’ai fini, amène le scotch jaune

To tape off the scene of the slaughter

Pour enregistrer la scène du massacre

Still getting swoll off bread and water

Toujours enflé au pain et à l’eau

I don’t know if they fags or what

Je sais pas s’ils sont pédés ou quoi

Search a nigga down, and grabbing his nuts

Ils fouillent un nègre et lui attrappent les couilles

And on the other hand, without a gun they can’t get none

Et d’un autre côté, sans leur flingue ils attrappent rien

But don’t let it be a black and a white one

Mais faut pas qu’il y en ait un noir et un blanc

Cause they’ll slam ya down to the street top

Parce qu’ils vont te défoncer sur le trottoir

Black police showing out for the white cop

Policier noir à la rescousse pour le flic blanc

Ice Cube will swarm

Ice Cube va canarder

On any motherfucker in a blue uniform

Sur n’importe quel fils de pute en uniforme bleu

Just cause I’m from the CPT

Juste passke je suis du CPT

Punk police are afraid of me, huh

Ces taches de flics ont peur de moi, huh

A young nigga on the warpath

Un jeune négro sur le sentier de la guerre

And when I’m finished, it’s gonna be a bloodbath

Et quand j’aurai fini, ce sera un bain de sang

Of cops, dying in L.A

De flics, crevant à L.A.

Yo Dre, I got something to say

Ouais Dre, j’ai quelque chose à dire

 

Refrain

Fuck Tha Police

Nique la police

Fuck Tha Police

Fuck Tha Police

Fuck Tha Police

 

Interlude 1

Pull your god damn ass over right now

Ramène ton putain de cul ici tout de suite

Aww shit, now what the fuck you pullin me over for?

Oh merde, pourquoi tu me déranges ?

Cause I feel like it!

Parce que ça me chante !

Just sit your ass on the curb and shut the fuck up

Assieds-toi juste sur le banc et ferme ta gueule

Man, fuck this shit

Mec, nique cette merde

Aight, smartass, I’m taking your black ass to jail!

Ok, gros malin, j’envoie ton cul noir en prison !

MC Ren, will you please give your testimony

MC Ren, veux-tu bien donner ton témoignage

To the jury about this fucked up incident?

Au jury à propos de cet incident de merde ?

 

Couplet 2 – MC Ren

Fuck the police and Ren said it with authority

Nique la police, ça Ren l’a dit avec autorité

Because the niggas on the street is a majority

Parce que les négros dans la rue sont une majorité

A gang is with whoever I’m stepping

Un gang c’est n’importe qui avec qui je vais

And the motherfucking weapon is kept in

Et la putain d’arme est gardée à l’intérieur

A stash box, for the so-called law

D’une planque, contre la soi-disant loi

Wishing Ren was a nigga that they never saw

Qui voudrait que Ren soit un négro qu’on a jamais croisé

Lights start flashing behind me

Les lumières commencent à flasher derrière moi

But they’re scared of a nigga so they mace me to blind me

Mais ils ont peur d’un négro alors ils me matraquent pour m’aveugler

But that shit don’t work, I just laugh

Mais cette connerie marche pas, je rigole juste

Because it gives them a hint not to step in my path

Parce que ça leur indique de pas croiser mon chemin

For police, I’m saying, “Fuck you punk!”

A la police je dis “Je t’emmerde pauv’tache”

Reading my rights and shit, it’s all junk

Lisant mes droits à la con, c’est que de la daube

Pulling out a silly club, so you stand

Sortant un club stupide, et tu es là

With a fake-ass badge and a gun in your hand

Avec un badge de merde et un flingue à la main

But take off the gun so you can see what’s up

Mais enlève le flingue pour voir ce qui arrive

And we’ll go at it punk, and I’ma fuck you up!

Tu vas voir pauv’tache, j’vais t’défoncer !

Make you think I’mma kick your ass

Te faire penser que je vais te botter le cul

But drop your gat, and Ren’s gonna blast

Mais dégager ton flingue, et Ren va canarder

I’m sneaky as fuck when it comes to crime

Chuis sournois comme tout quand il s’agit de crime

But I’ma smoke them now and not next time

Mais j’vais les fumer maintenant et pas la prochaine fois

Smoke any motherfucker that sweats me

Fumer tous les fils de pute qui me font suer

Or any asshole that threatens me

Ou tous les trouducs qui me menacent

I’m a sniper with a hell of a scope

Chuis un sniper avec une envergure d’enfer

Taking out a cop or two, they can’t cope with me

Descendre un flic ou deux, y peuvent pas m’en empêcher

The motherfucking villain that’s mad

Le putain de vilain qu’est taré

With potential, to get bad as fuck

Au point de tourner complètement mauvais

So I’ma turn it around

Alors j’vais reformuler

Put in my clip, yo, and this is the sound

Mettre ça dans mon clip, ouais, et voilà le son

*deux sons de tir*

Yeah, something like that

Ouais, quelque chose comme ça

But it all depends on the size of the gat

Mais tout dépend de la taille du flingue

Taking out a police would make my day

Descendre un flic ferait ma journée

But a nigga like Ren don’t give a fuck to say

ça un négro comme Ren n’a pas peur de le dire

 

Refrain

Fuck Tha Police

Fuck Tha Police

Fuck Tha Police

Fuck Tha Police

 

Interlude 2

Yo man, what you need?

Ouais mec, qu’est-ce qu’il te faut ?

Police, open out!

Police, ouvrez !

Aww shit

Oh merde

We have a warrant for Eazy-E’s arrest

On a un mandat pour arrêter Eazy-E

Get down and put your hands up where I can see ‘em

Ventre à terre et haut-les-mains que je puisse les voir

(Move motherfucker, move now!)

Bouge fils de pute, bouge !

What the fuck did I do, man what did I do?

Qu’est-ce que j’ai fait putain, qu’est-ce que j’ai fait ?

Just shut the fuck up

Ferme-la

And get your motherfucking ass on the floor

Et pose ton putain de cul par terre

(You heard the man, shut the fuck up!)

Tu l’as entendu, ferme-la !

But I didn’t do shit

Mais j’ai rien fait

Man just shut the fuck up!

Mec ferme-la !

Eazy-E, won’t you step up to the stand

Eazy-E, voudriez-vous venir à la barre

And tell the jury how you feel about this bullshit?

Et dire au jury ce que vous pensez de toute cette connerie ?

 

Couplet 3 – Eazy-E

I’m tired of the motherfucking jacking

J’en ai marre du putain de vol à la tire

Sweating my gang, while I’m chilling in the shack, and

Exploitant mon gang, tranquille dans la cabane

Shining the light in my face, and for what?

A refléter la lumière dans ma face, et pourquoi ?

Maybe it’s because I kick so much butt

Ptet passke je botte pas mal de culs

I kick ass — or maybe cause I blast

Je défonce, ou ptet passke j’explose

On a stupid-ass nigga when I’m playing with the trigger

Un négro stupide quand je joue avec la gâchette

Of an Uzi or an AK

D’un uzi ou d’un AK

Cause the police always got something stupid to say

Passke la police trouve toujours une connerie à dire

They put out my picture with silence

Ils sortent ma photo en silence

Cause my identity by itself causes violence

Passke mon identité en soi cause des violences

The E with the criminal behavior

Le E au comportement criminel

Yeah, I’m a gangsta, but still I got flavor

Ouais, je suis un gangster, mais toujours savoureux

Without a gun and a badge, what do ya got?

Sans ton flingue et ton badge, toi qu’est-ce que tu as ?

A sucker in a uniform waiting to get shot

Un suceur en uniforme qui attend de se faire abattre

By me, or another nigga

Par moi, ou un autre négro

And with a gat it don’t matter if he’s smaller or bigger

Et avec un flingue peu importe qu’il soit plus grand ou plus petit

(MC Ren: Size don’t mean shit, he’s from the old school, fool)

La taille veut rien dire, il est de la vieille école, idiot

And as you all know, E’s here to rule

Et comme vous le savez tous, E est là pour gérer

Whenever I’m rolling, keep looking in the mirror

Tant que je roule, je regarde dans le rétro

And ears on cue, yo, so I can hear a

Tout ouïe, pour pouvoir entendre un

Dumb motherfucker with a gun

Crétin de fils de pute avec un flingue

And if I’m rolling off the 8, he’ll be the one

Et si je roule sur la 8è, ce sera lui

That I take out, and then get away

Que je buterai, avant de m’en aller

While I’m driving off laughing this is what I’ll say

Quand je roulerai loin d’ici en me marrant voici ce que je dirai

 

Refrain

Fuck Tha Police

Fuck Tha Police

Fuck Tha Police

Fuck Tha Police

 

Interlude 3

The verdict

Verdict

The jury has found you guilty of being a redneck

Le jury te déclare coupable d’être un péquenot de blanc

White bread, chickenshit motherfucker

Mie de pain, poulet de merde fils de pute

But wait, that’s a lie! That’s a god damn lie!

Attendez, c’est un mensonge ! C’est un bon Dieu de mensonge !

Get him out of here!

Sortez-le d’ici !

Get him the fuck out my face!

Sortez-le, loin de ma vue !

I want justice!

Je réclame justice !

Out, right now!

Dehors, tout de suite !

Fuck you, you black motherfuckers!

Allez vous faire foutre, bande de fils de pute noirs !

 

Refrain

Fuck Tha Police

Fuck Tha Police

Fuck Tha Police

Fuck Tha Police

 

Fuck Tha Police – Explication des paroles

Intro

Right about now, N.W.A. court is in full effect

En cet instant précis, la cour des N.W.A. est en séance plénière

Right now : now, maintenant, est ce qu’on appelle en linguistique un mot déïctique, c’est-à-dire un mot dont le sens change selon le contexte : “maintenant”, le moment précis du présent, change tout le temps, par exemple ce “now” de Dre de 1988 a maintenant 30 ans, ce n’est pas le maintenant de 2018.

Un avantage des déïctiques est qu’ils s’actualisent grâcieusement en fonction du public – et donc chaque fois qu’on écoute FUCK THA POLICE, leur maintenant d’il y a 30 ans c’est maintenant ! (ou le maintenant d’il ya 30 ans, 20 ans, 10 ans, ou ceux dans 10 ans, 20 ans, 30 ans.) Ce qui crée un effet de réalisme et un sentiment d’urgence : ça va se passer là sous nos yeux, right now. ça se passe en permanence parce que le présent reste toujours présent.

N.W.A. court : la cour des N.W.A., donc la cour de justice des négros stylés, par cette expression, les auteurs introduisent le thème de la chanson : il va s’agir pour le groupe de rap de se constituer en tribunal populaire pour juger l’institution la plus institutionnellement criminelle de tous les Etats : j’ai nommé cette vieille tortionnaire sadique et toujours de droite, la police !

 

 

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Chanson Gangsta-rap
PDF, 135 pages

Dr Dre ft Snoop Dogg – Still D.R.E. – Traduction et explication des paroles

Dr Dre ft Snoop Dogg – Still D.R.E. – Traduction et explication des paroles

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PDF, 135 pages

Still D.R.E. – Paroles et traduction


Toujours D.R.E.

Ou : Tranquille D.R.E

Intro – Snoop Dogg

Yeah nigga

Ouais négro

I’m still fucking with ya

Chuis encore venu te faire chier

Still waters run deep

Il faut se méfier de l’eau qui dort

Still Snoop Dogg and D-R-E, ‘99 nigga

Encore Snoop Dog et D-R-E 99 négro

Guess who’s back

Devine qui c’est

Still doing that shit huh Dre?

Tu fais toujours ton truc Dre ?

(Oh for sho’, check me out)

(Oh bien sûr, regarde ça)

 

Couplet 1 – Dr Dre

It’s still Dre Day nigga, AK nigga

C’est toujours le Jour de Dre négro, AK négro

Though I’ve grown a lot, can’t keep it home a lot

Même si j’ai bien évolué, je peux pas rester chez moi très longtemps

‘Cause when I frequent the spots that I’m known to rock

Passke quand je fréquente les coins où je suis connu pour tout déchirer

You hear the bass from the truck when I’m on the block

T’entends la basse depuis mon van quand je rôde autour du bloc

Ladies they pay homage, but haters say Dre fell off

Les demoiselles rendent hommage, mais les haters disent que Dre a chuté

How nigga? my last album was The Chronic (Nigga)

Comment ça négro ? Mon dernier album c’était La Chronique (négro)

They want to know if he still got it

Ils veulent savoir s’il est toujours inspiré

They say rap’s changed

Ils disent que le rap a changé

They wanna know how I feel about it

Ils veulent savoir comment je le ressens

(Snoop Dogg : If you ain’t up on thangs)

(Si t’es pas au courant)

Dr. Dre is the name

Dr Dre est le nom

I’m ahead of my game

Chuis au top de mon jeu

Still puffing my leaves

Fumant toujours mes feuilles

Still fuck with the beats, still not loving police

Torturant toujours les beats, n’aimant toujours pas les flics

Still rock my khakis with a cuff and a crease

Remuant toujours mon futal beige à revers et à pli

Still got love for the streets, reppin’ 213 (For life)

Toujours fidèle aux rues, représentant le 213

Still the beats bang, still doing my thang

Toujours les beats claquent, je fais toujours mon truc

Since I left ain’t too much changed, still

Depuis que je suis parti rien n’a changé

 

Refrain – Snoop Dogg + Dr Dre

Snoop Dogg : I’m representing for them gangstas all across the world

Je représente pour eux les gangstas du monde entier

Snoop Dogg : Still hitting them corners in them lo-lo’s, girl

Frappant toujours les coins dans leur lo-lo, fillette

Dr Dre : Still taking my time to perfect the beat

Prenant toujours mon temps pour parfaire le beat

Dr Dre : And I still got love for the streets, it’s the D-R-E

Et j’ai toujours de l’amour pour les rues, c’est le D-R-E

 

Couplet 2 – Dr Dre

Since the last time you heard from me I lost some friends

Depuis la dernière fois que t’as entendu parler de moi j’ai perdu des amis

Well, hell, me and Snoop, we dippin’ again

Merde, putain, moi et Snoop on se remet à la colle

Kept my ear to the streets, signed Eminem

J’ai laissé mon oreille traîner dans les rues, signé Eminem

He’s triple platinum, doing 50 a week

Il est triple platine, se fait 50 par semaine

Still, I stay close to the heat

Et pourtant, comme toujours, je reste près de là où c’est chaud

And even when I was close to defeat, I rose to my feet

Et même quand j’étais proche de la défaite, je me suis remis sur pieds

My life’s like a soundtrack I wrote to the beat

Ma vie est comme une piste que j’ai écrite en rythme

Treat rap like Cali weed, I smoke ‘til I sleep

Je traite le rap comme la beuh de Cali, je fume jusqu’à ce que je dorme

Wake up in the A.M., compose a beat

Je me lève de bon matin, compose un beat

I bring the fire til you’re soaking in your seat

J’attise le feu jusqu’à ce que tu mijotes sur ton siège

It’s not a fluke, it’s been tried, I’m the truth

C’est pas un hasard, c’est testé, je suis la vérité

Since Turn Out the Lights from the World Class Wreckin Cru

Depuis Eteins les lumières jusqu’à World Class Wreckin Cru

I’m still at it, after-mathematics

J’y suis toujours, after-mathematics

In the home of drive-bys and ak-matics

Au pays des drive-bys et des AK automatiques

Swap meets, sticky green, and bad traffic

Marchés aux puces, résineux, et mauvais traffic

I dip through then I get skin, D-R-E

Je plonge dedans ensuite j’ai la peau (????), D-R-E

 

Refrain – Snoop Dogg + Dr Dre

 

Couplet 3 – Dr Dre

It ain’t nothing but more hot shit

C’est rien qu’un peu plus de merde fumante

Another classic CD for y’all to vibe with

Un autre CD classique pour vous tous vibrer dessus

Whether you’re cooling on the corner with your fly bitch

Que tu prennes l’air au coin de ta rue avec ta garce cool

Laid back in the shack, play this track

Couchés en plein rencard, joue cette piste

I’m representing for the gangstas all across the world

Still (Hitting them corners on the lo-lo’s girl)

I’ll break your neck, damn near put your face in your lap

Je te briserai le cou, si tu t’approches protège ta face entre tes genoux

Niggas try to be the king but the ace is back
(So if you ain’t up on thangs)

Les négros veulent êtres rois, mais l’as est de retour

Dr. Dre be the name still running the game

Que Dr Dre soit le nom, règnant toujours sur le jeu

Still, got it wrapped like a mummy

Toujours, bien enveloppé comme une momie

Still ain’t tripping, love to see young blacks get money

Toujours sérieux dans mes affaires, j’adore voir de jeunes noirs faire du blé

Spend time out the hood, take they moms out the hood

Sortir du quartier, sortir leurs daronnes du quartier

Hit my boys off with jobs, no more living hard

Filer des jobs à mes jeunes, fini la vie dure

Barbeques every day, driving fancy cars

Barbecues tous les jours, conduisant des bagnoles stylées

Still gon’ get mine regardless

Je prendrai toujours mon dû quoiqu’il arrive

 

Refrain – Snoop Dogg + Dr Dre

 

Outro – Snoop Dogg

Right back up in ya mothafuckin’ ass, 9-5 plus four pennies!

Tout droit de retour dans ton cul de filsdep’, 9-5 plus 4 centimes !

Add that shit up, D-R-E right back up on top of thangs

Ajoute ce truc, D-R-E de retour au top de choses

Smoke some with your dog, no stress, no seeds, no stems, no sticks!

Fumes-en avec ton chien, pas de mauvaise came, pas de graines, pas de tiges, pas de branches !

Some of that real sticky icky icky, ooh wee!

De la bonne qui colle bien, oh oui !

Put it in the air, oh, you’s a fool DR

Élève-la dans les airs, oh, t’es un ouf DR

 

Dr Dre feat Snoop Dogg – Still D.R.E. (1999) – Explication des paroles

Intro – Snoop Dogg

Yeah nigga

Ouais négro

nigga : ce terme est devenu un marqueur de genre. Il n’y a que dans le hip-hop qu’on se désigne comme ça, en reprenant avec connivence une insulte raciste. C’est aussi devenu un tic d’écriture, avec le temps. Un enjeu profond consiste à dévitaliser le terme de tout contenu hostile, de sorte que “nigga” veuille finalement dire “man”.

I’m still fucking with ya

Chuis encore venu te faire chier

1ère occurrence du mot “still”, introduisant le titre, refrain et thème de la chanson.

Still waters run deep

Il faut se méfier de l’eau qui dort

Still waters run deep, les eaux calmes vont profond, est un proverbe.

2ème occurrence du mot “still”.

Still Snoop Dogg and D-R-E, ‘99 nigga

Encore Snoop Dog et D-R-E 99 négro

3ème occurrence du mot “still”.

Guess who’s back

Devine qui c’est

Cette question est posée par Snoop à Dre, mais on comprend qu’elle est aussi posée par Snoop et Dre au public.

Still doing that shit huh Dre?

Tu fais toujours ton truc Dre ?

4ème occurrence du mot “still”.

(Oh for sho’, check me out)

(Oh bien sûr, regarde ça)

Maintenant, c’est Dre le rappeur principal, introduit par Snoop. Dans les chansons de N.W.A., Dre avait justement ce rôle de présentateur, que prend déjà Snoop dans THE NEXT EPISODE.

 

Couplet 1 – Dr Dre

It’s still Dre Day nigga, AK nigga

C’est toujours le Jour de Dre négro, AK négro

DRE DAY : chanson diffamatoire (diss-song) écrite par Dre contre Eazy-E, auquel Eazy avait répondu par REAL MUTHAPHUCKKIN G’S.

AK : c’est la Kalashnikov automatique qui est devenue mythique dans le rap, et c’est aussi un marqueur de genre qui sonne “authentique”. (Pourtant, ça coûte pas cher pour un rappeur en carton de se payer des kalash en rafales, genre regardez, moi j’en ai quatre : AK-AK-AK-AK. ça n’empêchera pas Booba d’en faire le titre d’un de ses tubes.)

Though I’ve grown a lot, can’t keep it home a lot

Même si j’ai bien évolué, je peux pas rester chez moi très longtemps

I’ve grown a lot : starisé depuis 1988, Dr Dre a accumulé du vécu dans ces années 1988-1989, il a connu des hauts et des bas, de grands  succès, et aussi quelques tragédies comme la mort d’amis et de collègues, il en reparlera plus loin.

can’t keep it home a lot : l’expression semble polysémique, grâce au “it” qui peut désigner :

  • le Dre Day, qui a un double sens, c’est le jour d’honneur de Dre, et un jour de cauchemar pour ses ennemis : ce jour, Dre ne peut pas le garder pour lui tout seul
  • l’AK qui vient d’être cité : Dre ne va pas le garder chez lui, c’est fait pour servir…
  • ou encore, le “it” désigne plutôt un sentiment qui n’a pas été nommé, mais qui est dans l’air, et que le chanteur passe sous silence par pudeur : ça pourrait être sa douleur et son chagrin, et aussi sa fierté, de venir de ce monde violent et d’avoir réussi : ça, Dr Dre ne va pas le garder pour lui, il va le partager – dans ce morceau.

’Cause when I frequent the spots that I’m known to rock

Passke quand je fréquente les coins où je suis connu pour tout déchirer

Ce vers enchaîne logiquement : vu qu’il peut pas rester chez lui, il sort, il fréquente des coins. Ce mouvement est cohérent avec le thème de la chanson : c’est Dr Dre qui parle de lui-même, qui se montre, qui s’affirme. Donc symboliquement, il sort de chez lui, de sa conscience, pour se montrer, et puisqu’il est musicien, c’est par la musique qu’il se montre.

You hear the bass from the truck when I’m on the block

T’entends la basse depuis mon van quand je rôde autour du bloc

Ce vers n’a pas vraiment un double sens, mais plutôt il joue deux fois : il continue simplement cette scène où Dre est sorti de chez lui faire écouter sa musique, on est donc dans une scène fictive à valeur symbolique, mais par ailleurs, plus concrètement cette phrase prend un sens dans le contexte de son audition par le public, puisque dès qu’on entend cette chanson, on entend la basse. Si le public écoute ça depuis une voiture dans un ghetto, l’effet est encore plus réaliste.

when I’m on the block : l’expression est connotée, ces “blocks” peuvent désigner les grands immeubles pleins de pauvres de type HLM, un type d’habitat que Dr Dre a en réalité quitté depuis longtemps, mais l’expression américaine “to be on the block” signifie “être à vendre”, souvent aux enchères. Donc, tu entends sa basse quand il visite ton quartier de merde, ou quand il vend ses albums.

Ladies they pay homage, but haters say Dre fell off

Les demoiselles rendent hommage, mais les haters disent que Dre a chuté

Il donne une certaine image des réactions de son public : les demoiselles lui rendraient hommage – vantardise macho – mais il aurait des ennemis qui le calomnieraient – peut-être par jalousie.

How nigga? my last album was The Chronic (Nigga)

Comment ça négro ? Mon dernier album c’était La Chronique (négro)

nigga : ces haters sont donc des nigga. Peut-être des rivaux du milieu du rap ?

THE CHRONIC : album de Dr Dre de 1992, best-seller du rap.

Dr Dre se sert du prestige de cet album légendaire comme argument d’autorité, tout en reconnaissant implicitement qu’il n’en a pas sorti d’autre depuis.

They want to know if he still got it

Ils veulent savoir s’il est toujours inspiré

They : on ne sait pas qui c’est au juste – sans doute les haters, ou plus généralement tous ceux qui ne l’aimeraient pas.

They say rap’s changed

Ils disent que le rap a changé

On ne sait pas trop ce qu’”ils” veulent dire, en affirmant que le rap a changé : en bien, en mal ? Sont-ils satisfaits de ces changements, ou sceptiques ?

They wanna know how I feel about it

Ils veulent savoir comment je le ressens

C’est une manière de faire remarquer : c’est MOI qu’ils consultent à ce sujet, c’est MOI qu’ils considèrent comme une autorité dont l’avis importe. C’est habile de la part de Dre, de mettre un tel compliment dans la bouche de ses détracteurs.

(Snoop Dogg : If you ain’t up on thangs)

(Si t’es pas au courant)

Cette intervention ironique de Snoop Dogg fait peut-être discrètement allusion au tube de Dre, NUTHIN BUT A G-THANG.

Dr. Dre is the name

Dr Dre est le nom

Allusion à des paroles de Snoop Dog : ”If you ain’t up on Thangs, Snoop Dogg is the name, Dogg Pound’s the game”)

Ce vers répond aux inquiétudes précédentes. Avant, Dre résumait le scepticisme de ses ennemis. Après, il n’écoute plus, il s’affirme comme le roi du rap, le voilà son avis !

I’m ahead of my game

Chuis au top de mon jeu

The game, c’est ainsi qu’on désigne le monde du rap et ses enjeux, comme si c’était un jeu auquel les artistes veulent gagner. Ici ce n’est même pas le game, c’est le game de Dre, pas touche !

Still puffing my leaves

Fumant toujours mes feuilles

On devine qu’il ne fume pas que des marronniers. Il fume des feuilles qui font pouffer.

Still fuck with the beats, still not loving police

Torturant toujours les beats, n’aimant toujours pas les flics

C’est joli comme expression pour dire qu’on fait de la musique, “baiser avec les rythmes”.

Not loving police : allusion au tube de N.W.A. FUCK THA POLICE.

Still rock my khakis with a cuff and a crease

Remuant toujours mon futal beige à revers et à pli

Ces “khakis” sont mentionnés dans d’innombrables paroles de rap américain. C’est le vêtement de pauvre que diffusait l’industrie textile américaine dans les années 80.

Still got love for the streets, reppin’ 213 (For life)

Toujours fidèle aux rues, représentant le 213

213 : code postal d’une bonne partie du comté de L.A., et nom du groupe 213 formé par Nate Dogg, Warren G et Snoop Dogg.

Still got love for the streets : allusion au tube de Dr Dre et Tupac, CALIFORNIA LOVE, où ils envoyaient de l’amour à toute la Californie.

Still the beats bang, still doing my thang

Toujours les beats claquent, je fais toujours mon truc

Still doing my thang : allusion au tube de Dre, NUTHIN BUT A G-THANG.

Since I left ain’t too much changed, still

Depuis que je suis parti rien n’a changé

Ce vers confirme que tout ce qui précède était la réponse à “they say rap changed, they want to know how I feel about it” : Dre conclut que non, rien n’a changé, puisqu’il est toujours au sommet de son art. C’est une réponse volontairement fière et arrogante !

 

Refrain – Snoop Dogg + Dr Dre

Snoop Dogg : I’m representing for them gangstas all across the world

Je représente pour eux les gangstas du monde entier

Ce refrain très clair marque la volonté des auteurs de surfer sur la vague du gangsta-rap et d’être reconnus comme les rois du genre. Pour gagner cette place, il suffit de la prendre !

Snoop Dogg : Still hitting them corners in them lo-lo’s, girl

Frappant toujours les coins dans leur lo-lo, fillette

Corners : les coins de rue aux USA sont aussi des coins de deal.

Lo-lo : des voitures low-riders, modifiées pour rebondir – comme les voitures dans le clip de STILL D-R-E !

Le vers signifie donc : frappant toujours les coins de rue dans leur voiture fantaisie.

Dr Dre : Still taking my time to perfect the beat

Prenant toujours mon temps pour parfaire le beat

Dre reprend sur le thème précédent de son excellence artistique, et se revendique beat-maker, ce qui est vrai, c’est connu pour être sa spécialité dans ses collaborations, plus que ses performances vocales ou ses textes, qui sont corrects mais ne sont pas les meilleurs.

L’histoire depuis 1999 a montré que Dre prenait vraiment son temps pour parfaire ses rythmes. De 1988 au moment de l’écriture de ce livre en 2018, Dre n’a publié que 3 albums. Par contre, il a collaboré à des dizaines d’albums à succès d’autres auteurs, en tant que producteur et musicien, parfois aussi chanteur.

Dr Dre : And I still got love for the streets, it’s the D-R-E

Et j’ai toujours de l’amour pour les rues, c’est le D-R-E

Ce vers confirme le tournant pris avec CALIFORNIA LOVE, d’envoyer de l’amour, notamment au ghetto, plutôt que de la haine. N.W.A., c’était la haine du ghetto exprimée à la face du monde blanc. Mais CALIFORNIA LOVE, c’était l’amour des rappeurs riches envers leurs origines, la Californie et la vie. Dre est resté sur cette deuxième voie, plus hédoniste, plus optimiste, plus heureuse (et il a bien fait, puisqu’il a survécu et volé de succès en succès).

 

Couplet 2 – Dr Dre

Since the last time you heard from me I lost some friends

Depuis la dernière fois que t’as entendu parler de moi j’ai perdu des amis

C’est le deuxième couplet solo de Dre, et il chantera aussi le troisième. Cela confirme qu’il s’agit d’une chanson personnelle, où le thème est l’auteur lui-même. On retrouve la même logique de “l’oeuvre est la signature” que dans les graffitis verbaux de Snoop Dogg dans THE NEXT EPISODE.

I lost some friends : cette phrase est tragiquement et doublement vraie. Dr Dre a perdu :

D’anciens amis et collaborateurs ou collègues, comme Eazy (du SIDA), Ice Cube (qui a quitté N.W.A. très énervé suite à des conflits d’argent), Tupac et Notorious B.I.G. (assassinés) ou encore Suge Knight (Dre a fini par quitter leur label Death Row, avant que Suge Knight soit condamné à 9 ans de prison). Cette hécatombe des stars du rap a probablement mis pas mal de monde en crise dans les milieux hip-hop, entraînant une prise de conscience collective, leurs amis, leurs fans, se sont demandé quel sens avaient ces morts précoces.

Et probablement aussi des jaloux, des envieux, des radicaux en désaccord avec ses choix artistiques (cambrioler la musique mainstream, devenir riche en vendant le rap).

Well, hell, me and Snoop, we dippin’ again

Merde, putain, moi et Snoop on se remet à la colle

Joli jeu de sonorités avec les répétitions well, hell puis again, 3 mots qui riment sur 10 syllabes, et me et we, qui riment aussi. ça fait que la moitié des syllabes du vers sont des échos les uns des autres, et c’est agréable à entendre.

Il vient de signaler qu’il a perdu des amis : par ce vers, il montre qu’il a su s’en trouver des nouveaux, et pas n’importe qui.

Kept my ear to the streets, signed Eminem

J’ai laissé mon oreille traîner dans les rues, signé Eminem

Par là, il se montre cohérent avec son propos dans le refrain : il a de l’amour pour les rues, il les écoute, il promeut leur musique.

Eminem : voilà, un de ces nouveaux amis, qui émerge grâce à lui justement en 1999 après 1 an de collaboration sur THE SLIM SHADY LP.

He’s triple platinum, doing 50 a week

Il est triple platine, se fait 50 par semaine

He’s triple platinum : déjà, notez le caractère affirmatif de ces mots, il EST, formulation essentialiste qui fait comme si Eminem était totalement décrit en tant qu’être par l’expressiontriple platinum”. C’est fait pour sonner fort.

Triple platinum : dans l’industrie du disque et aux Etats-Unis, un disque de platine certifie la vente d’1 million d’albums – ce qui vaut deux disques d’or. Triple platine, c’est trois millions.

Doing 50 a week : on ne peut pas tellement deviner quelle est l’unité de ce chiffre, 50 quoi ? 50 mille, 50 millions, de dollars ou de ventes, les chiffres font juste rêver, il ne nous les donne pas, il frime en gardant ses infos confidentielles.

Still, I stay close to the heat

Et pourtant, comme toujours, je reste près de là où c’est chaud

Donc, on décode : il ne se laisse pas éloigner de la chaleur par le succès, et la chaleur c’est celle des rues.

And even when I was close to defeat, I rose to my feet

Et même quand j’étais proche de la défaite, je me suis remis sur pieds

Cet aveu de faiblesse est touchant dans la bouche d’un macho arrogant et fier de lui.

On ne sait pas quelle partie de la vie de Dre cela évoque, lui seul le sait, il se dévoile donc tout en conservant sa pudeur, il ne donne aucun détail précis sur ces moments où il a pu être proche de la défaite. Peut-être ceux où il a perdu ses amis, Eazy-E, Tupac ?

My life’s like a soundtrack I wrote to the beat

Ma vie est comme une piste que j’ai écrite en rythme

Belle comparaison, stylée et appropriée.

Dre continue de se caractériser comme beatmaker, il va encore le redire dans deux vers.

Treat rap like Cali weed, I smoke ‘til I sleep

Je traite le rap comme la beuh de Cali, je fume jusqu’à ce que je dorme

Encore une jolie métaphore : il fume le rap comme de la beuh jusqu’à ce qu’il dorme, et fumer, en anglais comme en français, a le double sens de fumer du tabac, ou fumer qu’lqu’un, le tuer. Donc, en fumant sa beuh à longueur de journée il fait aussi du rap qui tue, voilà ce qu’il veut dire.

Comparez avec ce qu’on aurait pu écrire pour donner exactement la même information : “Je fume du cannabis du matin au soir. Je fais du rap du matin au soir”. On remarque que c’est beaucoup mieux formulé sous forme de métaphore drôle et vivante ! Donc, quand vous voyez des vers super chiants écrits très platement comme ce que je viens d’écrire, pensez à les remplacer par des métaphores malines, compactes, intenses, spectaculaires. C’est pas grave si vous n’avez pas grand-chose à dire, tout est dans le style !

Wake up in the A.M., compose a beat

Je me lève de bon matin, compose un beat

L’évocation précédente du style de vie de Dre se poursuit sur un mode narratif. C’est assez rare pour être remarqué : en général les paroles de rap affirment tout un tas de choses, et enchaînent par des liens plus ou moins logiques, sur un mode discursif.

Ce micro-récit illustre le fait que Dre est un vrai musicien professionnel, totalement impliqué dans son art.

Il y a une provocation implicite dans le fait qu’il affirme à la fois être un fumeur quotidien de cannabis, et un travailleur. Cette double affirmation contredit les clichés répressifs du grand-public ignare, pour qui fumeur = branleur, alors même que ce grand-public adore et estime les oeuvres de nombreux artistes drogués. On peut être fumeur et se lever de bonne heure pour bien bosser. Et si ça te plaît pas, c’est pareil, flic.

I bring the fire til you’re soaking in your seat

J’attise le feu jusqu’à ce que tu mijotes sur ton siège

I bring the fire se traduit littéralement par “j’apporte le feu”, ce qui fait penser à la fois au vieux mythe grec de Prométhée qui apporta le feu à l’humanité, ou de manière moins noble à un criminel pyromane, comme lors des émeutes de L.A. où de nombreux magasins et voitures furent brûlés, ou encore au fait que Dre, fumeur, allume des joints à longueur de journée.

Les deux vers veulent dire : ”je fais de la musique chez moi et ça arrive très vite vers toi, public, direct du producteur au consommateur”, et aussi ”la musique est comme de la cuisine, je suis le cuisinier et toi public tu es le plat cuisiné”.

It’s not a fluke, it’s been tried, I’m the truth

C’est pas un hasard, c’est testé, je suis la vérité

Nouvelle affirmation de suprématie arrogante, faite pour s’imposer.

Since Turn Out the Lights from the World Class Wreckin Cru

Depuis Eteins les lumières jusqu’à World Class Wreckin Cru

Turn out The Lights : chanson de World Class Wrecking Cru.

World Class Wreckin Cru : c’est le nom du premier groupe auquel ait appartenu Dre, celui sur lequel Dre a un style féminin sur la pochette d’album, qui a fait jaser Eazy-E.

En mentionnant ce groupe d’avant son engagement dans le rap, Dr Dre assume un héritage artistique dont d’autres rappeurs comme Eazy-E se sont moqués, le traitant notamment de gay.

I’m still at it, after-mathematics

J’y suis toujours, after-mathematics

Allusion à Aftermath, le label de Dre, après son départ de son label Death Row.

Le vers signifie donc : c’est mathématique, c’est logique, j’y suis toujours parce que c’est ma nature – et par ailleurs je vous présente mon nouveau label Aftermath 🙂 celui qui produit la nouvelle star rap du moment, Eminem – c’est donc aussi un clin d’oeil aux commerciaux du monde de la musique, qu’ils sachent qui demander s’ils veulent du bon rap…

In the home of drive-bys and ak-matics

Au pays des drive-bys et des AK automatiques

Ce “home”, c’est le “home” de Dr Dre, la Californie, et par extension les Etats-Unis, civilisation des voitures et des armes en vente libre.

Swap meets, sticky green, and bad traffic

Marchés aux puces, résineux, et mauvais traffic

Ces marchés aux puces sont un signe de misère, c’est une forme populaire d’organisation économique ; ces sticky green, les verts collants, font allusion au cannabis, plante fortement résineuse dont la sève colle, mais également aux billets verts qui collent aux doigts quand on veut les accaparer ; ces bad traffic, ce sont à la fois les trafics délinquants, de drogues, d’armes, de marchandises volées, de contrefaçon, et le mauvais trafic automobile, légendaire et habituel en Californie.

I dip through then I get skin, D-R-E

Je plonge dedans ensuite j’ai la peau (????), D-R-E

Ce vers est obscur, je n’ai pas réussi à le comprendre, désolé 🙂 Il semble évoquer quelqu’un qui mange un plat au poulet, il plonge sa main dedans mais ne chope que la peau – sauf que cela serait une métaphore, il plongerait “dans ce monde des marchés aux puces, des trafics et des embouteillages”, et il obtiendrait… la peau ?

 

Refrain – Snoop Dogg + Dr Dre

 

Couplet 3 – Dr Dre

It ain’t nothing but more hot shit

C’est rien qu’un peu plus de merde fumante

Formulation provocante et à double sens, puisque le sens littéral n’est pas pertinent sauf en tant qu’image provocatrice (faire exprès de mal parler), c’est le sens métaphorique qui s’active : de la hot shit, en argot américain, c’est un super truc…

Another classic CD for y’all to vibe with

Un autre CD classique pour vous tous vibrer dessus

Ce vers explicite le sens du précédent, et continue sur le thème de Dre comme roi du rap.

Whether you’re cooling on the corner with your fly bitch

Que tu prennes l’air au coin de ta rue avec ta garce cool

L’artiste définit son public, ce qui prépare la prochaine reprise du refrain, où il “représente les gangsters”.

Laid back in the shack, play this track

Couchés en plein rencard, joue cette piste

Il reprend le procédé d’actualisation du contenu du morceau dans le contexte du public.

C’est auto-référentiel, dès le moment de l’écriture ou de sa diffusion la chanson évoque les moments où elle sera écoutée, reçue, comme si elle était consciente d’elle-même.

I’m representing for the gangstas all across the world

Still (Hitting them corners on the lo-lo’s girl)

Joli effet où le refrain se retrouve cité au coeur même du couplet, soulignant le duo parfait que Dre forme avec Snoop.

I’ll break your neck, damn near put your face in your lap

Je te briserai le cou, si tu t’approches protège ta face entre tes genoux

Après la coolitude et la blague, cette soudaine agression verbale choque le public et authentifie le côté Bad boy du rappeur, et prépare le vers suivant qui en tire la conclusion en quelque sorte.

Niggas try to be the king but the ace is back
(So if you ain’t up on thangs)

Les négros veulent êtres rois, mais l’as est de retour

Encore un vers d’auto-affirmation arrogante, symbole de l’empowerment afro-américain. (Michael Jackson, “King of Pop”, Prince, soudain héritier d’on ne sait quel royaume imaginaire…)

Ces niggas sont les autres rappeurs, c’est un grand classique des paroles rap d’aller provoquer tous les autres. Eminem par exemple les chambrera avec son “rappers look at me hungry”, les rappeurs me regardent affamés.

La jolie métaphore est empruntée à un monde connoté assez voyou : les joueurs de carte, notamment le poker, où l’as est la carte la plus forte, plus forte que le roi.

Dr. Dre be the name still running the game

Que Dr Dre soit le nom, règnant toujours sur le jeu

Dr. Dre be the name : cette formule d’un niveau de langage élevé est empruntée aux cérémonies religieuses (baptême), et contraste avec le contexte argotique.

Le vers fait penser au film LE PARRAIN, où une longue scène d’anthologie montre le baptême d’un bébé, futur Parrain, simultanément au meutre de divers ennemis du Parrain actuel, mêlant une cérémonie grandiose en latin et un massacre violent.

Still, got it wrapped like a mummy

Toujours, bien enveloppé comme une momie

Joli jeu de mots sur l’expression “got it wrapped”, littéralement je l’ai enroulé, et qui signifie “c’est fait”. Il veut dire que c’est si bien enveloppé (fait) que sa musique ressemble à une momie – et implicitement, les momies étant d’abord des pharaons égyptiens, cela confirme la stature plus que royale de Dre.

Still ain’t tripping, love to see young blacks get money

Toujours sérieux dans mes affaires, j’adore voir de jeunes noirs faire du blé

Still ain’t tripping, cela signifie qu’il délire toujours pas, c’est ce qu’on dit en anglais familier pour dire qu’on est sérieux.

Love to see young blacks get money : Dre résume là quelque chose qui sera vraiment une caractéristique de sa vie : il aura contribué à enrichir de nombreux musiciens noirs par la musique, et il en est fier.

Spend time out the hood, take they moms out the hood

Sortir du quartier, sortir leurs daronnes du quartier

Il continue à se féliciter de l’empowerment de ses amis, enfin sortis de la misère grâce à lui.

Hit my boys off with jobs, no more living hard

Filer des jobs à mes jeunes, fini la vie dure

My boys : cette expression confère à Dre un côté paternel.

Barbeques every day, driving fancy cars

Barbecues tous les jours, conduisant des bagnoles stylées

On retrouve la sorte de Dolce vita, de “Thug Life” californienne facile et agréable déjà vantée dans CALIFORNIA LOVE et dans THE NEXT EPISODE.

Tout ce passage, où Dre se vante en tant que philanthrope des ghettos afro-américains, illustre le fait que “Dre be the name still running the game”.

Still gon’ get mine regardless

Je prendrai toujours mon dû quoiqu’il arrive

Le sens du vers n’est pas évident, car il est difficile d’identifier à quoi se réfère ce “mine”.

 

Refrain – Snoop Dogg + Dr Dre

 

Outro: Snoop Dogg

Right back up in ya mothafuckin’ ass, 9-5 plus four pennies!

Tout droit de retour dans ton cul de filsdep’, 9-5 plus 4 centimes !

Enigme ! 95+4 = 99, l’année de sortie de ce morceau.

Mothafuckin’ ass : bon, si tu dis pas de saletés dans une chanson rap, t’es pas crédible.

Add that shit up, D-R-E right back up on top of thangs

Ajoute ce truc, D-R-E de retour au top de choses

Nouvelle allusion à la chanson NOTHIN’ BUT A G-THANG, et confirmation des prétentions de Dre en tant que roi, maître du jeu.

Smoke some with your dog, no stress, no seeds, no stems, no sticks!

Fumes-en avec ton chien, pas de mauvaise came, pas de graines, pas de tiges, pas de branches !

C’est du Snoop tout craché, car c’est rempli d’ambiguïtés et de double sens, tu le prends comme tu veux…

Smoke some : fume cette herbe, et consomme cette musique, les deux à la fois !

With your dog : avec qui tu veux, ton chien s’il est fumeur (c’est donc une vanne), ou aussi ton chien préféré : Snoop Dogg !

No stress : le grand-public va croire qu’il recommande, très cool, de se relaxer ? oui.. mais pour les connaisseurs du cannabis, le même mot désigne une herbe de mauvaise qualité, genre celle que fume ta grand-mère, et Snoop, consommateur exigeant, n’en veut pas, donc si t’as pas de la bonne remballe ta came !

Some of that real sticky icky icky, ooh wee!

De la bonne qui colle bien, oh oui !

Là, ça désigne clairement de la beuh, si elle est bien collante ça veut dire qu’elle a beaucoup de résine, et c’est justement dans cet résine qu’est le principe actif du cannabis, ce THC qui fait planer, et qui fait parler français.

Ooh wee : c’est manifestement une parodie, par un américain, d’une exclamation à la bourgeoise parisienne : Tu aimes cette tarte aux pommes ? Oh oui ! Pour les américains, surtout des ghettos, Paris, c’est le luxe. C’est clair qu’à la télé américaine on voit plutôt Chanel que les clochards.

Put it in the air, oh, you’s a fool DR

Elève-la dans les airs, oh, t’es un ouf DR

La phrase Put it in the air est mythique dans les clubs, en général ça veut dire mettez vos mains en l’air, c’est un encouragement à s’amuser, quand c’est pas un hold-up. Mais là de manière plaisante, le “it” n’est pas tes bras, ni ta bite, mais ta fumée. Monte-la bien haut.

You’s a fool : Snoop est tout simplement en train de se foutre de la gueule du public américain, en finissant sur une faute énorme, cette conjugaison volontairement ratée, causant le suicide instantané de tous ses anciens profs d’anglais. You is, c’est l’atrocité de base en anglais, on dit forcément you are, sauf les rappeurs, qui pratiquent un anti-langage, ou si t’es pas content tu la fermes. On verra plus tard Kendrick Lamar s’amuser fréquemment à faire son rappeur illettré limite débile dans des chansons pourtant bien rusées.

 

Synthèse

STILL est une chanson construite sur peu de chose : la revendication du chanteur d’être toujours là, toujours le même, toujours au top.

Sur ce thème, mince mais idéologiquement important dans le rap (affirmation de valeur de la part d’artistes venus de populations dévalorisées ; black pride, fierté noire), les auteurs réussissent à broder un plan discursif relativement clair :

  • Intro : Snoop annonce le thèmestill”, et présente Dre.
  • Couplet 1 : Dre évoque ses critiques, et les contredit en affirmant qu’il est toujours là, fidèle à lui-même, à ses origines, son style vestimentaire, son public, grand artiste du rap.
  • Refrain :  Snoop et Dre confirment que Dre est le meilleur rappeur du monde.
  • Couplet 2 : Dre fait le bilan de sa carrière, et trouve qu’il a évolué de manière très positive. Il est donc le même, mais en mieux.
  • Refrain : Snoop et Dre sont toujours d’accord.
  • Couplet 3 : Dre affirme sa fierté d’avoir réussi et d’avoir contribué à enrichir d’autres afro-américains.
  • Outro : Snoop recommande de fumer, comme pour fêter le succès de Dre.

Le motstill” lui-même est présent partout et fait comme un canevas ou un fil rouge :

  • Intro : 4 fois.
  • Couplet 1 : 6 fois.
  • Refrain :  3 fois.
  • Couplet 2 : 2 fois.
  • Refrain : 3 fois.
  • Couplet 3 : 4 fois.

Ce qui nous fait un total de 22 répétitions du motstill”.

Pourtant ces répétitions s’enrichissent de nuances, car ce mot est polysémique : il veut à la fois dire “toujours”, dans le sens de “I’m still here”, “je suis toujours là”, et “tranquille”, dans le sens de calme, immobile, solide, voire inamovible – on dit par exemple “to stand still”, tenir bien droit. De sorte que tout au long de la chanson, un sens ou l’autre ou les deux s’activent :

  • Still doing that shit huh Dre?
  • Still ain’t tripping, love to see young blacks get money
  • Still, taking my time to perfect the beat

Toujours en pole position dans le grand jeu du rap, des premiers tubes de N.W.A. à ses tubes de 1999, Dre a confirmé par la suite de sa carrière cette position de choix, on le retrouvera notamment dans nos analyses de chansons d’Eminem, 50 Cent et Kendrick Lamar, Dre restera effectivement le “père du rap”.

Chanson Gangsta-rap
PDF, 135 pages

Tupac & Dr Dre – California Love – Le gangsta-rap se tape Cali

Tupac & Dr Dre – California Love – Traduction et explication des paroles

Chanson Gangsta-rap
PDF, 135 pages

California Love – Paroles et traduction

Refrain

California, knows how to party

La Californie, sait faire la fête

California, knows how to party

La Californie, sait faire la fête

In the city of L.A.

Dans la ville de L.A.

In the city of good ol’ Watts

Dans la bonne vieille ville de Watts

In the city, the city of Compton

Dans la ville, la ville de Compton

We keep it rockin’, we keep it rockin’

On continue de balancer

 

Couplet 1 – Dr Dre

Now let me welcome everybody to the Wild, Wild West

Maintenant permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue dans l’ouest sauvage, sauvage

A state that’s untouchable like Elliot Ness

Un Etat intouchable comme Elliot Ness

The track hits ya eardrum like a slug to ya chest

La piste frappe ton oreille comme une balle sur ton torse

Pack a vest for your Jimmy in the city of sex

Prends un gilet pare-balles pour ton Popaul dans la cité du sexe

We in that sunshine state with a bomb ass hemp beat

Nous dans ce soleil on gère avec une bombe de beat bien défoncé

The state where ya never find a dance floor empty

L’Etat où tu trouves jamais un dancefloor vide

And pimps be on a mission for them greens

Et les proxos sont à la chasse aux billets verts

Lean mean money-makin-machines serving fiends

Appuyer sur ces méchantes machines à fric servant des monstres

I been in the game for ten years making rap tunes

ça fait dix ans que je suis dans le game à faire des tubes rap

Ever since honeys was wearing Sassoon

Déjà quand les chéries portaient des coupes Sassoon

Now it’s ‘95 and they clock me and watch me

Maintenant c’est 95 et ils me mesurent et me regardent

Diamonds shinin’, lookin’ like I robbed Liberace

Diamants brillants, on dirait que j’ai braqué Liberace

It’s all good, from Diego to the Bay

C’est tout bon, de Diego à la Baie

Your city is the bomb if your city making pay

Ta ville c’est de la bombe si ta ville te paie

Throw up a finger if ya feel the same way

Mets un doigt en l’air si tu penses la même chose

Dre putting it down for Californ-i-a Yeah

Dre représente pour la Californie ouais !

 

Refrain

California (California) knows how to party (knows how to party)

California (west coast) knows how to party (yes they do)(that’s right)

In the city of L.A. (city of L.A.)

In the city of good ol’ Watts (good ol’ Watts)

In the city, the city of Compton (city of Compton)

We keep it rockin! We keep it rockin’ (come on, come on, come on)

Shake it shake it baby

Shake it shake it, shake it baby

Shake it shake it mama

Shake it Cali

Shake it shake it baby (that’s right, uh)

Shake it shake it baby baby, shake it shake it mama, shake it Cali

 

Couplet 2 – Tupac

Out on bail fresh outta jail, California dreaming

Relâché sous caution, fraîchement sorti de prison, rêve californien

Soon as I stepped on the scene, I’m hearing hoochies screamin

Dès que je monte sur la scène, j’entends les groupies hurler

Fiendin for money and alcohol

Obsédées par le fric et l’alcool

The life of a west side player where cowards die

La vie d’un flambeur de l’ouest où les lâches meurent

And its all war

Et où c’est la guerre généralisée

Only in Cali where we riot not rally to live and die

Juste à Cali où on fait des émeutes plus que des manifs, vivre et mourir

In L.A. we wearing Chucks not Ballys (that’s right, uh)

A L.A. on porte des Chucks pas des Bally (c’est vrai, uh)

Dressed in Locs and khaki suits and ride is what we do

Fringué en Locs et costumes beige et frimer au volant c’est ce qu’on fait

Flossing but have caution we collide with other crews

Mais fais gaffe on se collisionne avec d’autres crews

Famous ‘cause we program worldwide

Célèbres parce qu’on programme mondialement

Let’em recognize from Long Beach to Rosecrans

Laisse-les se rendre compte de Long Beach à Rosecrans

Bumping and grinding like a slow jam, it’s west side

Bondissant et grinçant, comme un embouteillage lent, c’est tout l’ouest

So you know the row won’t bow down to no man

Alors tu sais le couloir va plier devant personne

Say what you say

Dis ce que tu veux

But give me that bomb beat from Dre

Mais passe-moi cette bombe de beat de Dre

Let me serenade the streets of L.A.

Laisse-moi sérénader les rues d’L.A.

From Oakland to Sactown

D’Oakland à Sactown

The Bay Area and back down

La région de la baie et retour

Cali is where they put their mack down, give-me love !

Cali c’est là qu’ils posent leurs flingues, donne-moi de l’amour !

 

Refrain

California (California) knows how to party

California, knows how to party (come on baby)

In the city (south-central) of L.A. (L.A.)

In the city of good ol’ Watts (uh, that’s right)

In the city, the city of Compton (yup, yup)

We keep it rocking! We keep it rocking (yeah, yeah now make it shake, c’mon)

Shake it shake it baby (uh)

Shake it shake it, shake it baby (yeah)

Shake it shake it mama

Shake it Cali (shake it Cali)

Shake it shake it baby (shake it Cali)

Shake it shake it, shake it shake it mama (west-coast) shake it Cali

 

Outro – Dr Dre / Tupac

Uh, yeah, uh, Long Beach in the house, uh yeah

Uh, ouais, uh, Long Beach dans la place, uh, ouais

Oaktown, Oakland definitely in the house

Oaktown, Oakland sont dans la place

Frisko, Frisko

San Francisco

Hey, you know LA is up in this

Hé tu sais, L.A. s’y connait

Pasadena, where you at

Pasadena, où vous êtes

Yeah, Inglewood, Inglewood always up to no good

Ouais, Inglewood, Inglewood toujours prêt pour les mauvais coups

Even Hollywood trying to get a piece baby

Même Hollywood essaie d’en avoir un peu bébé

Sacramento, Sacramento where ya at? yeah

Sacramento, Sacramento t’es où ? ouais

Throw it up y’all, throw it up, Throw it up (I can’t see ya)

Allez-y allez-y vous tous (je vous vois pas)

California Love

Amour californien

Let’s show these fools how we do this on that west side

Montrons à ces idiots comment on le fait dans l’ouest

‘Cause you and I know it’s the best side

Passke toi et moi on sait que c’est le meilleur côté

Yeah, that’s right

Ouais, c’est ça

West coast, west coast

Côte ouest, côte ouest

Uh, California Love

Uh, Amour californien

California Love

Amour californien

Yeah

 

Tupac & Dr Dre – California Love – Explication des paroles

California Love !…

Amour californien !…

Parfois, les choses sont claires d’entrée. Vous faites écouter un sample de ces deux mots avec cette voix aiguë et maniérée à n’importe quel fan de hip-hop d’avant 1995, et vous lui demandez si c’est du rap, et la réponse sera un grand rire sarcastique.

Du rap qui envoie de l’amour, hm ??” vous répondra n’importe quel gangster de vos amis.

Bref, d’office, Dre et Tupac ont annoncé la couleur : ce morceau va établir un nouveau style, sortir de la déprime des ghettos noirs, et faire la fête sous le même soleil californien que les hippies de la génération précédente.

Autrement dit, déjà bien enrichis à l’époque par leurs activités dans le show-business, les deux rappeurs ont décidé de s’intégrer, et de ne laisser personne au moins en Californie ignorer qu’ils font désormais partie du décor et des gens heureux de célébrer le Rêve américain, à égalité avec les blancs.

 

Refrain

California, knows how to party

La Californie, sait faire la fête

D’office, on voit que ce morceau impose un nouveau style de rap.

Tous les précédents morceaux commençaient par le couplet, la voix d’un gangster qui vient dire l’essentiel de son message dans un refrain-slogan. Or ici, on ouvre sur un refrain, et pas n’importe lequel.

Déjà, la voix est trafiquée, électronique, et rappelle des styles très mainstream comme la Dance de l’époque.

Ensuite, ce refrain est super entraînant, dansant, positif, funky, et invite à la fête. On est bien loin des refrains hostiles, agressifs, ou sinistres du gangsta-rap d’avant la percée vers le mainstream.

La Californie : comme souvent dans les chansons, le chanteur définit son public en l’interpellant.

Or, définir ce public-là, ça montre le chemin qu’a déjà fait le hip-hop dans la culture, car on se rappelle que les gars énervés de STRAIGHT OUTTA COMPTON ne revendiquaient que leurs rues de Compton, malgré leur ambition ils étaient loin, Dre l’a dit plus tard, d’imaginer qu’ils auraient un succès autre que purement local. 7 ans et de nombreux tubes et millions de dollars plus tard, depuis Los Angeles Tupac & Dre visent maintenant à séduire la Californie tout entière.

Or la Californie, on sait ce que c’est dans le monde entier. De New York à Tokyo en passant par Paris, Londres et Berlin, c’est la région du monde qui fait rêver les masses américanisées, préparées de longue date par un siècle de cinéma hollywoodien et de culture californienne, largement à la gloire des icônes locales, des cow-boys et shériffs aux gangsters et rappeurs, en passant par Mickey Mouse, les écrivains de la Beat generation, les hippies, les serial-killers, les flics à la Clint Eastwood, et les geeks. Evoquer la Californie, c’est un choix finalement facile pour un artiste californien, c’est parier sur une valeur sûre, car le public est déjà conquis depuis des générations par les multiples charmes de l’Ouest sauvage. Comparez : est-ce que la criminalité des jeunes mâles indiens aurait pu toucher le monde autant que celle des jeunes californiens ? Non, parce que le public mondial ne serait en rien préparé à la prendre en considération.

En fait, cette chanson marque un peu l’entrée du hip-hop dans le capitalisme culturel, le moment où il s’affirme comme produit de masse, le moment où le gangster, retiré des affaires trop dangereuses, préfère faire fructifier son image à la banque, et la banque de l’époque dans le monde de la musique, c’est MTV, le principal prescripteur. Conquérir le monde via MTV, cambrioler le monde blanc par la séduction, garder l’esprit gangsta mais en faire une pub super sexy pour l’American Way of Life, revu et corrigé par les nouvelles élites noires – car Dre et Tupac sont déjà des stars millionnaires, des studio gangsta, loin de la misère de la rue.

California, knows how to party

La Californie, sait faire la fête

In the city of L.A.

Dans la ville de L.A.

Il va citer L.A., puis deux quartiers ou villes périphériques à majorité ou à identité noire, oubliant sciemment une grande ville comme San Francisco, ou évidemment, les villes riches comme San Diego, Santa Monica…

In the city of good ol’ Watts

Dans la bonne vieille ville de Watts

In the city, the city of Compton

Dans la ville, la ville de Compton

We keep it rockin’, we keep it rockin’

On continue de balancer

C’est surprenant dans la bouche d’un rappeur. Il rocke, il ne rappe pas ? Cela illustre le choix d’élargir le public de ce morceau pour en faire un tube incontestable, stratégie qui a très bien fonctionné. Le public américain de l’époque tourne toujours au rock. Alors, Tupac et Dre font du rock.

 

Couplet 1 – Dr Dre

Now let me welcome everybody to the Wild, Wild West

Maintenant permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue dans l’ouest sauvage, sauvage

Now let me welcome : cette formule orale usuelle se retrouve dans la bouche de présentateurs/présentatrices de spectacles – et ici, avec la mention de l’ouest sauvage, rappelle les présentateurs de spectacles folkloriques. Cela pourrait être dit par un guide touristique amusant. Or WILD, WILD WEST, c’était justement le titre d’une célèbre émission de télévision américaine dans les années 60, racontant des histoires de la fin du 19è siècle. C’est comme si Dre jouait au cow-boy, un siècle plus tard.

La même formule rappelle aussi le rôle de Dr Dre en tant que MC dans les tubes de N.W.A., donnant la parole à ses chanteurs.

Elle fait donc un peu le lien de l’un à l’autre.

Everybody : la chanson dit donc qu’elle s’adresse à tout le monde. Comme dans l’évocation de la Californie comme thème et destinataire, on définit donc un public large, mainstream, pas du tout limité aux ghettos noirs.

A state that’s untouchable like Elliot Ness

Un Etat intouchable comme Elliot Ness

The Wild Wild West, a state… : cela identifie donc la Californie comme étant exactement identique au Wild Wild West, ce qui n’est pas tout à fait vrai – l’Ouest sauvage couvrait aussi le Nevada, le Nouveau-Mexique, le Texas, l’Oregon, l’Etat de Washington, etc. Mais la Californie est le plus peuplé, le plus riche, le plus connu et le plus représentatif de ces Etats.

Intouchable : le terme peut avoir un double sens,

  • intouchable parce que plein de parias comme en Inde,
  • intouchable parce que la Californie est la zone la plus extrême et la plus authentique du Far West, sa réputation est bien établie et incontestable,
  • intouchable aussi parce que c’est le coeur du rap West Coast, que viennent justement défendre et représenter ici Dr Dre et Tupac devant le public mondial
  • et intouchable comme dans le film THE UNTOUCHABLES, où le flic Elliott Ness et un groupe de flics “untouchables”, incorruptibles, pourchasse le gangster Al Capone. Elliot Ness fait partie de la mythologie américaine et c’est donc une autre valeur sûre.

A ce stade des paroles, on a donc posé une toile de fond claire et séduisante, la Californie et un de ses nouveaux Héros, le gangsta-rappeur héritier des cow-boys.

The track hits ya eardrum like a slug to ya chest

La piste frappe ton oreille comme une balle sur ton torse

Cette belle métaphore fait implicitement référence au chanteur lui-même, puisqu’il est le producteur et compositeur de cette track. Et elle le décrit en gangster qui, donc, tire dans le public avec sa piste qui frappe comme une balle.

Pack a vest for your Jimmy in the city of sex

Prends un gilet pare-balles pour ton Popaul dans la cité du sexe

Le vers reprend la métaphore précédente, mais… par métaphore : le début, pack a vest, invite le public à enfiler son gilet pare-balles, comme pour se protéger de la piste/balle, mais en fait ce gilet pare-balles désigne un préservatif. Même si l’allusion reste légère, Dre et Tupac savent qu’Eazy-E est mort des conséquences du SIDA quelques mois plus tôt…

We in that sunshine state with a bomb ass hemp beat

Nous dans ce soleil on gère avec une bombe de beat bien défoncé

We in that sunshine state : la formule a deux sens et deux grammaires :

Soit on comprend “We, in that sunshine, state” (that….), où state est un verbe, et qui voudrait dire : nous, sous ce ciel ensoleillé, établissons (que…).

Soit on comprend “We, in that sunshine state”, où state est un nom, et qui voudrait dire “nous, dans cet Etat ensoleillé”.

The state where ya never find a dance floor empty

L’Etat où tu trouves jamais un dancefloor vide

On rebranche sur le thème et le décor de la Californie, ce qui en fait un peu l’héroïne de la chanson.

DANCE FLOOR : l’indication de genre est clairement posée puisqu’à travers cette allusion les rappeurs avouent qu’ils font de la Dance et plus seulement du rap, ou disons une hybridation des deux.

And pimps be on a mission for them greens

Et les proxos sont à la chasse aux billets verts

Ce vers évoque l’univers de la délinquance, qui fait partie du décor.

Cette chasse aux billets verts est aussi celle des rappeurs…

Lean mean money-makin-machines serving fiends

Appuyer sur ces méchantes machines à fric servant des monstres

Le vers est très fun à cause de son amusante beauté sonore.

Ces machines à fric, c’est encore et toujours métaphoriquement les rappeurs, qui se sont lancés dans le casse musical du siècle.

Le terme fiends est fort, et ambigu. Il signifie “monstres” ou “démons” ou “addicts” suivant le contexte. Ici, on peut penser qu’il désigne à la fois les clients addicts aux machines à sous que les exploitants cyniques de la folie humaine : les deux sont un peu des monstres, animés par le démon du jeu.

I been in the game for ten years making rap tunes

ça fait dix ans que je suis dans le game à faire des tubes rap

A mi-chemin, exactement au 9è vers sur 16, le couplet change de thème, le chanteur parle enfin au “je”.

Il revendique son ancienneté dans le rap – cette affirmation de soi comme Parrain d’un genre musical prend la suite des histoires de gangster. Dre assume d’être un musicien plutôt qu’un vrai gangster.

Ever since honeys was wearing Sassoon

Déjà quand les chéries portaient des coupes Sassoon

Honeys : honey, c’est ma chérie, mais d’ordinaire c’est singulier. Vous remarquez ? Ce mot sonne ironique envers les auditrices, mais gentil, correct. Dre ne dit plus “bitches” ? Des injures misogynes auraient pu compromettre le succès commercial dans les clubs du monde occidental… pas folle la guêpe !

Sassoon est un célèbre coiffeur qui a réinventé la coupe au carré, plus courte.

Now it’s ‘95 and they clock me and watch me

Maintenant c’est 95 et ils me mesurent et me regardent

Jeu de mots marrant, entre

  • les verbes to clock, chronométrer ou mesurer, et to watch, regarder,
  • et les noms communs, a clock, une horloge, et a watch, une montre.

Le sens du vers c’est “je suis devenu une star qu’elles admirent”.

Diamonds shinin’, lookin’ like I robbed Liberace

Diamants brillants, on dirait que j’ai braqué Liberace

Diamonds shinin’ : notez l’efficacité de ce style d’écriture, en collage d’expressions fortes, sans avoir besoin de tout mettre en phrases grammaticalement bien structurées. Plus dense, plus fort !

Liberace : allusion à un célèbre pianiste virtuose à l’image très kitsch.

It’s all good, from Diego to the Bay

C’est tout bon, de Diego à la Baie

It’s all good veut aussi dire, “avec mes richesses, tout va bien pour moi”. On est loin de la misère originelle, le gangsta-rap a fait de la maille et vit maintenant dans le luxe.

From Diego to the Bay : cela ramène au rapide panorama initial qui mentionnait L.A., Watts et Compton, mais en élargissant à deux villes riches et à majorité blanche : San Diego et San Francisco (dont la célèbre baie fut chantée par Otis Redding).

Your city is the bomb if your city making pay

Ta ville c’est de la bombe si ta ville te paie

Double sens : c’est une généralité potentiellement vraie, et c’est aussi concrètement le cas de Dre, qui s’est considérablement enrichi en faisant fructifier ses origines, STRAIGHT OUTTA COMPTON.

Throw up a finger if ya feel the same way

Mets un doigt en l’air si tu penses la même chose

Ambiguité là encore, puisque ce doigt en l’air, signe de révolte et de défiance, devient un signe de rassemblement, un code socialement accepté, prescrit même, presque obligatoire (sinon, t’es pas cool comme ce rappeur).

Dre putting it down for Californ-i-a Yeah

Dre représente pour la Californie ouais !

Un dernier double sens pour la route : to put it down, c’est aplatir, marquer l’essai, au football americain. Mais to put it down, c’est aussi noter quelque chose, prendre note par écrit. Donc Dre marque l’essai pour la Californie en nous livrant ses notes sur la Californie.

 

Refrain

California (California) knows how to party (knows how to party)

California (west coast) knows how to party (yes they do)(that’s right)

In the city of L.A. (city of L.A.)

In the city of good ol’ Watts (good ol’ Watts)

In the city, the city of Compton (city of Compton)

We keep it rockin! We keep it rockin’ (come on, come on, come on)

Shake it shake it baby

Shake it shake it, shake it baby

Shake it shake it mama

Shake it Cali

Shake it shake it baby (that’s right, uh)

Shake it shake it baby baby, shake it shake it mama, shake it Cali

Ces “shake it”, bouge-le, agite-le (qui ? ton cul !) prouvent aussi que California Love est une chanson faite pour séduire les clubs et le grand-public avec des injonctions festives et sexy.

 

Couplet 2 – Tupac

Out on bail fresh outta jail, California dreaming

Relâché sous caution, fraîchement sorti de prison, rêve californien

Relâché sous caution : c’est littérallement vrai, puisque cette chanson et tout l’album ont été enregistrés aussitôt après la libération sous caution de Tupac.

California Dreaming : c’est le titre de la célèbre chanson des Mamas and Papas, le groupe hippie.

La juxtaposition des deux éléments, l’autobio de gangster et le tube hippie, sonne amusante. Elle semble vouloir dire que le chanteur est rentré direct de la prison au rêve californien, à enregistrer du rap-dance en fumant de la bonne herbe locale.

Soon as I stepped on the scene, I’m hearing hoochies screamin

Dès que je monte sur la scène, j’entends les groupies hurler

Monter sur scène, c’est justement ce qu’il vient de faire en commençant son couplet, prenant la parole, s’imposant sur la scène auditive.

J’entends les groupies hurler : c’est une prophétie auto-réalisatrice, une phrase performative, car en fait, Tupac parle de cela parce qu’il veut que cela arrive, et le fait de le suggérer clairement est probablement une bonne manière de s’assurer que cela arrive. Le chanteur qui veut être aimé chante “Les gens m’aiment”…

Fiendin for money and alcohol

Obsédées par le fric et l’alcool

Une petite pensée misogyne au passage…

The life of a west side player where cowards die

La vie d’un flambeur de l’ouest où les lâches meurent

La vie : c’est beaucoup dire, vu le peu qu’il vient de raconter.

Un flambeur de l’ouest : un player, c’est quelqu’un qui joue avec la vie, le hasard, les femmes, les plaisirs. Cet auto-portrait illustre le tournant hédoniste du gangsta-rap enrichi.

Où les lâches meurent : par déduction, ceci implique que Tupac s’auto-décrive comme courageux, vu qu’il est toujours bien vivant. Il sera assassiné à L.A. environ un an après l’enregistrement de ce titre. Comme quoi, lâche ou pas, tout le monde meurt aussi à l’ouest.

And its all war

Et où c’est la guerre généralisée

Dans le west side, c’est la guerre :

  • des cow-boys contre les voleurs de chevaux, des colons contre les indiens
  • des noirs contre les blancs et inversement, et de toute minorité ethnique contre les autres
  • de la police contre le crime et inversement
  • des gangs

Bref, c’est vrai que c’est un endroit très conflictuel.

Only in Cali where we riot not rally to live and die

Juste à Cali où on fait des émeutes plus que des manifs, vivre et mourir

Joli jeu de sonorités, répétition des i et de li.

Cali : cette façon de désigner la Californie la rapproche de Cali, la ville du célèbre Cartel de drogue.

Emeutes : allusion aux terribles émeutes de Los Angeles en 1992.

Le portrait de la Californie continue, montrant que cet Etat et sa faune sont le thème central de cette chanson.

In L.A. we wearing Chucks not Ballys (that’s right, uh)

A L.A. on porte des Chucks pas des Bally (c’est vrai, uh)

Des Chucks, c’est des chaussures Converse, une marque appréciée par les jeunes, et pas trop chère. Des Bally, ce sont des chaussures beaucoup plus chères et inconnues dans les quartiers.

Ces mentions de marques de fringues ne sont pas anodines car les gens de Death Row et du hip-hop avaient manifestement quelques idées de business, et au fil des années on a vu de plus en plus de rappeurs riches investir dans l’industrie musicale, textile, immobilière, cannabique, et créer des marques.

Dressed in Locs and khaki suits and ride is what we do

Fringué en Locs et costumes beige et frimer au volant c’est ce qu’on fait

Locs : lunettes comme celles d’Eazy-E…

Ces vers, on dirait une pub pour l’industrie, car clairement le rappeur promeut ce style vestimentaire “streetwear” qui sera le grand nouveau créneau de “la mode” dans ces années 90-2000, tout ce qui fait ghetto va devenir populaire et massif, remplaçant les fringues de la précédente vague de mode, le rock, la musique hippie puis le punk.

Ride is what we do : en américain cette phrase coule, en français elle est moins évidente à comprendre. To ride, c’est conduire, to ride a car or a motorcycle or a bike, conduire une voiture ou une moto ou un vélo. Mais c’est aussi toute une culture qui s’exprime dans ce verbe, c’est aussi le fait d’être cool au volant, d’être un Hell’s Angels à moto, d’être au volant d’une voiture de luxe, etc. Et donc en fait ce que veut dire Tupac ici, c’est qu’en Californie on a cette culture de la coolitude motorisée, c’est devenu une seconde nature, “it’s what we do”, c’est ce qu’on fait, c’est comme ça qu’on est.

Flossing but have caution we collide with other crews

Mais fais gaffe on se collisionne avec d’autres crews

Voyez comment la violence a diminué depuis les paroles de N.W.A.  On frime toujours à envoyer des menaces, mais bien édulcorées.

We collide : jeu de mots, en harmonie avec to ride, comme si le fait de se clasher avec d’autres groupes découlait de la coolitude au volant.

Famous ‘cause we program worldwide

Célèbres parce qu’on programme mondialement

La flagrante vantardise de ce vers, affirmation de réussite et d’ambition, participe du mouvement d’empowerment (émancipation) de la population afro-américaine comme du monde du rap, parfaitement en phase avec les valeurs standard de l’Amérique blanche, où on juge les gens à leur célébrité, comme si c’était un bien en soi. (Il s’agit d’une fausse valeur, car Hitler, Staline, Charles Manson, Britney Spears, Marc Dutrou, sont célèbres, et alors ? Le fait d’avoir des qualités est distnct du fait qu’on les connaisse.)

C’est pas pour faire chier, mais ce vers est quasiment un mensonge. Tupac et les californiens ne sont pas “célèbres parce qu’ils programment mondialement”. Tupac n’est pas un intellectuel et sa connaissance de sa société semble très faible, ce qui est logique étant donnés ses centres d’intérêt futiles (fringues, voitures…)

Les californiens réusissent et atteignent la célébrité, d’abord parce qu’ils ont volé un continent entier en génocidant ses habitants, puis exploité pendant 4 à 500 ans des millions d’esclaves, ensuite parce qu’ils ont exploité la nature en toute liberté, dévastant leur environnement en un siècle.

Vous voulez des californiens célèbres qui programmaient mondialement ? Vous avez Walt Disney, exploiteur de dessinateurs/dessinatrices, plagiaire de la culture européenne, délateur anti-communiste, vendant de l’idiotie mondialement. Vous avez aussi Elvis Presley, le blanc qui vole leur musique aux noirs et qui passe à la télé à leur place, plagiant leurs tubes. Hitler aussi programmait mondialement, et Krouchtchev, et Mao, et Kennedy.

Les californiens réussissent aussi parce qu’ils sont un des Etats les plus peuplés des Etats-Unis, qui est devenu l’exploiteur du monde au 20è siècle. Tupac n’y est pour rien s’il est né californien plutôt qu’africain ou chinois, il hérite de privilèges volés. On l’aurait mis en Chine, il aurait eu beau avoir des ambitions mondiales, il n’aurait rien réussi du tout. C’est une illusion facile que de se croire puissant parce qu’on appartient à une société riche…

Les rappeurs eux-mêmes sont célèbres aussi parce qu’ils ont volé l’argent qui a servi à les lancer et sans lequel ils seraient restés dans la rue, c’est le cas du label Death Row qui produit cette chanson, et qui a été monté avec de l’argent extorqué par Suge Knight au rappeur blanc Vanilla Ice.

Bref, on a là un rappeur qui a abandonné tout savoir critique, et qui préfère donner une excellente image de sa région natale, parce qu’il en est devenu le publicitaire, il vend la Californie au monde, qui l’aime déjà et en boit déjà tous les jours comme du Coca-Cola. La prise de risque artistique est NULLE, et de la part de quelqu’un qui prétend vivre dangereusement, ça confine à l’hypocrisie.

Let’em recognize from Long Beach to Rosecrans

Laisse-les se rendre compte de Long Beach à Rosecrans

On continue de faire des clin d’oeils flatteurs aux habitants. Il fait un peu la pute en fait, il racole.

Bumping and grinding like a slow jam, it’s west side

Bondissant et grinçant, comme un embouteillage lent, c’est tout l’ouest

Jolie description imagée des mythiques embouteillages californiens, Etat qui aime cramer du pétrole en masse.

So you know the row won’t bow down to no man

Alors tu sais le couloir va plier devant personne

Très jolie assonance, répétition de 6 fois le son “o” ou “ow”.

The row = the death row = le couloir de la mort ; mais littéralement row signifie “une rangée”.

Say what you say

Dis ce que tu veux

But give me that bomb beat from Dre

Mais passe-moi cette bombe de beat de Dre

Compliment à Dre, ce vers participe aussi de la logique d’empowerment qui imprègne la chanson.

Let me serenade the streets of L.A.

Laisse-moi sérénader les rues d’L.A.

On reprend la liste des “coucou” envoyés au public californien.

Serenade : l’emploi de ce terme plutôt que d’un autre est remarquable. Le sens de base du verbe dans ce vers et ce contexte, c’est chanter. Chanter la sérénade, c’est une manière de chanter pour sa belle quand on est amoureux – donc on peut décoder la métaphore ainsi : “laisse-moi chanter la sérénade à ma belle, et ma belle c’est les rues de L.A.” Si vous êtes francophone vous savez que Booba a exploité cette jolie idée dans sa chanson TOMBÉ POUR ELLE, qui est un  chant d’amour dédié à l’allégorie de la rue. Ici, ce terme marque encore une fois la volonté de Tupac et Dre de faire un tube grand-public, bien au-delà des frontières du seul gangsta-rap et des ghettos noirs.

From Oakland to Sactown

D’Oakland à Sactown

Oakland, ville de la baie de San Francisco, près de la célèbre université de Berkeley.

Sactown, surnom en argot de Sacramento (comme Paname au lieu de Paris), capitale administrative de la Californie.

D’Oakland à Sacramento, c’est un trajet en voiture de moins de 2h, de la côte vers l’intérieur des terres.

The Bay Area and back down

La région de la baie et retour

De la baie de San Francisco à “retour en bas”, on peut penser qu’il s’agit de la région de Los Angeles, et là c’est un trajet beaucoup plus long, de 7h.

Cali is where they put their mack down, give-me love !

Cali c’est là qu’ils posent leurs flingues, donne-moi de l’amour !

Bam ! Ce vers-là est sincère et véridique, car en effet c’est bien ce qu’ont fait Dre et Tupac dans ce tube : troquer les flingues contre le succès commercial, l’amour du grand-public. Ils l’ont eu.

 

Refrain

California (California) knows how to party

California, knows how to party (come on baby)

In the city (south-central) of L.A. (L.A.)

In the city of good ol’ Watts (uh, that’s right)

In the city, the city of Compton (yup, yup)

We keep it rocking! We keep it rocking (yeah, yeah now make it shake, c’mon)

Shake it shake it baby (uh)

Shake it shake it, shake it baby (yeah)

Shake it shake it mama

Shake it Cali (shake it Cali)

Shake it shake it baby (shake it Cali)

Shake it shake it, shake it shake it mama (west-coast) shake it Cali

 

Outro – Dr Dre / Tupac

Uh, yeah, uh, Long Beach in the house, uh yeah

Uh, ouais, uh, Long Beach dans la place, uh, ouais

On reprend le racolage des villes. Long Beach, près de L.A.

Oaktown, Oakland definitely in the house

Oaktown, Oakland sont dans la place

Frisko, Frisko

San Francisco

Frisko est le nom argotique de San Francisco.

Hey, you know LA is up in this

Hé tu sais, L.A. s’y connait

Pasadena, where you at

Pasadena, où vous êtes

Pasadena, petite ville à l’est de L.A.

Yeah, Inglewood, Inglewood always up to no good

Ouais, Inglewood, Inglewood toujours prêt pour les mauvais coups

Inglewood, petite ville au sud-ouest de L.A.

Even Hollywood trying to get a piece baby

Même Hollywood essaie d’en avoir un peu bébé

Hollywood : quartier de L.A., capitale du cinéma, du rêve californien. Il est cocasse de montrer Hollywood en train de quémander pour “en avoir un peu”, un peu d’amour californien dispensé par ce rappeur. Tupac inverse le rapport de forces, fait comme s’il était le maître qui donne un su-sucre à cet Etat-caniche, alors qu’en réalité, c’est lui qui drague Hollywood – au total Tupac Shakur aura été acteur dans 10 films.

Sacramento, Sacramento where ya at? yeah

Sacramento, Sacramento t’es où ? ouais

Throw it up y’all, throw it up, Throw it up (I can’t see ya)

Allez-y allez-y vous tous (je vous vois pas)

California Love

Amour californien

Let’s show these fools how we do this on that west side

Montrons à ces idiots comment on le fait dans l’ouest

’Cause you and I know it’s the best side

Passke toi et moi on sait que c’est le meilleur côté

Ces vers contribuent à la guerre, qu’a souhaitée Tupac, entre les rappeurs East Side et West Side, un conflit qu’il alimentera avec son tube HIT’EM UP, et qui aboutira peut-être à son assassinat en 1996.

Yeah, that’s right

Ouais, c’est ça

West coast, west coast

Côte ouest, côte ouest

Uh, California Love

Uh, Amour californien

California Love

Amour californien

Yeah

Vous avez remarqué ? Pas de bitch, pas de nigga, pas de fuck you, pas de I’mma kill ya. On a vraiment changé de style.

 

Synthèse

CALIFORNIA LOVE n’aura pas marqué l’histoire du rap par la qualité de ses paroles : elles sonnent plutôt ennuyeuses et pauvres, ni Tupac ni Dre n’étant connus pour la qualité de leur écriture littéraire. Tupac est excellent de charisme, de confiance, de phrasé, et Dre comme toujours signe une musique stylée, innovante, impeccable. Mais aucun des deux n’est poète comme le sont Ice Cube, Coolio ou Notorious B.I.G., tellement plus riches de trouvailles, métaphores, jeux de mots, et plus forts en construction dramatique.

Le type même de la chanson, une chanson de fête, de club, de danse, accepte des paroles superficielles, légères, compréhensibles – et CALIFORNIA LOVE est toujours mieux écrite que mille autres tubes débiles.

Néanmoins, elle a un sens profond particulièrement important, en tant qu’elle témoigne de l’adhésion de ces stars des ghettos afro-américains à la pointe de leur monde, à la culture américaine impregnée du “droit au bonheur” constitutionnel. La Constitution américaine affirme en effet “Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur.” Dre et Tupac ont signé là une version de style gangsta-rap de cette revendication du droit au bonheur, dans la grande tradition d’une chanson militante comme “I GOT LIFE” de Nina Simone, la femme noire qui, dans les années 1960, chantait le fait de n’avoir rien que son corps pour jouir de la vie.

Au fond, ce qui s’affirme là sous la plume et dans la voix de ces rappeurs heureux, plus riches et plus calmes, plus séduisants et moins agressifs qu’avant, ce sont les aspirations de la communauté afro-américaine enfin pleinement dotée de ses droits civiques regagnés dans les années 1960-70, et qui rejoint les valeurs standards de la société américaine, bref, qui se normalise et accepte à l’égalité.

22 ans plus tard, l’élection du premier président noir des Etats-Unis, Barack Obama, largement soutenu par les milieux et stars du hip-hop, confirmera cette évolution vers l’intégration sociale des afro-américains.


Chanson Gangsta-rap
PDF, 135 pages